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Grève des médecins libéraux : cabinets fermés, blocs opératoires à l’arrêt et risque de saturation à l’hôpital public

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  • Dès ce lundi 5 janvier 2026, les médecins libéraux entament une grève nationale de dix jours contre plusieurs mesures du budget de la Sécurité sociale.
  • Le mouvement, annoncé comme très suivi, devrait toucher les cabinets, les cliniques et certains blocs opératoires.

   Cabinets fermés, opérations reportées, manifestation et “exil” symbolique à Bruxelles : les médecins de ville et des cliniques protestent contre la LFSS 2026, qu’ils accusent de “mettre en danger” leur “liberté d’exercice”. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, promet d’assurer la permanence des soins, quitte à recourir à des réquisitions, tout en affirmant vouloir “renouer le dialogue”.

Une grève de dix jours, annoncée comme “massive”

À partir de ce lundi 5 janvier et pour dix jours, les médecins libéraux sont appelés à faire grève contre “des politiques qui les piétinent”. Les syndicats espèrent un mouvement “massif”, au risque de déstabiliser un hôpital public déjà sous tension en plein pic d’épidémies hivernales.

Le signal d’alarme vient notamment des organisations représentatives, qui anticipent une mobilisation rare. « Les remontées de terrain sont impressionnantes. Les médecins se sentent trahis. Le mouvement sera excessivement suivi, je n’ai pas vu ça depuis 30 ans », affirme Frank Devulder, président de la CSMF. Selon un “sondage flash” du syndicat, environ 85% des adhérents prévoient de faire grève.

LFSS 2026 : les mesures qui cristallisent la colère

Les médecins de ville et des cliniques ciblent plusieurs dispositions de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026, adoptée le 16 décembre, ainsi que des orientations plus larges qu’ils estiment délétères pour l’exercice libéral.

Parmi les principaux griefs : un budget jugé insuffisant face à des besoins croissants, un contrôle accru des prescriptions d’arrêts de travail, et des dispositions susceptibles, selon eux, de permettre aux autorités de baisser “de façon autoritaire” les tarifs de certains actes, en “contournant” le dialogue social.

Les praticiens redoutent aussi une restriction de leur liberté d’installation, alors que des textes sont en cours d’examen au Parlement.

Continuité des soins : la ministre promet de “prendre ses responsabilités”

Face à une grève qui pourrait perturber l’accès aux soins, des mesures de permanence sont annoncées. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, évoque la possibilité de “réquisitions”.

Invitée des “4 Vérités” sur France 2 ce lundi 5 janvier, elle assure avoir « pris les mesures nécessaires » pour que « la permanence des soins » soit assurée. La ministre affirme aussi qu’elle prendra ses « responsabilités pour que nos concitoyens puissent être soignés, tout en respectant la possibilité de faire grève pour les professionnels ».

Et d’insister sur la volonté de maintenir le dialogue avec les syndicats : « on n’a pas de chiffre de prévision de médecins en grève, mais quel que soit le nombre, l’important est de pouvoir dire à ces médecins que je suis évidemment à leur écoute, que nous devons continuer le dialogue, qui n’est pas rompu, mais que nous devons le renforcer et que j’espère que ce mouvement durera le moins longtemps possible ».

Rist met en avant la négociation conventionnelle

Parmi les points sensibles, une mesure votée dans le projet de loi autorise le gouvernement à modifier les conditions de remboursement de certains actes, ce qui alimente la crainte d’une décision unilatérale.

La ministre prend ses distances avec le texte : « C’est une mesure qui a été adoptée contre mon avis pendant le débat parlementaire (…) c’est une mesure qui dit que le gouvernement peut prendre, de façon unilatérale, des décisions. »

Elle assure avoir rappelé aux représentants syndicaux que la priorité devait rester la négociation avec l’Assurance maladie : « ce qui compte pour moi, c’est les négociations conventionnelles avec l’assurance maladie », dit-elle.

« Je veux absolument que cette confiance entre les médecins et l’assurance maladie puisse se renforcer et reprendre, puisque c’est comme ça qu’on avance dans notre pays sur les professions médicales », ajoute t-elle.

Tous les syndicats représentatifs font front commun : Avenir Spé/Le Bloc, CSMF, FMF, MG France, SML, UFML. Le mouvement est également soutenu par les étudiants (Isni, Isnar-Img, Anemf) et des organisations de la jeune génération (Jeunes Médecins, Médecins pour Demain).

Cliniques et blocs opératoires : jusqu’à “80%” d’arrêts redoutés

Le secteur privé annonce des perturbations majeures. Les chirurgiens, gynécologues-obstétriciens et anesthésistes-réanimateurs du syndicat Le Bloc prévoient même un “exil” symbolique à Bruxelles du 11 au 14 janvier, avec plus de 2.000 médecins attendus.

Dans le même temps, la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) “soutient et rejoint” la mobilisation, dénonçant le gel annoncé des tarifs hospitaliers malgré l’inflation. Son président, Lamine Gharbi, avance une estimation spectaculaire : « Du 10 au 14, il y aura, je pense, 80% des blocs opératoires arrêtés ».

Conséquence annoncée : les patients déjà hospitalisés continueraient d’être pris en charge, mais les personnes arrivant aux urgences ou à la maternité pourraient être, hors urgences vitales, “transférées vers l’hôpital public”, selon les syndicats — un report qui menace d’augmenter la pression sur l’hôpital public.

La question des tarifs au cœur du conflit

Dans certaines spécialités, la colère porte aussi sur l’écart entre les tarifs remboursés et l’évolution des charges. « C’est la conséquence de politiques qui agressent les médecins », lance Bertrand de Rochambeau, président du Syngof, visant notamment le secteur 2, alors que des tarifs remboursés par l’Assurance maladie n’ont pour certains « pas évolué depuis les années 1990″.

La ministre, elle, répète vouloir “renouer le dialogue” et promet l’ouverture d’un chantier sur les modes de rémunération, ainsi que de ne pas baisser des tarifs médicaux sans négociations. Des engagements jugés “insuffisants” par les syndicats, qui attendent désormais “des actes”.

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