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Dermatose nodulaire contagieuse : la stratégie d’Annie Genevard contestée par les éleveurs

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  • La dermatose nodulaire contagieuse, une maladie virale touchant les bovins, s’est propagée en France depuis son apparition en juin.
  •  La gestion de cette épizootie, fondée sur l’abattage des troupeaux et la vaccination, est désormais au cœur d’un bras de fer entre le gouvernement et les éleveurs.

Face à la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard tente de défendre sa ligne tout en ouvrant la porte à des ajustements. Alors que les abattages de troupeaux se multiplient, les éleveurs dénoncent une stratégie jugée inefficace et réclament un virage vers la vaccination et la fin des mises à mort systématiques des bovins sains.

Une épizootie qui embrase le monde agricole

Apparue en France en juin, d’abord en Savoie, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) frappe les bovins et suscite une inquiétude croissante dans les campagnes. Après un premier foyer en zone alpine, la maladie s’est développée dans le Sud-Ouest, notamment en Ariège, où un élevage touché le 9 décembre a conduit à l’abattage de plus de 200 vaches malgré la mobilisation de manifestants.

Depuis le 29 juin, 111 foyers de DNC ont été détectés sur le territoire, selon le ministère de l’Agriculture. Une partie du monde agricole, déjà éprouvée par la crise des revenus et l’inflation des charges, voit dans la gestion de cette maladie un nouveau motif de colère.

« La situation est sous contrôle », assure la ministre

Invitée ce lundi 15 décembre sur France 2, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard tente de rassurer des éleveurs qui redoutent chaque nouveau cas.

« Bien sûr qu’il y a de l’angoisse, parce que chacun s’imagine que le virus est à la porte de son bâtiment d’élevage. Mais la situation est sous contrôle, nous avons – France entière – deux situations d’exploitations touchées par le virus », a-t-elle affirmé.

Elle insiste sur la responsabilité de chacun dans la lutte contre la propagation du virus. « Il faut que chacun ait conscience que l’ennemi c’est le virus. D’abord, il faut avoir le respect des consignes. Il faut limiter les mouvements sinon tout va s’étendre et on ne maîtrisera plus rien », a insisté Annie Genevard.

Un protocole en trois piliers qui suscite de vives critiques

La stratégie gouvernementale repose sur un triptyque assumé par la ministre : abattage, vaccination et restriction des déplacements.

« Ce que la science et les vétérinaires nous disent, ce que les pays étrangers ont appliqué, c’est trois piliers : le dépeuplement (l’abattage, NDLR), la vaccination et la restriction de mouvement », explique Annie Genevard.

Elle rappelle que ce schéma a déjà fait ses preuves, selon elle, dans plusieurs territoires : « Il y a trois piliers : le dépeuplement (c’est-à-dire abattage, ndlr), la vaccination et la restriction du mouvement », énumère-t-elle, en ajoutant que « cette stratégie a fonctionné en Savoie, en Haute-Savoie, dans le Jura, en Italie, en Espagne ».

Mais pour de nombreux éleveurs, la ligne gouvernementale est devenue insupportable. Ils s’opposent particulièrement à l’abattage des troupeaux touchés, y compris d’animaux qui ne présentent pas de symptômes visibles, dénonçant un « gâchis » économique et moral.

Sud-Ouest : blocages, paille et colère

La contestation se cristallise dans le Sud-Ouest, où la maladie progresse et où les abattages récents ont mis le feu aux poudres. Dimanche, 27 actions ont été recensées, rassemblant un peu plus de 1 000 agriculteurs, selon le ministère de l’Intérieur.

À Millau (Aveyron), la sous-préfecture a été recouverte de paille. Sur l’A64, l’axe est bloqué depuis vendredi soir sur plus d’une centaine de kilomètres, du Pays basque à l’est de Tarbes, par des dizaines de tracteurs immobilisés. Ces actions symboliques visent à montrer la détermination des agriculteurs à obtenir une inflexion de la stratégie sanitaire.

 « La discussion est ouverte » sur les abattages

Consciente de la tension, la ministre laisse entrevoir une possible évolution du protocole, sans rompre avec la ligne scientifique qu’elle revendique. « La discussion est ouverte » autour d’une éventuelle suspension de la procédure de lutte contre la dermatose nodulaire, affirme Annie Genevard.

Elle se garde toutefois de tout engagement ferme : « La discussion est ouverte sur ce point et je ne veux pas vous donner de réponse catégorique aujourd’hui, parce que ce temps de dialogue est indispensable et il faut pouvoir y associer les professionnels », souligne-t-elle.

La ministre assure vouloir prendre en compte les attentes du terrain : « Les éleveurs font des propositions sérieuses et réfléchies. Nous allons écouter, regarder, concerter », promet-elle.

Dans l’après-midi, Annie Genevard doit se rendre en Haute-Garonne pour lancer officiellement la campagne de vaccination d’un million de bovins, présentée comme un outil central pour endiguer la DNC dans le Sud-Ouest.

Vaccination de masse contre DNC : un « chemin » pour éviter les mises à mort

Pour le gouvernement, la montée en puissance de la vaccination doit permettre de réduire la dépendance aux abattages massifs. La ministre l’assume : la protection du cheptel passe par une course contre la montre.

Objectif affiché : vacciner au plus vite les animaux des zones à risque afin de casser les chaînes de contamination et, à terme, limiter les abattages. Cette campagne est présentée comme un compromis possible entre impératifs sanitaires et maintien de l’activité économique des exploitations.

La Coordination rurale en pointe contre la stratégie Genevard

Au sein du monde syndical, la Coordination rurale se pose en chef de file de la contestation. Son président, Bertrand Venteau, hausse le ton et sollicite un arbitrage au plus haut niveau.

« On demande l ‘aide de Sébastien Lecornu, le Premier ministre, pour qu’il vienne trancher les problèmes qu’on a par rapport à cette maladie », déclare lundi 15 décembre Bertrand Venteau sur franceinfo, alors que des agriculteurs sont toujours mobilisés contre les abattages des troupeaux de bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

Pour lui, la ligne actuelle est un échec : « La stratégie d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, ne fonctionne pas, la maladie n’est pas contenue », affirme-t-il.

Le syndicat avance deux axes pour sortir de l’impasse : « Aujourd’hui, il y a deux choix qui se portent à nous : demander la vaccination sur les zones qui ne sont pas touchées et qu’elle soit mise en place en même temps que la prophylaxie » (prévention et détection de la maladie), propose le président de la Coordination rurale.

Et d’insister sur la nécessité de revoir en profondeur le protocole d’abattage : « C’est maintenant qu’il faut que madame Genevard se décide, et effectivement, il y a un autre sujet, il faut qu’un protocole se mette en place pour arrêter de faire abattre les animaux qui sont sains », souhaite-t-il.

 Une crise sanitaire devenue enjeu politique

Entre impératif de lutte contre la DNC et refus croissant des abattages de masse, le gouvernement évolue sur une ligne de crête. La colère des éleveurs, déjà nourrie par d’autres dossiers (revenus, normes, concurrence internationale), trouve dans cette crise sanitaire un nouveau catalyseur.

En ouvrant la porte à une révision partielle de sa stratégie tout en défendant le triptyque « abattage, vaccination, restriction des mouvements », Annie Genevard tente de concilier science, Europe et terrain.

Reste à savoir si ce fragile équilibre suffira à apaiser la base agricole – ou si la dermatose nodulaire contagieuse restera le symbole d’un fossé grandissant entre l’État et ceux qui vivent de l’élevage.

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