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Venezuela : Pékin ordonne aux banques de déclarer leurs risques après la capture de Maduro

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  • L’opération militaire américaine au Venezuela, conclue par la capture de Nicolás Maduro le 3 janvier, fait trembler les créanciers étrangers.
  •  Pékin réagit en urgence et exige des banques chinoises un état des lieux précis de leurs risques.

   Les régulateurs chinois ont ordonné aux établissements financiers de déclarer leur exposition au Venezuela et de renforcer le contrôle des crédits liés au pays. En toile de fond : des dizaines de milliards de dollars de prêts adossés au pétrole, un approvisionnement énergétique devenu stratégique et la crainte que Washington s’impose comme créancier prioritaire, reléguant la Chine au second plan.

Pékin réclame un inventaire des risques bancaires

Selon des informations rapportées par Bloomberg et Reuters, l’Autorité nationale de régulation financière chinoise (NFRA) a adressé une directive aux banques leur demandant de déclarer leur exposition au Venezuela et de renforcer la surveillance des risques liés aux crédits accordés à des établissements vénézuéliens. La mesure intervient alors que l’intervention américaine a rebattu les cartes politiques et financières à Caracas.

L’objectif est de mesurer, banque par banque, la vulnérabilité du système chinois face à un possible choc sur la dette vénézuélienne — qu’il s’agisse d’un défaut, d’une restructuration ou d’un changement de priorité dans l’ordre de remboursement des créanciers.

Le spectre d’un défaut si les États-Unis deviennent « créanciers privilégiés »

La crainte centrale des autorités chinoises tient à une question de hiérarchie : qui sera remboursé en premier si la dette vénézuélienne est réorganisée sous influence américaine ?

Victor Shih, professeur à l’université de Californie de San Diego, résume le risque dans des propos cités par Bloomberg : « si (…) les créanciers et les demandeurs américains deviennent les créanciers privilégiés de la dette vénézuélienne, les créanciers chinois seraient exposés à des risques plus élevés de défaut de paiement »

 «  Le gouvernement vénézuélien et les entreprises publiques auraient du mal à répondre aux exigences américaines et à leurs besoins de dépenses intérieures », ajoute t-il

En clair : si Washington impose ses conditions, Caracas pourrait arbitrer sous contrainte — au détriment de Pékin.

 “Pétrole contre prêts” : des milliards engagés depuis 2008

 L’alerte chinoise renvoie à une histoire financière lourde. En 2008, la Chine et le Venezuela ont scellé un accord de long terme visant à “échanger” des prêts contre des livraisons de pétrole. Depuis, Pékin s’est imposé comme un partenaire clé de Caracas, finançant énergie et infrastructures.

Toujours selon les données évoquées dans le texte, jusqu’en 2015, la Chine aurait accordé plus de 60 milliards de dollars de prêts garantis par le pétrole via ses banques publiques. Une exposition massive, concentrée sur un pays à la situation économique fragile.

 Forbes met en avant un premier risque immédiat : l’encours du programme “pétrole contre prêts” porté par la banque chinoise de développement serait estimé entre 17 et 19 milliards de dollars. Le média souligne l’ampleur de ce pari en une phrase :

« Il s’agit de la plus importante position adossée à des matières premières d’un seul pays dans le portefeuille de Pékin ».

Approvisionnement : la Chine absorbe l’essentiel du brut vénézuélien

 Au-delà de la finance, la question énergétique pèse lourd. Le Venezuela dispose d’importantes réserves de pétrole et la Chine s’y est arrimée comme client majeur.

Dans le texte, Reuters est cité sur un point clé : les exportations vénézuéliennes ont atteint 921.000 barils par jour en novembre 2025, et la Chine aurait absorbé environ 80% de ce total — soit près de 746.000 barils par jour. Autrement dit, toute perturbation politique, logistique ou contractuelle à Caracas peut se répercuter directement sur les flux d’approvisionnement de Pékin.

Les incertitudes portent désormais sur l’évolution de la production, la stabilité des contrats, et le rôle que pourraient jouer les États-Unis dans la reconfiguration du secteur pétrolier vénézuélien.

 Washington prête à “perturber” les chaînes d’approvisionnement

 Le troisième risque pointé dans le texte est géopolitique. L’opération américaine au Venezuela est interprétée comme un signal : l’administration Trump serait prête à recourir à la force pour perturber les chaînes d’approvisionnement chinoises en matières premières sur le continent américain.

Dans ce contexte, la demande de la NFRA apparaît comme une mesure de précaution : cartographier l’exposition, renforcer les contrôles de crédit, et anticiper un scénario où la Chine, pourtant partenaire financier historique, se retrouverait en position de faiblesse au moment de récupérer ses créances.

 Ce que Pékin cherche à éviter

 En exigeant un reporting accéléré, la Chine tente de se prémunir contre un triple choc : financier (risque de défaut sur des prêts adossés au pétrole), opérationnel (fragilisation des flux de brut), et stratégique (pression américaine accrue sur ses routes d’approvisionnement).

Une chose est certaine : au Venezuela, la bataille ne se joue pas seulement sur le terrain politique. Elle s’étend désormais aux bilans bancaires, aux cargaisons de pétrole — et à l’équilibre des influences dans les Amériques.

 

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