- Mercredi 24 décembre, Stephan Français, patron de Thomson Computing, a dévoilé une offre de reprise du principal site de Brandt à Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans.
- Le projet, qui mêle électroménager et électronique, ne sauverait qu’une partie des emplois et déclenche déjà une vive mobilisation syndicale.
Placée en liquidation judiciaire le 11 décembre, l’usine Brandt d’Orléans pourrait être partiellement relancée par Thomson Computing. Stephan Français promet 150 postes conservés dans un premier temps et évoque “jusqu’à 250 salariés” à l’horizon de cinq ans, sous conditions. Mais la CGT juge l’offre “loin du compte” et réclame une table ronde, tandis que l’État temporise avant l’appel d’offres annoncé pour janvier.
Le patron de Thomson Computing, Stephan Français, a présenté mercredi 24 décembre un projet de reprise du principal site du groupe d’électroménager Brandt à Saint-Jean-de-la-Ruelle, dans l’agglomération d’Orléans. Le site a été placé en liquidation judiciaire le 11 décembre, relançant la course contre la montre pour trouver un repreneur et éviter une fermeture sèche.
L’offre déposée doit désormais être examinée par le liquidateur judiciaire et le tribunal des affaires économiques de Nanterre, chargés d’évaluer la solidité financière et industrielle du dossier.
Au cœur du projet : maintenir une partie de la production d’électroménager et ajouter une activité de produits électroniques. Stephan Français prévoit de garder 150 salariés dans un premier temps, sur les près de 350 que comptait l’usine, principal site de Brandt.
Le dirigeant dit envisager des embauches ultérieures, mais sous conditions. En fonction de la “maîtrise des coûts”, “et si les résultats sont là (…) on embauchera”, a-t-il assuré, évoquant “jusqu’à 250 salariés sur un plan à cinq ans”.
L’argument Thomson : une expérience dans l’électronique grand public
Stephan Français souhaite s’appuyer sur l’expérience de Thomson Computing, présentée comme lointaine héritière du géant industriel français Thomson. En 2013, cet ancien de la chaîne de magasins informatiques Surcouf avait conclu un contrat de licence auprès de Technicolor, détenteur de la marque Thomson — l’activité téléviseurs étant exploitée par le Chinois TCL. Sa société fabrique depuis des ordinateurs d’entrée de gamme.
L’objectif affiché à Orléans : relancer un site industriel en s’appuyant sur cette expertise, tout en conservant une partie de l’activité historique de l’électroménager.
25 millions d’euros annoncés pour marques, stocks et salariés
Pour mener à bien son projet, Stephan Français dit tabler sur un investissement de 25 millions d’euros afin de “racheter le savoir-faire des marques Brandt, acheter les stocks et reprendre une partie des salariés”. Une somme destinée à structurer une reprise partielle, mais qui ne répond pas, à ce stade, à l’ensemble des enjeux sociaux.
Car la liquidation judiciaire ne concerne pas seulement Brandt. Elle touche aussi trois autres marques françaises d’électroménager détenues par le groupe : Vedette, Sauter et De Dietrich. Au total, 700 emplois en France sont menacés, sur plusieurs sites.
Brandt dispose également d’une usine à Vendôme (Loir-et-Cher), où travaillent 93 personnes. Le groupe, dont le siège social est basé à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), s’appuie aussi sur un service après-vente à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise).
En toile de fond, un secteur sous pression depuis des décennies, marqué notamment par la concurrence internationale, dont celle de la Chine, pointée comme l’une des difficultés majeures.
Après l’échec du projet Scop, la CGT dénonce une offre “loin du compte”
En décembre, la justice avait déjà rejeté un projet de société coopérative et participative (Scop), soutenu par le groupe Revive et une majorité de salariés. Cette piste devait permettre de sauver au moins 370 emplois, ainsi que les marques Vedette, Sauter et De Dietrich. L’État et des collectivités étaient prêts à mobiliser une vingtaine de millions d’euros, mais, “par manque de temps” pour convaincre les banques, “il manquait quatre millions”, avait regretté le maire d’Orléans.
Avec la nouvelle offre portée par Thomson Computing, les réactions syndicales sont immédiates. “On est loin du compte”, tempête la CGT du Loiret. “On n’est pas du tout satisfaits de l’annonce qui dit que Thomson Computing ne garderait que 150 salariés sur les 700 du groupe Brandt”, a réagi mercredi sur franceinfo Pascal Sudre, secrétaire départemental de la centrale. Et de marteler : hors de question “qu’il y ait un seul licenciement, encore moins des centaines”.
Le syndicaliste appelle à prendre “le temps de bien étudier cette proposition” et “demande à la préfète de région une table ronde dans le Loiret avec tous les acteurs concernés dont les acteurs locaux, les collectivités territoriales, la CGT, le ministre de l’Industrie”.
“Mettre sous cloche” l’outil industriel : le bras de fer sur les machines
Autre crainte, plus technique mais décisive : la préservation des moyens de production. Pascal Sudre réclame à la préfecture la mise “sous cloche l’outil de production dans les deux usines du Loiret et du Loir-et-Cher”, estimant que si le liquidateur récupérait les machines, “il n’y aurait plus de projet viable puisqu’il n’y aurait plus que les murs”.
Le représentant syndical souhaite également que le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, rencontre “tous les acteurs locaux” et prenne “des engagements”.
L’État temporise, la région met en garde contre une “désillusion”
Du côté du gouvernement, la prudence domine. “Toute piste de reprise mérite d’être examinée avec attention, mais aucune ne saurait être tenue pour acquise sans un travail d’analyse approfondi”, a réagi Sébastien Martin.
“L’État sera pleinement mobilisé pour faire émerger le projet le plus solide pour les salariés et les territoires”, a indiqué le ministre de l’Économie Roland Lescure sur Bluesky
Même mise en garde du président de la région Centre-Val de Loire, le socialiste François Bonneau, interrogé par l’AFP : “Attention à ne pas faire des annonces qui conduiraient demain à une nouvelle désillusion” pour les salariés.
Un appel d’offres pour la reprise de l’usine d’Orléans doit être lancé courant janvier, selon le ministère de l’Économie. Mi-décembre, le ministre de l’Industrie avait indiqué qu’un projet industriel restait possible pour Brandt, mais pas forcément dans l’électroménager.
