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Discrimination au logement : près d’une agence immobilière sur deux accusée de céder à des demandes racistes, selon SOS Racisme

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  • Une nouvelle campagne de testing de SOS Racisme révèle qu’en 2025, 48,48% des agences immobilières contactées ont accepté ou facilité une demande de tri des locataires selon leur origine.
  •  L’association appelle l’État et la profession à une réponse plus ferme, tandis que la Fnaim reconnaît une pratique « inadmissible » et réclame davantage de contrôles.

    Près d’une agence immobilière sur deux accepte ou facilite une discrimination raciale de la part de propriétaires en 2025. C’est la conclusion d’une nouvelle campagne de testing menée par SOS Racisme, qui dit constater des résultats comparables à ceux de 2019 et 2022.

Le protocole est direct : 198 agences ont été contactées par téléphone, partout en France. Les testeurs se sont fait passer pour des propriétaires souhaitant mettre un bien en location, à une condition explicitement discriminatoire : que l’agence envoie des profils de « type européen », afin d’éviter, selon eux, des « problèmes de voisinage ».

Dans le détail, 96 agences, soit 48,48%, ont accepté ou facilité une discrimination raciale. Parmi elles, 48 agences ont donné leur accord directement, en acceptant de sélectionner des locataires sur la base d’un critère racial. Quarante-huit autres ont refusé de procéder elles-mêmes à cette sélection, mais ont permis ou encouragé le propriétaire à s’en charger, validant ainsi de fait une pratique illégale.

À l’inverse, 102 agences (51,52%) ont opposé un refus clair et ont affirmé explicitement leur opposition à toute sélection fondée sur l’origine.

Pour SOS Racisme, le signal est alarmant : en six ans et trois campagnes, « le taux de discrimination n’a pas reculé », regrette l’association. « Une agence sur deux continue d’y participer directement ou indirectement », insiste-t-elle, appelant à une réponse immédiate : une « réaction ferme des pouvoirs publics et des professionnels de l’immobilier s’impose face aux manquements persistants des agences ».

Un phénomène documenté depuis 2018-2019

L’association rappelle que sa première campagne de testing, menée entre 2018 et 2019, avait déjà mis au jour une discrimination massive : les personnes perçues comme maghrébines ou subsahariennes avaient alors « entre 50 et 55% de chances en moins » de voir leur dossier accepté, à situation équivalente.

Ce constat, affirme SOS Racisme, « avait ouvert le dialogue avec le ministère du Logement et les acteurs du secteur immobilier, aboutissant à l’adoption d’un décret en octobre 2020 visant à renforcer la lutte contre les discriminations à l’accès au logement ».

Décret de 2020 et formation obligatoire : dispositif insuffisant

Le décret d’octobre 2020 impose une formation obligatoire à la non-discrimination pour les professionnels titulaires d’une carte professionnelle. En cas de non-respect, le renouvellement de cette carte peut être refusé, « empêchant ainsi l’exercice légal de l’activité ».

Mais, contacté par France Inter, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, estime que ces formations restent trop souvent inefficaces sur le terrain. Selon lui, elles « ne sont pas toujours de très bonne qualité » et ne « couvrent pas suffisamment de personnes parce que certaines n’y sont pas soumises et pourtant répondent au bout du fil ».

L’association renouvelle donc ses dix propositions mêlant prévention et sanctions, dont « la mise en place obligatoire du dossier anonyme pour les professionnels de l’immobilier » et la demande de « renforcer les sanctions pénales en cas de discriminations sur le modèle des sanctions pour le logement insalubre ».

Une pratique « inadmissible », selon la Fnaim

Du côté des professionnels, le président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) condamne sans détour. « Cette pratique est inadmissible et condamnable », déclare Loïc Cantin lundi 26 janvier sur franceinfo. « Notre profession doit faire preuve d’exemplarité », ajoute-t-il, car « nous sommes les ambassadeurs de l’accès au logement ».

La lutte contre les discriminations est, selon lui, un « combat commun que nous menons avec SOS Racisme », notamment pour établir un « référentiel de formation » sur le sujet. Loïc Cantin plaide pour que cette formation s’inscrive dans une obligation plus large imposée aux nouveaux entrants dans la profession.

Le président de la Fnaim évoque un autre texte resté, selon lui, trop longtemps en suspens.

« Depuis 2014, l’État français doit publier un décret qui oblige tout employeur à faire suivre une formation à quelqu’un qui rentre dans la profession »,   affirme t-il.

Il précise que  l’État a été « condamné » par le Conseil d’État « en janvier 2025 » pour ce manquement, après un recours de la Fnaim.

Toujours selon Loïc Cantin, Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, a « confirmé » que ce décret va « être publié prochainement ».

De son côté, Loïc Cantin rappelle également qu’un « code d’éthique et de déontologie » a été « mis en place en 2012″, précisant « qu’un professionnel de l’immobilier s’interdit d’exercer toute forme de discrimination, quel qu’il soit : motif religieux, associatif, politique ou de couleur de peau ».

Mais il met en garde contre une focalisation exclusive sur les agences : « Mais attention, il ne faut pas faire peser tout le poids de la responsabilité des discriminations dans le logement sur les seuls professionnels », avertit-il, rappelant que « les deux tiers du marché du logement ne sont pas intermédiés et les propriétaires font bien ce qu’ils veulent ! ». Un argument qui, pour lui, renforce la nécessité d’augmenter contrôles et sanctions

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