- TikTok restera aux États-Unis grâce à une coentreprise dominée par des capitaux américains.
- Un compromis inédit qui met fin à deux ans de bras de fer politique et préserve l’accès de ByteDance à son premier marché publicitaire mondial.
« Je suis tellement heureux d’avoir aidé à sauver Tiktok! », écrit Donald Trump sur Truth Social. Pour l’application de vidéos courtes menacée d’interdiction, l’annonce marque la fin d’un feuilleton de deux ans, alimenté par les tensions géopolitiques entre Washington et Pékin et par les soupçons pesant sur la sécurité des données.
Depuis 2024, une loi américaine obligeait ByteDance à céder TikTok à un autre propriétaire avant le 19 janvier 2026, sous peine de bannissement. L’accord annoncé contourne ce scénario : TikTok peut rester, mais sous une gouvernance remodelée.
ByteDance assure avoir officiellement créé une coentreprise majoritairement détenue par des investisseurs américains pour gérer ses activités aux États-Unis. La nouvelle entité, baptisée TikTok USDS, ne se limite pas à l’application phare : les garanties couvriront aussi « CapCut, Lemon8 et un portefeuille d’autres applications et sites aux États-Unis », précise un communiqué.
Le message politique est clair : TikTok change de pavillon. L’application appartient « désormais à un groupe de grands patriotes et investisseurs américains », selon la communication relayée autour de l’accord.
Dans le détail, Oracle, dirigé par Larry Ellison, le fonds californien Silver Lake et le fonds émirien MGX détiendront 45% du capital, réparti en parts égales. Un tiers de la structure reviendra aux actionnaires actuels de ByteDance (Susquehanna International Group, General Atlantic…) ainsi qu’à quelques nouveaux entrants.
Parmi ces nouvelles têtes : DFO Management, le family office de Michael Dell, et NJJ Capital, la holding de Xavier Niel. ByteDance, de son côté, devrait conserver 19,9%, sous le seuil de 20% prévu par la loi américaine sur les investissements étrangers — un verrou juridique central dans l’architecture de l’accord.
L’opération se joue aussi sur la question du prix. En septembre dernier, le vice-président américain JD Vance évoquait une valorisation d’environ 14 milliards de dollars pour les activités américaines de TikTok. Un montant jugé « sous-évalué », selon plusieurs experts.
À ce stade, l’enjeu dépasse une simple transaction : TikTok est un actif stratégique, à la croisée de la publicité, du commerce en ligne et de l’influence culturelle.
Gouvernance : un conseil de sept membres “en majorité américains”
Une fois la transaction finalisée, TikTok USDS fonctionnera comme une entité indépendante supervisée par un « conseil d’administration de sept membres, en majorité américains ». Adam Presser, ancien directeur des opérations de TikTok, en sera le PDG.
Shou Chew, actuel PDG du réseau social, devient directeur de la nouvelle structure et conserve un siège au conseil. Un équilibre délicat : gouvernance américaine affichée, continuité opérationnelle garantie.
Côté utilisateurs, la transition se veut invisible : les 200 millions d’Américains n’auront pas besoin de télécharger une nouvelle application. Mais une question reste en suspens : le fil de recommandations sera-t-il le même ?
Oracle hébergera les données des utilisateurs américains et jouera un rôle clé sur le moteur de recommandation. « La coentreprise procédera au réentraînement, aux tests et à la mise à jour de l’algorithme de recommandation de contenu à partir des données des utilisateurs américains », précise un communiqué. Un point décisif, tant l’algorithme est la colonne vertébrale du succès de TikTok.
Trump revendique l’accord, et remercie Xi Jinping
Donald Trump, qui avait pourtant tenté d’interdire TikTok lors de son premier mandat, assume aujourd’hui l’inverse : « J’espère seulement que dans un avenir lointain, ceux qui utilisent et aiment Tiktok se souviendront de moi », écrit-il sur Truth Social.
Dans le même message, il revendique aussi un signal diplomatique : « Je voudrais aussi remercier le président chinois Xi d’avoir travaillé avec nous et, en fin de compte, approuvé l’accord. Il aurait pu faire le contraire, mais il ne l’a pas fait, et nous lui en sommes reconnaissants ». Une phrase qui acte, publiquement, une désescalade sur un dossier devenu symbole des tensions sino-américaines.
Une “victoire nette” pour ByteDance, malgré la façade américaine
Si la gouvernance et le capital de TikTok USDS basculent sous pavillon américain, ByteDance conserve néanmoins un droit de regard sur son ancien joyau. Les principales activités commerciales — commerce électronique, publicité, marketing — resteront également de son ressort.
En séparant la gouvernance de la technologie, la nouvelle structure apparaît plus proche d’un modèle de franchise que d’une rupture. Et l’enjeu est colossal : une interdiction aux États-Unis aurait affaibli TikTok auprès des annonceurs et des créateurs, voire forcé ByteDance à bâtir un concurrent américain reposant sur la même logique.
Rappelons qu’en 2024, l’entreprise aurait généré environ 155 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 33 milliards de bénéfice, dépassant largement Alibaba et Tencent. Début 2025, elle a même brièvement dépassé Meta pour devenir la première entreprise mondiale des réseaux sociaux en chiffre d’affaires.
