- À Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le Premier ministre Sébastien Lecornu a remis le logement au centre du jeu politique après l’adoption de son budget.
- Objectif affiché : produire 2 millions de logements d’ici 2030, relancer l’investissement locatif via un nouvel avantage fiscal, et soutenir un secteur en pleine panne, alors que les réservations dans le neuf décrochent nettement.
Après avoir défendu son budget et échappé à la censure, Sébastien Lecornu a choisi Rosny-sous-Bois pour détailler l’une des priorités du gouvernement : la relance du logement. Au cœur de son discours, une promesse spectaculaire, autant politique qu’économique, censée enrayer une crise qui s’installe.
« L’objectif est simple. Il est assez ambitieux. Je ne doute pas que nous serons surveillés dans notre capacité collective avec la profession à le réussir. C’est être capable de sortir 2 millions de logements d’ici à 2030. C’est absolument colossal. C’est 400 000 logements par an », a-t-il annoncé.
Selon les professionnels du secteur, les mises en vente et les réservations de logements neufs à destination des particuliers sont en nette baisse, signe d’un essoufflement de la demande mais aussi d’une offre qui se retire. Au troisième trimestre 2025, les mises en vente et les réservations chutent de 21% par rapport à la même période de l’année précédente. Concrètement, une opération sur cinq est retirée de la vente, un indicateur qui illustre l’ampleur des difficultés.
Pour tenter de remettre la machine en marche, le Premier ministre a déroulé plusieurs mesures : soutien financier aux bailleurs sociaux, simplification des projets immobiliers, et surtout un dispositif fiscal destiné à stimuler l’offre locative.
Autre point mis en avant dans le budget 2026 : le maintien de MaPrimeRénov’, présenté comme un outil pour accompagner la transition énergétique et sécuriser les travaux, notamment dans l’ancien.
“On attend, on reste circonspect” : la prudence des professionnels
Dans l’immobilier, les annonces sont accueillies comme un signal, mais les acteurs du secteur rappellent que la concrétisation dépendra du Parlement et des décrets d’application.
« On attend, on reste circonspect parce que là il y a des annonces, il faut que ça soit voté, mis en place, mais psychologiquement ça va donner des perspectives et nous dans notre domaine c’est du long terme. Donc d’avoir des perspectives c’est très important », souligne Guillaume Martinaud, président du réseau Orpi.
Le “statut du bailleur privé”, nouveau levier pour ’investissement locatif
Depuis plusieurs années, les Français boudent l’achat d’un logement pour le louer. Pour inverser la tendance, le gouvernement mise sur un nouvel avantage fiscal inscrit au budget : le “statut du bailleur privé”.
Le principe : dans le neuf ou l’ancien, un particulier pourra déduire de ses impôts entre 3% et 5,5% du prix du bien chaque année. Une réduction supplémentaire serait possible si l’investissement “perd” de l’argent, c’est-à-dire si le logement coûte plus qu’il ne rapporte en loyers.
En échange, des règles encadrent l’avantage : loyer plafonné, location d’au moins neuf ans, et travaux obligatoires dans l’ancien.
Pour certains spécialistes de l’investissement locatif, la mesure est un tournant. Sur franceinfo, Souheil Yanci, cofondateur de l’agence Les Secrets de l’immo, ne cache pas son enthousiasme : « Pour tout vous dire, c’est inespéré, en tout cas de mon côté », se réjouit-il.
Il estime que le dispositif coche plusieurs cases à la fois : « On cumule plusieurs avantages : pouvoir amortir un bien, avoir une déduction fiscale… Réaliser des travaux de rénovation aujourd’hui, c’est clairement dans l’air du temps, c’est quelque chose qui va permettre de valoriser un bien », énumère Souheil Yanci.
Jusqu’ici, l’un des seuls coups de pouce fiscaux restait le statut de Loueur meublé non professionnel (LMNP). Mais ses conséquences sur le marché locatif sont pointées du doigt : la montée du meublé aurait contribué à raréfier les locations nues, pourtant indispensables à l’offre longue durée.
Le nouveau statut vise à rééquilibrer le marché et, selon le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, à “permettre de construire près de 50 000 logements en plus par an”.
Objectif 2030 : “réaliste”, mais à condition d’un soutien local
L’objectif de deux millions de logements ne laisse pas indifférent le logement social. Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale de l’habitat, le juge atteignable, ce samedi sur franceinfo : « La construction de deux millions de logements d’ici 2030 est réaliste », assure-t-elle.
Mais elle pose une condition essentielle : l’alignement politique et territorial. « C’est ce qu’on doit faire et c’est ce qu’on aurait dû faire ces dernières années », ajoute l’ancienne ministre du Logement.
« L’appareil de production en France permet de le faire sans problème, encore faut-il qu’il soit soutenu politiquement, financièrement et que ça suive évidemment dans les collectivités locales, avec les maires », prévient Emmanuelle Cosse.
Même satisfaction prudente du côté de la Fédération nationale de l’immobilier. Sur France Inter, son président Loïc Cantin voit dans l’annonce un électrochoc attendu : « C’est un objectif ambitieux qui permet de constituer un choc d’offre indispensable », réagit-il.
Il applaudit une mobilisation qu’il juge tardive : « Enfin, le gouvernement se mobilise pour le logement des Français », se félicite Loïc Cantin. Selon lui, « c’était un thème qui était laissé de côté depuis plusieurs années ». Sébastien Lecornu « a enfin compris et veut mettre en place un plan d’urgence », salue le patron de la Fnaim.
Et insiste sur la nécessité de relancer la construction neuve : « Il fallait un signal pour le neuf », appuie Loïc Cantin, saluant « la volonté d’agir » et celle « de restaurer de la confiance auprès des Français ». « Il est plus qu’urgent d’agir » avant l’élection présidentielle de 2027, ajoute-t-il. « Il n’est pas trop tard ».
Entre ambition chiffrée, mesures fiscales et soutien à la rénovation, le gouvernement joue une partie serrée : rétablir la confiance et remettre en marche une production grippée. Reste l’étape décisive pour les professionnels : la transformation des annonces en textes votés, puis en dispositifs applicables.
