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Crise agricole : Lecornu promet un fonds de 11 millions d’euros, les blocages d’agriculteurs se poursuivent

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  • La crise agricole provoquée par la dermatose bovine et la colère des éleveurs continue de secouer le pays, malgré les annonces de Matignon.
  • Dans une lettre adressée aux syndicats, le Premier ministre Sébastien Lecornu tente d’apaiser la tension, sans parvenir pour l’instant à lever les blocages.

Face à la dermatose nodulaire contagieuse, aux abattages de troupeaux et aux blocages d’autoroutes, le gouvernement multiplie les signaux d’apaisement : suspension des contrôles dans les exploitations, création d’« un fonds de soutien doté de 11 millions d’euros » et rappel de son opposition à l’accord Mercosur. Mais sur le terrain, de Carcassonne à l’A64, les mobilisations agricoles se poursuivent, portées par des syndicats qui jugent les réponses insuffisantes.

Dans sa lettre, reçue ce soir par les syndicats agricoles, Sébastien Lecornu affiche sa volonté de desserrer l’étau administratif autour des exploitations touchées par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

Le Premier ministre demande ainsi aux préfets, « afin de permettre aux éleveurs d’être pleinement mobilisés dans la gestion de la vaccination », d’« interrompre jusqu’à nouvel ordre, tout contrôle d’agents de l’État dans ces exploitations, sauf raison impérieuse ».

Une mesure destinée à libérer du temps et des moyens pour organiser la vaccination, alors que la maladie continue d’alimenter l’inquiétude dans les campagnes.

Un fonds de 11 millions d’euros pour les exploitations en difficulté

Au volet sanitaire s’ajoute un volet financier. Sébastien Lecornu appelle à verser le plus rapidement possible les indemnités pour les éleveurs dont les troupeaux ont été abattus.

Il annonce avoir mis en place « un fonds de soutien doté de 11 millions d’euros », présenté comme un outil d’urgence pour soulager les trésoreries les plus fragiles. Cette enveloppe doit permettre, précise le chef du gouvernement, « d’organiser sans délai les versements d’aides de trésorerie aux petites exploitations les plus en difficulté ».

L’exécutif espère ainsi éviter des faillites en chaîne parmi les éleveurs les plus exposés à la crise de la dermatose bovine.

Mercosur, PAC, MACF : les lignes rouges du gouvernement

Au-delà de la gestion immédiate de l’épizootie, Sébastien Lecornu aborde d’autres sujets structurants pour le monde agricole.

Sur l’accord de libre-échange Mercosur, il rappelle la position de la France, estimant que le texte « n’est pas acceptable » et que « le compte n’y est pas sur les conditions que nous avons posées ». Un message adressé aux syndicats, qui dénoncent de longue date une concurrence jugée déloyale des pays sud-américains.

Le Premier ministre évoque également le maintien des montants de la politique agricole commune (PAC) pour la période 2028-2034, un point crucial pour garantir une visibilité pluriannuelle aux exploitations.

Enfin, il insiste sur la nécessité de « neutraliser » les effets du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui fait craindre aux céréaliers une augmentation du prix des engrais importés. Là encore, l’objectif affiché est de protéger la compétitivité de l’agriculture française.

Conscient que la crise agricole ne se résoudra pas en quelques jours, Sébastien Lecornu propose de reprendre le dialogue avec les représentants professionnels.

Le chef du gouvernement invite les syndicats à se revoir « dans les premiers jours du mois de janvier » pour poursuivre les échanges. Cette nouvelle séquence de discussions doit, selon Matignon, permettre d’affiner les réponses sur le long terme, notamment en matière de revenu agricole et de régulation des marchés.

« Les mobilisations continuent » : les syndicats maintiennent les blocages

Du côté des syndicats, la réaction est nettement plus mitigée. L’un d’eux estime que la rencontre avec le Premier ministre, organisée ce vendredi, n’a pas permis de débloquer le sujet jugé central par la base militante : la fin des abattages massifs.

« Le rendez-vous avec le Premier ministre ce vendredi n’a pas permis d’avancer sur le point central de notre mobilisation : la fin de l’abattage total des troupeaux. Les mobilisations continuent », affirme le syndicat.

Sur le réseau social X, l’organisation fait un point détaillé sur les blocages prévus. Elle indique notamment que le blocage de l’autoroute à Carcassonne est maintenu, de même que celui du tunnel du Lioran, malgré les appels à la désescalade.

FNSEA : « Face à la maladie, les Français choisissent la science »

La FNSEA, principal syndicat agricole, intervient aussi sur X pour défendre la stratégie vaccinale contre la dermatose bovine. Le syndicat met en avant un chiffre qu’il juge déterminant : « 85% des Français disent faire confiance aux vétérinaires » pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

Un résultat que la FNSEA qualifie de « chiffre clair. Massif. Rassurant ». Pour l’organisation, ce sondage « dit une chose simple : face à la maladie, les Français choisissent la science, l’expertise et le sérieux ».

La FNSEA en profite pour remercier les acteurs engagés dans la lutte contre la maladie et durcit le ton à l’égard de ceux qui les attaquent en condamnant « tous ceux qui ont osé les menacer, les intimider ou les remettre en cause dans leur expertise », rappelant qu’« on ne combat pas une maladie en attaquant ceux qui la soignent ».

Sud-Ouest : des barrages levés, mais l’A64 reste fermée sur 180 km

Sur le terrain, la situation reste contrastée. Des barrages d’agriculteurs ont été levés dans le Sud-Ouest, mais plusieurs blocages persistent sur des axes routiers et autoroutiers, en dépit de la demande du gouvernement d’une « trêve de Noël » alors que commencent les vacances scolaires.

Après le retrait, hier, des blocages sur l’A61 Toulouse–Narbonne et sur l’A20 Toulouse–Paris à Cahors, un deuxième barrage sur l’A20 à Brive a été levé aujourd’hui, « dans le calme et sans incident », sous la pression des gendarmes, selon la préfecture de Corrèze.

En revanche, l’autoroute A64 Toulouse–Bayonne restait fermée sur plus de 180 km, de la Haute-Garonne aux Pyrénées-Atlantiques, ce samedi matin, selon Vinci Autoroutes. Le blocage en place depuis plus d’une semaine à Carbonne (Haute-Garonne), sur cette même autoroute, se poursuit également.

Des barrages demeurent aussi sur l’A75 en Aveyron et dans l’Ariège sur la RN20 Toulouse–Andorre, route d’accès à la station de ski d’Ax-Trois-Domaines, qui affiche complet pour les vacances.

La Confédération paysanne annonce par ailleurs divers rassemblements dans les Bouches-du-Rhône, la Dordogne, le Jura, la Loire, la Vienne ou encore les Vosges, laissant présager la poursuite du mouvement dans les jours à venir.

Laurent Nuñez veut empêcher de « nouveaux blocages d’axes structurants »

Face à ces actions, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a tenu à fixer un cadre. Vendredi, il a affirmé vouloir empêcher tout « nouveau blocage d’axes structurants », tout en exprimant sa volonté d’« encadrer » les barrages déjà en place.

Il a ainsi lancé un appel à « la responsabilité des uns et des autres » afin de « lever ces barrages », au moment où des millions de Français s’apprêtent à prendre la route pour les vacances de Noël.

 

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