- Alors que la crise agricole se prolonge, l’exécutif tente de reprendre la main avec des annonces attendues dès dimanche.
- Dans les régions, les syndicats maintiennent la pression, sur fond de crise sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse et de rejet de l’accord UE-Mercosur.
Rendez-vous ministériels, promesses de mesures “progressivement tout au long du mois de janvier”, budget 2026 sous tension : l’exécutif veut reprendre la main face à une colère agricole qui ne retombe pas. Entre crise sanitaire, pression sur Bruxelles contre le traité UE-Mercosur et actions de terrain annoncées, les syndicats entendent maintenir le rapport de force.
Lecornu reçoit les syndicats lundi et mardi, après un “travail conséquent”
Sébastien Lecornu doit recevoir les syndicats agricoles lundi (Jeunes agriculteurs et Coordination rurale) puis mardi (FNSEA et Confédération paysanne), après des rencontres similaires en décembre. Son entourage évoque “un travail conséquent” mené depuis “avec ses équipes”, dans l’objectif de répondre aux attentes d’un secteur qui estime ne plus pouvoir attendre.
Les organisations restent toutefois divisées et, lors des précédentes annonces, plusieurs avaient jugé “insuffisantes” les promesses gouvernementales. Elles réclament une vision de long terme pour l’agriculture, une meilleure gestion des crises sanitaire et climatique, ainsi qu’une défense plus ferme face à la concurrence internationale.
Des annonces attendues dès dimanche et “tout au long du mois de janvier”
Le gouvernement entend annoncer des mesures en faveur des agriculteurs “tout au long du mois de janvier”, avec une première salve imminente. “De nombreuses mesures seront annoncées progressivement tout au long du mois de janvier. Certaines le seront dès ce dimanche par la ministre de l’Agriculture”, a indiqué vendredi l’entourage de Sébastien Lecornu, sans préciser le contenu des annonces attendues d’Annie Genevard.
Le Premier ministre insiste toutefois sur la contrainte budgétaire : il faudra un budget pour mettre en œuvre les décisions. Il doit en outre réunir la semaine prochaine l’ensemble des ministres concernés, en affirmant que le gouvernement “continuera de se battre pour des mesures de justice et d’équité en faveur des agriculteurs”. Le chef du gouvernement a aussi appelé à “rompre avec l’approche techno qui fait du mal, tourne parfois le dos au bon sens, et nourrit le sentiment d’injustice”.
Budget 2026 : l’exécutif veut accélérer, “le monde agricole ne peut pas attendre février”
Au cœur de la séquence de janvier, l’exécutif vise également l’avancée des discussions budgétaires. “Le monde agricole ne peut pas attendre le mois de février pour la mise en oeuvre de ces décisions. C’est pourquoi il est nécessaire d’avancer rapidement sur les discussions” du projet de budget pour 2026, “qui n’a pas pu être adopté dans les temps en 2025”, souligne l’entourage du ministre.
Cette accélération est scrutée par les syndicats, qui demandent des actes concrets et rapides, tout en prévenant qu’ils maintiendront la pression tant que les mesures ne seront pas traduites en décisions applicables sur le terrain.
Crise sanitaire : la DNC relance la colère contre les “abattages totaux”
Les agriculteurs restent confrontés à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie animale très contagieuse. Un nouveau cas a été détecté en Ariège, selon un bilan actualisé vendredi du ministère de l’Agriculture, alimentant les inquiétudes dans les départements voisins.
Dans ce contexte, la Coordination rurale durcit le ton. “Il faut arrêter cet abattage total, ça va être une hécatombe si on continue”, a dénoncé samedi 3 janvier sur franceinfo Maxime Raud, président de la Coordination rurale de Haute-Garonne. Selon lui, ces abattages “ne fonctionnent pas”, puisque “un cas de DNC a été détecté en Ariège” et qu’“il y a des suspicions partout en Haute-Garonne”.
Au-delà de la stratégie sanitaire, l’élu syndical décrit un sentiment d’abandon : les blocages partiels de route ont continué pendant les fêtes parce que les éleveurs “ne sont pas du tout écoutés”, notamment par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. “Il va falloir qu’on s’habitue à toutes ces maladies”, estime-t-il, évoquant la répétition des épizooties :
“Ça fait deux ans qu’on a des épizooties, on s’adapte. Il faut vivre avec la maladie.”
Toulouse : 150 agriculteurs attendus, “106 croix” devant la préfecture
À Toulouse (Haute-Garonne), au moins 150 agriculteurs réunis en intersyndicale ont prévu une manifestation dès 10 heures ce samedi 3 janvier. La mobilisation rassemble la Coordination Rurale (CR), la FDSEA, les Jeunes Agriculteurs (JA) et la Confédération paysanne. Le cortège, composé aussi de trois tracteurs, doit passer notamment par le Palais de Justice et le Capitole.
Pour symboliser l’ampleur des abattages, les éleveurs mobilisés vont “marcher avec 106 croix, pour les 106 vaches abattues en Haute-Garonne, et les déposer devant la préfecture”, explique Maxime Raud, précisant qu’ils ne comptent pas bloquer Toulouse.
Mercredi, la pression pourrait encore monter avec l’arrivée annoncée d’agriculteurs du Gers. À l’appel de Lionel Candelon, président de la chambre d’agriculture du Gers, affilié à la Coordination rurale, le barrage de la RN20 pourrait être déplacé vers Toulouse. Sur sa page Facebook, il a écrit : “Cela est notre dernier combat et si nous le perdons, les agriculteurs crèveront en silence.”
UE-Mercosur, PAC, engrais : Lecornu juge “légitime” de “maintenir la pression sur Bruxelles”
Au-delà de la DNC, les syndicats contestent le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, dont la signature a été repoussée à janvier. Sébastien Lecornu considère “légitime que les mobilisations se poursuivent” car “elles jouent un rôle essentiel pour maintenir la pression sur Bruxelles” sur le traité UE-Mercosur, mais aussi sur le futur budget de la Politique agricole commune (PAC) et la problématique des engrais, selon ses services.
Après un ralentissement fin décembre, les syndicats prévoient tous une amplification de la mobilisation sur le terrain la semaine prochaine. Un mois de janvier décisif s’ouvre donc pour l’exécutif : annoncer, financer et convaincre — avant que la colère agricole ne se transforme en blocage durable.
