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vendredi, mars 20, 2026
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Charges, impôts, investissement : le plaidoyer de Patrick Pouyanné pour la compétitivité française

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  • Les charges sociales et la fiscalité françaises nuisent-elles à la compétitivité et au pouvoir d’achat ?
  • Dans un entretien à La Tribune Dimanche, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, appelle à réduire impôts et cotisations pour redonner de l’air aux classes moyennes et relancer l’activité.

   Face au sentiment d’une partie des Français de ne pas avoir “profité de la mondialisation”, Patrick Pouyanné défend une stratégie économique centrée sur la production : alléger les charges pour augmenter les salaires nets, stimuler la consommation et créer des emplois. Le dirigeant alerte aussi sur une fiscalité qu’il juge dissuasive pour l’investissement, tout en livrant sa lecture des rapports de force énergétiques mondiaux.

 “Baisser les charges” pour redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes

 Dans cet entretien, Patrick Pouyanné part d’un constat sur le modèle français : “La France est un pays où les salaires bruts sont relativement élevés – même s’ils ne le sont jamais assez –, mais où les charges en revanche restent très importantes.” Pour le patron de TotalEnergies, la priorité est claire : baisser les impôts et les cotisations afin de doper le pouvoir d’achat et soutenir la croissance.

 Le dirigeant met en avant une fracture sociale qu’il estime durable. “Tout un pan de la population n’a pas profité de la mondialisation, voire pense en être victime”, observe-t-il. Pour y répondre, il dit ne voir “qu’une solution : parvenir à baisser les charges pour augmenter le pouvoir d’achat et diminuer les aides en contrepartie”.

 “100 euros net” qui coûtent “400 euros” : l’argument du coût du travail

 Au cœur de son raisonnement, Patrick Pouyanné insiste sur l’écart entre ce que gagne le salarié et ce que débourse l’entreprise : “Aujourd’hui, quand vous augmenter un salarié de 100 euros net, cela coûte 400 euros aux entreprises.” Une manière de dénoncer un système qui, selon lui, freine les augmentations de salaires et la compétitivité.

Le PDG enchaîne avec une mise en garde contre une redistribution déconnectée de l’activité : “Redistribuer du pouvoir d’achat qui n’existe pas sans redressement de l’activité n’a aucun sens.” Pour lui, l’ordre des priorités ne doit pas être inversé : “Il faut relancer la production pour créer des revenus qu’on redistribuera ensuite.

Dans cette logique, la baisse des charges apparaît comme un levier central : “La baisse des charges, c’est plus de pouvoir d’achat, donc de consommation et de création d’emplois, donc plus d’activité.”

L’objectif, à ses yeux, est un cercle vertueux où la production alimente la redistribution, et non l’inverse.

Fiscalité : Pouyanné alerte sur l’attractivité de la France pour investir

 Plus largement, Patrick Pouyanné pointe le niveau global des prélèvements. Sur le front de l’énergie, il note que “l’énergie reste effectivement moins chère que dans le reste de l’Europe, mais son coût a tendance à remonter, tandis que les impôts augmentent.”

Le dirigeant insiste surtout sur l’impôt sur les sociétés, qu’il replace dans une compétition mondiale : “La moyenne mondiale d’impôts sur les sociétés se situe à 25%. Nous étions parvenus à l’atteindre en France.” Et de s’interroger sur un scénario inverse : “Avant de décider que l’impôt sur les sociétés reviendra à 35 %.” Sa question, directe, vise l’attractivité économique :“Pourquoi, dans ces conditions, choisir la France pour investir ?”

Pour autant, Patrick Pouyanné se défend de toute logique de désengagement et revendique une forme de responsabilité nationale :“Bien sûr, notre sens patriotique nous dit de le faire malgré tout en France, mais de façon mesurée.” Avant de conclure :“Dans ce domaine, les patrons français protègent bien plus le pays que beaucoup de gens le pensent.”

Géopolitique : les États-Unis et l’énergie comme “moyen d’influence”

 Interrogé sur les bouleversements internationaux, Patrick Pouyanné estime que les États-Unis utilisent l’énergie comme “un moyen d’influence sur le reste du monde”. Selon lui, un tournant historique s’est joué : “Le basculement majeur de ces quinze dernières années (…) repose sur la mutation des États-Unis”, passés d’importateurs à “gros producteur de pétrole mondial”.

Il ajoute que le pays est aussi “en passe de devenir le plus gros producteur et exportateur de gaz naturel liquéfié”, notamment grâce au pétrole et au gaz de schiste. Cette évolution, avance-t-il, dépasse la seule question énergétique : “Cette domination énergétique” a bouleversé l’économie mais aussi “l’ensemble des dynamiques internationales”, réduisant la dépendance américaine au Moyen-Orient.

Patrick Pouyanné décrit enfin une puissance qui redéfinit ses priorités stratégiques : “Les États-Unis regardent le monde avec leurs lunettes. Leur monde. La Chine, le Pacifique, le Venezuela, l’Amérique du Sud…” Et il conclut sur un changement de doctrine :“Ils ne souhaitent – ne peuvent – plus être ‘les gendarmes du monde’.”

 

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