- Jeudi 18 décembre, près de 4 000 agriculteurs français ont manifesté à Bruxelles pour dénoncer le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur.
- Cette mobilisation intervient alors que le gouvernement fait face à une crise agricole aggravée par l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse dans le sud-ouest de la France.
Alors que 4 000 agriculteurs français, selon la FNSEA, ont convergé vers la capitale belge pour dénoncer le traité de libre-échange avec le Mercosur, l’exécutif tente d’éteindre l’incendie. Entre épizootie de dermatose nodulaire contagieuse dans le Sud-Ouest, ultimatum de Lula et report de la signature de l’accord à janvier, le président et son gouvernement jouent une délicate partie d’équilibriste à la veille de Noël.
Un bras de fer à Bruxelles autour de l’accord UE–Mercosur
Jeudi 18 décembre, le climat est électrique à Bruxelles. En plein Conseil européen, environ 4 000 agriculteurs français, d’après la FNSEA, manifestent pour dire non à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Dans le même temps, le sud-ouest de la France reste frappé par une épizootie de dermatose nodulaire contagieuse, qui fragilise encore davantage un secteur déjà sous tension.
Sous cette double pression, Emmanuel Macron est forcé de clarifier sa position. À Bruxelles, le président annonce qu’en l’état, la France ne signera pas le traité. Il tente de rassurer les agriculteurs et d’affirmer la ligne française :
« Nous considérons que le compte n’y est pas et que cet accord ne peut pas être signé (…) Nous ne pouvons pas accepter de sacrifier la cohérence de notre agriculture, la sécurité alimentaire de nos compatriotes, sur des accords qui ne sont pas encore finalisés ».
Paris exige notamment des clauses de sauvegarde, des mesures miroirs et des contrôles sanitaires renforcés dans les ports et les aéroports afin d’empêcher l’entrée de produits ne respectant pas les normes imposées aux agriculteurs européens.
Macron durcit le ton mais refuse le « chèque en blanc »
Cette fermeté contraste avec la confiance relative affichée par Emmanuel Macron un mois plus tôt, lors d’un déplacement au Brésil, où il estimait que l’accord UE–Mercosur allait « dans le bon sens ». Face aux accusations de revirement, le chef de l’État se défend et revendique une ligne constante vis-à-vis des agriculteurs :
« On nous dit qu’il faut signer maintenant. Non. On a mis sur la table des conditions qu’on a expliquées à nos agriculteurs et vous savez, moi j’ai un bon sens un peu paysan. Personne n’achète avec un chèque en blanc et je n’aime pas qu’on balade les gens, donc je ne vais pas balader nos agriculteurs. Il faut qu’on soit honnêtes collectivement. »
Le message est double : pas de rupture avec les partenaires internationaux, mais pas question non plus de lâcher le monde agricole à quelques jours des fêtes, alors que la colère enfle dans les campagnes.
Lula met la pression, Bruxelles temporise
Pour ne rien arranger, la séquence diplomatique s’est encore tendue mercredi soir. Le président brésilien Lula a posé un ultimatum : signer l’accord, c’est maintenant ou jamais.
Dans ce contexte, la France joue une partie délicate. Pour Emmanuel Macron, l’enjeu est autant politique qu’économique : il s’agit d’une question de crédibilité et d’autorité sur la scène européenne et internationale, mais aussi vis-à-vis d’un monde agricole qui se sent menacé par la concurrence sud-américaine.
De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le report de la signature de l’accord UE–Mercosur au mois de janvier, tout en se disant « confiante » sur la possibilité de conclure le texte à cette échéance.
Crise sanitaire dans les élevages : Lecornu en opération discrète
Pendant que le président bataille à Bruxelles, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, tente de reprendre la main sur le front intérieur. Jeudi matin, il s’est rendu dans le plus grand secret, sans caméras ni micros, en Ariège, l’un des départements les plus touchés par la dermatose nodulaire contagieuse.
À la préfecture de Pamiers, il a participé à une réunion avec des agriculteurs, notamment les éleveurs de Bordes-sur-Arize, qui ont vu leurs 207 bovins euthanasiés le week-end précédent. Selon son entourage, cité par franceinfo, Sébastien Lecornu a assuré du soutien de l’État, confirmé l’arrivée de vétérinaires militaires pour mener la campagne vaccinale et l’envoi de doses supplémentaires, avec un objectif affiché : vacciner 750 000 bêtes.
Cette visite intervient alors que la gestion de l’épizootie est l’un des principaux griefs des agriculteurs contre le gouvernement, aux côtés de l’accord UE–Mercosur.
Matignon en mode « gestion de crise » avec les syndicat
La journée de vendredi s’annonce décisive. À Matignon, Sébastien Lecornu a reçu les représentants des principaux syndicats agricoles : FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale, entre autres.
Cette opération gestion de crise a pour objectif de faire retomber la pression et d’éviter de nouveaux blocages de routes et d’autoroutes au moment des fêtes de Noël. Les agriculteurs, eux, continuent de dénoncer à la fois la politique de gestion de la dermatose nodulaire contagieuse et le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, qu’ils jugent dévastateur pour leur compétitivité.
« Un sursis » pour la FNSEA, pas un changement de cap
L’annonce européenne d’un report de la signature de l’accord UE–Mercosur à janvier ne convainc pas la FNSEA. Sur franceinfo, Arnaud Rousseau, président du syndicat, a réagi fermement : « Il s’agit d’un sursis », déplore-t-il, après l’annonce d’Ursula von der Leyen.
Pour lui, ce décalage ne change rien à la position de la FNSEA, elle sera « la même en janvier, cet accord n’est pas un bon accord. », ajoute – t-il en rappelant que le traité a été négocié « il y a 25 ans » et qu’il permettra, selon lui : « d’importer des produits de ces pays (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) des produits qui sont interdits à la production en Europe ».
Empêcher ces importations est, d’après Arnaud Rousseau, une question de cohérence et de protection :« Ça protège le consommateur, ça protège l’activité agricole. »
Entre trêve de Noël et tensions sur les blocages
Sur le terrain, des blocages d’agriculteurs se poursuivent dans toute la France, visant à la fois la gestion de l’épizootie et le projet d’accord UE–Mercosur. Arnaud Rousseau dit pourtant vouloir éviter l’escalade, mais fixe ses conditions : « Mon souhait, c’est qu’on puisse avoir une trêve de Noël », espère-t-il, « à la condition sine qua none » que le rendez-vous prévu dans la matinée avec Sébastien Lecornu « porte ses fruits ».
Les propos de la porte-parole du gouvernement, affirmant que l’exécutif « ne tolérera plus de nouveaux blocages », ont en revanche jeté de l’huile sur le feu. Le président de la FNSEA s’en est vivement ému : « Qu’est-ce qu’on veut ? On veut la guerre civile ? On veut provoquer le monde agricole ? »
Il appelle néanmoins à l’apaisement et rappelle que la mobilisation n’est pas guidée par le plaisir du conflit : « On appelle tout le monde à la raison », ajoute-t-il, en soulignant que les agriculteurs ne « font ça par plaisir ».
Entre accord commercial contesté, crise sanitaire dans les élevages et colère sociale à l’approche de Noël, l’exécutif se retrouve pris en étau. Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu doivent désormais convaincre le monde agricole qu’ils ne lui demanderont pas de signer, une fois encore, un « chèque en blanc ».
