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Dalila Mekadder, ambassadrice de la musique andalouse algérienne, de Tlemcen à la Nouvelle-Orléans

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  • De Tlemcen à la Louisiane, la chanteuse Dalila Mekadder fait résonner la musique andalouse sur les scènes du monde.
  • Entre fidélité à la tradition et ouverture internationale, son parcours raconte l’histoire d’un patrimoine souvent méconnu hors d’Algérie.

   Formée au Conservatoire d’Alger dès l’enfance, nourrie par les grandes voix de la musique andalouse et du chaâbi, Dalila Mekadder s’est imposée comme l’une des interprètes exigeantes de ce répertoire. Des concerts à la Radio nationale aux festivals internationaux, de la Nouba Aroubi au hawzi tlemcénien, elle revendique une mission : faire vivre et rayonner le patrimoine musical algérien.

Une enfance bercée par Tlemcen et le Conservatoire d’Alger

Fille de Tlemcen, ville emblématique de la musique andalouse et du chaâbi, Dalila Mekadder grandit dans un environnement où les rimes populaires et les maqâms font partie du quotidien. Installée à Alger en 1974, elle n’a que 9 ans lorsque ses parents l’inscrivent au Conservatoire de la capitale. Elle y étudie le solfège et s’initie à la musique andalouse, qui deviendra le fil rouge de toute sa carrière.

L’artiste se souvient : « Je suis née dans une famille conservatrice, issue de la ville de Tlemcen. J’ai commencé à l’âge de neuf ans au conservatoire d’Alger où j’ai pratiqué le solfège et la musique andalouse« , nous confie -t-elle.

À l’adolescence, un choix décisif s’impose à elle : s’orienter vers la musique universelle ou s’engager pleinement dans la tradition algéroise. « À l’âge de 15 ans, il fallait choisir entre la musique universelle et la musique classique algéroise andalouse. J’ai bien évidemment choisi la musique andalouse. » Un engagement précoce qu’elle doit aussi à l’excellence de ses mentors.

« J’ai été encadrée par de grands professeurs dont entre autres Anis M’Hamsadji, Mustapha Boutriche, Mustapha Skandrani et Mamed Benchaouche », ajoute-t-elle.

Au Conservatoire, elle est formée par une génération de maîtres qui marqueront profondément son style : Anis M’hamsadji, Mustapha Boutriche, Mamed Benchaouche, Mustapha Skandrani, Abderrezak Fekhardji ou encore Rezki Harbit. Une école de rigueur, mais aussi de transmission d’un art délicat.

Premiers succès et rareté du répertoire

Très tôt, Dalila Mekadder se distingue par ses choix artistiques. Elle enregistre son premier CD dans les studios de la Radio nationale algérienne, édité chez Belda, en optant pour un répertoire exigeant et peu fréquenté. Elle y interprète notamment des pièces rares comme Al mahna wal gharam (La souffrance et l’amour), composées par l’un des grands poètes du XVIIIᵉ siècle, cheikh Benyoucef.

Ces œuvres, redécouvertes grâce au musicologue M. Baghdadi, sont remises en lumière par le maestro Naguib Kateb, chef d’orchestre et soliste de La Cordoba d’Alger, puis portées par la voix de l’artiste.

Sa carrière connaît un tournant dès l’âge de 15 ans. En 1980, à l’auditorium de la Radio nationale, elle interprète la Nouba Ghrib, accompagnée au piano par Mustapha Skandrani. Sa voix suave séduit un public conquis par cette jeune interprète qui maîtrise déjà les codes de la san’a.

L’année suivante, elle rejoint l’association El Fekhardjia, dirigée alors par Abderrezak Fekhardji et Rezki Harbit, poursuivant une formation à la fois théorique et scénique. Les grandes scènes deviennent son terrain naturel.

Le Conservatoire d’Alger comme tremplin

L’ascension de Dalila est jalonnée de reconnaissances officielles. En 1982, elle se produit en ex-URSS, puis en Espagne, avant d’obtenir le premier prix du Conservatoire d’Alger en 1986. Une distinction qui vient consacrer des années de travail acharné.

« J’ai participé, par la suite, à plusieurs manifestations d’envergure dont un hommage aux côtés de Mustapha Skandrani et de Ferkhardji. J’ai décroché en 1986 le premier prix du conservatoire d’Alger », rappelle-t-elle.

