- Après l’adoption du volet “recettes”, le gouvernement s’apprête à faire passer la partie “dépenses” du budget 2026 au forceps.
- Faute de majorité au Parlement, le Premier ministre Sébastien Lecornu a choisi l’article 49.3.
- Dans le PLF 2026, l’exécutif affiche un freinage de la dépense publique, tout en sanctuarisant — voire en augmentant — plusieurs postes clés, des Armées à la Justice, et en concédant des mesures sociales pour éviter la censure.
Face à l’impossibilité de trouver un compromis au Parlement, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est résolu à utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter le budget sans vote. Après la partie “recettes”, celle consacrée aux dépenses doit être adoptée mardi 27 janvier à l’Assemblée nationale, avant de partir au Sénat. L’exécutif parie sur l’échec des motions de censure portées par une partie de la gauche et du Rassemblement national (RN).
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2026, qui a déjà obligé le gouvernement à recourir à une loi spéciale en fin d’année pour assurer la continuité de l’État, reste proche du texte initial. Mais plusieurs ajustements ont été ajoutés pour convaincre le Parti socialiste et Les Républicains de le défendre. L’objectif est de ramener le déficit à 5% du PIB, contre 4,7% au départ, alors qu’il atteindrait 5,4% en 2025.
Freinage affiché de la dépense publique : l’État serre la vis en 2026
C’est l’axe central du volet “dépenses” : ralentir la progression de la dépense publique. Le gouvernement assume une baisse du poids des dépenses publiques dans le PIB, en misant sur un net coup de frein : la croissance des dépenses (État, collectivités et Sécurité sociale) ralentirait à 0,8% en volume en 2026, après 1,7% en 2025 et 2,1% en 2024.
Conséquence immédiate : les crédits alloués à la plupart des ministères reculent dans le projet gouvernemental. Une stratégie présentée comme indispensable pour respecter la trajectoire de réduction du déficit, au prix d’arbitrages serrés dans les politiques publiques.
Dans un paysage globalement contraint, certains ministères sont clairement prioritaires. Le texte acte une hausse spectaculaire pour les Armées, avec +6,7 milliards d’euros. D’autres portefeuilles sont également protégés : l’Intérieur, la Justice, l’Éducation et l’Agriculture.
Sur le terrain agricole, plusieurs mesures ciblées figurent dans le budget : soutien à l’arrachage viticole, fonds d’urgence pour la dermatose nodulaire, soutien aux céréaliers, entre autres. Le gouvernement y voit une réponse à des filières fragilisées et à une pression sociale persistante dans les campagnes.
Collectivités locales : un effort de 2 à 2,5 milliards demandé
Autre point sensible du volet “dépenses” : la contribution exigée des territoires. Un effort de l’ordre de 2 à 2,5 milliards d’euros est en outre demandé aux collectivités locales.
Cette demande, récurrente dans les périodes de consolidation budgétaire, s’annonce politiquement inflammable : les élus locaux redoutent un effet ciseaux entre hausse des besoins (services publics, transition, investissements) et marges financières plus étroites.
France 2030 raboté : 1,1 milliard en moins sur l’investissement
Le budget 2026 entérine également un choix fort sur l’investissement économique : la réduction de 1,1 milliard d’euros des fonds alloués à France 2030, programme d’investissement en faveur des entreprises, est actée.
Un signal scruté de près par les industriels et l’écosystème de l’innovation, au moment où l’exécutif affirme vouloir concilier compétitivité et rigueur budgétaire.
Concessions sociales intégrées aux dépenses pour éviter la censure
Pour s’éviter la censure du Parti socialiste, Sébastien Lecornu a consenti plusieurs concessions qui pèsent directement sur la dépense de l’État.
La mesure la plus emblématique concerne la prime d’activité : le Premier ministre annonce une hausse de “50 euros par mois en moyenne” pour “plus de trois millions de ménages”. Coût estimé : 2 milliards d’euros.
Le gouvernement renonce aussi à l’année blanche sur l’aide personnalisée au logement (APL), généralise le repas universitaire à un euro et maintient les bourses étudiantes à leur niveau actuel. S’ajoutent plusieurs investissements, dont 400 millions d’euros supplémentaires pour les bailleurs sociaux et la création de 2 000 postes d’accompagnement pour les enfants en situation de handicap.
Recettes ajustées, mais l’équation se joue désormais sur la dépense
Si le gouvernement a modifié la partie “recettes” — notamment en renonçant à toute hausse d’impôt pour les ménages — l’essentiel se déplace désormais sur le terrain des dépenses : maîtrise de la trajectoire globale, arbitrages ministériels, effort demandé aux collectivités et coupes ciblées sur l’investissement.
C’est sur ce volet que l’exécutif joue sa crédibilité budgétaire. Et c’est aussi là que se cristallise le risque politique : celui d’un budget adopté au forceps, mais contesté sur ses priorités, entre rigueur affichée et concessions nécessaires pour survivre à l’Assemblée