Cette récompense la conduit à intégrer l’association Essendoussia, référence de la musique andalouse à Alger. Au sein de cette formation, Dalila Mekadder perfectionne son art, alliant subtilité de l’interprétation et respect scrupuleux des formes traditionnelles.

Exil américain, mais fidélité absolue au patrimoine

Plus tard, Dalila Mekadder s’installe aux États-Unis. Pour autant, l’éloignement ne brise pas le lien avec sa « famille musicale ». Elle revient chaque année en Algérie, refusant de laisser la distance entamer son attachement à son pays et à sa tradition.

Sa nostalgie se transforme en énergie militante : faire connaître la musique andalouse algérienne au public américain. Elle participe à de nombreux festivals de musique andalouse en Louisiane, notamment à la Nouvelle-Orléans, à Louisiana State University et à La Fayette. Là-bas, elle incarne une ambassadrice d’un art raffiné, encore largement méconnu.

C’est en Amérique qu’elle croise la route de l’écrivaine algérienne Assia Djebar, la grande dame de Cherchell, de son vrai nom Fatima-Zohra Imalayene. L’auteure lui confie un rôle musical dans sa pièce Femmes d’Alger dans leurs appartements, offrant à Dalila Mekadder un espace où la musique dialogue avec la littérature et la mémoire.

Rencontres marquantes et scène internationale

En 1991, à Paris, Dalila Mekadder partage le micro avec Sultana Daoud, dite Reinette l’Oranaise, figure historique de la chanson judéo-arabe, décédée en 1998. Un moment charnière dans son parcours, qui la place dans la filiation directe de grandes dames de la chanson maghrébine.

Par la suite, elle rejoint La Cordoba d’Alger, association de musique andalouse fondée et animée par Naguib Kateb. En 2005, elle y prend une place de premier plan lors du concert célébrant le cinquième anniversaire de la formation, à l’auditorium de la RTA à Alger, après une série de concerts en Tunisie.

En 2008, elle retrouve Naguib Kateb sur scène à l’université des Émirats arabes unis, lors d’un concert au centre culturel. La même année, elle édite un album consacré à la Nouba Aroubi, inscrite dans la pure tradition de l’école algéroise.

Hawzi, Nouba et hommage à Tlemcen

En mai 2009, Dalila Mekadder participe au festival des Andaloussiate, organisé par la société Arts et Culture, où elle assure la soirée de clôture. Elle enregistre la même année un album de style hawzi, en hommage à ses racines tlemcéniennes.

Dans ce disque, sa voix est souvent décrite comme une « voix de velours », capable de déployer une douceur quasi théologico-métaphysique. Le titre « Sidi Boumediene, jitek qassed » en est l’illustration la plus parlante : une sorte de prière chantée, comme un rêve éveillé, où se dessine le visage du sage de Tlemcen, capitale des Zianides. L’artiste dédie ce morceau à la mémoire du vénérable cheikh, figure tutélaire de la spiritualité maghrébine.

Dans un autre thème, consacré à l’amour, elle interprète « Ya lessiadi zarni h’bibi l-bareh f-lemnam »(« Ô gens ! J’ai reçu hier dans le rêve la visite de mon amour »). Ce chant hawzi est lui aussi un clin d’œil à Tlemcen, région considérée comme l’une des matrices historiques de la musique andalouse.

Une artiste-passeuse du patrimoine andalou

En juin 2010, Dalila Mekadder se produit au festival de musique andalouse d’Oujda, au Maroc, puis sur la scène de l’auditorium de l’université des Émirats arabes unis à Abou Dhabi, lors d’une soirée folklorique ou encore au Centre culturel algérien à Paris en novembre 2025. D’une rive à l’autre de la Méditerranée, de l’Algérie aux États-Unis en passant par l’Europe et le Golfe, elle poursuit la même mission : transmettre et faire rayonner la musique andalouse algérienne.

décembre  travers la san’a, la nouba et le hawzi, Dalila Mekadder se pose en passeuse de mémoire. Gardienne d’un répertoire exigeant, elle en propose une lecture fidèle mais vivante, ancrée dans son temps. De Tlemcen à la Nouvelle-Orléans, sa trajectoire dessine le chemin d’une artiste pour qui la scène est aussi un lieu de transmission, où chaque concert devient un acte de préservation du patrimoine musical algérien.

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