- Bernard Arnault a annoncé mardi 27 janvier que la famille Arnault allait franchir, dans les prochaines semaines, le seuil des 50% du capital de LVMH.
- Présentée comme un signal de confiance dans la stratégie à long terme du leader mondial du luxe, cette décision n’a pas rassuré les investisseurs : l’action chute de 6,97% en début de séance ce mercredi 28 janvier à la Bourse de Paris.
La famille Arnault s’apprête à renforcer encore son emprise sur LVMH. Lors de la conférence de presse présentant les résultats annuels du groupe, Bernard Arnault a annoncé que le clan familial franchirait rapidement la barre des 50% du capital.
« Nous avons déjà près de 50% du capital. Comme maintenant on entame une nouvelle année on a le droit de racheter (des titres, NDLR). On va franchir dans le début de cette année les 50%. On aura donc plus de 50% », a déclaré le PDG.
À fin juin 2025, le groupe familial détenait 49,44% du capital de LVMH, selon le rapport semestriel. Une progression qui pourrait faire grincer des dents, y compris du côté des investisseurs, reconnaît Bernard Arnault :
« Je ne sais pas si cela (la montée au capital de la société, NDLR) va plaire aux observateurs, aux investisseurs ».
Pour Bernard Arnault, l’enjeu dépasse la mécanique financière : il s’agit d’afficher une conviction stratégique, à rebours d’une lecture trop court-termiste des résultats.
« Vous voyez on croit à ce qu’on fait et on le montre notamment par cela », a-t-il affirmé, défendant une vision industrielle du luxe. « Le groupe familial n’est pas rivé aux résultats du trimestre, il pense à moyen terme, il investit à moyen terme et crée des produits pour le long terme. On n’est pas obnubilé par ce qui se passera sur le trimestre prochain même si cela a une importance », a développé le dirigeant, avant d’ajouter : « Pour l’instant cela ne nous a pas trop mal réussi ».
Entre prudence à court terme et stratégie de conquête
Si le patron de LVMH dit rester confiant sur la trajectoire de long terme, il se montre plus circonspect sur l’immédiat. En cause : un environnement économique et politique instable.
Bernard Arnault cite les crises géopolitiques, l’incertitude économique, mais aussi « les politiques de certains États, dont le nôtre, qui sont plutôt contre les entreprises, pour les taxer un maximum et donc créer du chômage ». Conclusion : « il y a de quoi être un peu réservé ».
Dans ce contexte, le groupe entend dérouler une recette éprouvée : « on va appliquer la même technique qu’en 2025. On va créer de très beaux produits et essayer de les vendre dans le monde entier. On va ouvrir de nouvelles boutiques », a poursuivi le PDG.
Objectif affiché : préserver la génération de trésorerie. « Et on va gérer au plus près, on va limiter les frais et les dépenses, faire ce que l’on a fait cette année, de façon qu’en 2026, le cash-flow soit aussi en progression », a-t-il conclu.
Cash-flow en hausse en 2025, discipline financière revendiquée
Malgré une baisse des résultats, LVMH met en avant une performance financière jugée solide sur un indicateur clé : la trésorerie. En 2025, le flux de trésorerie disponible d’exploitation a progressé de 8%, à 11,3 milliards d’euros. La directrice financière, Cécile Cabanis, l’attribue notamment à une bonne « sélectivité des investissements », et à une gestion resserrée des coûts.
La défense des marges a également retenu l’attention : LVMH a publié un résultat opérationnel courant de 17,76 milliards d’euros en 2025, pour une marge de 22%, supérieure au consensus. Plusieurs analystes soulignent que la rentabilité s’est améliorée au second semestre, à rebours de craintes sur une érosion plus marquée.
Le marché déçu par la mode et maroquinerie
La séance boursière traduit toutefois une attente très élevée vis-à-vis du leader mondial du luxe. À la Bourse de Paris, l’action LVMH chute de 6,97% en début de séance ce mercredi 28 janvier, signe que les investisseurs retiennent surtout les zones de faiblesse.
Au quatrième trimestre, le groupe aux 75 maisons a enregistré une progression de 1% de ses revenus en données comparables, au-dessus du consensus qui anticipait un léger recul (-0,3%). Ce surcroît de performance s’explique principalement par la division montres et joaillerie (+8%) ainsi que la distribution sélective, qui inclut Sephora (+7%, contre 3,9% attendu).
Mais l’œil du marché reste braqué sur la division mode et maroquinerie, de loin la plus importante et la plus scrutée. Elle recule de 3% en comparable, pile en ligne avec les prévisions. Une performance jugée insuffisante dans un contexte où les publications de certains concurrents ont surpris positivement, alimentant l’espoir d’un rebond plus marqué du secteur.
Chine en amélioration, ralentissement relatif aux États-Unis
Sur la demande, Cécile Cabanis a indiqué que la dynamique était globalement comparable à celle du troisième trimestre. En Chine, l’activité a été positive pour la clientèle locale et en amélioration pour « l’offshore » (les achats des consommateurs chinois à l’étranger, notamment au Japon).
À l’inverse, un fléchissement s’observe sur la clientèle américaine : aux États-Unis, la croissance ressort à 1% en comparable au quatrième trimestre, après 3% au troisième. Une inflexion à relativiser, selon la direction, du fait d’une base de comparaison plus exigeante liée à des effets de rattrapage observés fin 2024.
Dior “très demandée” et pari créatif sur Jonathan Anderson
Autre signal scruté : la dynamique des grandes maisons. Bernard Arnault a indiqué que les produits de Dior étaient « très demandés» en ce début d’année. La griffe — deuxième marque la plus importante du groupe derrière Louis Vuitton — est désormais portée par Jonathan Anderson à la direction de la création, un choix salué par plusieurs analystes qui y voient la capacité d’insuffler un nouvel élan à une maison jugée en perte de vitesse ces dernières années.
Des analystes globalement rassurés sur la trajectoire
Malgré la réaction négative du marché, plusieurs banques se montrent plus constructives sur les perspectives. Certaines confirment un biais favorable, estimant que le groupe est à un “point d’inflexion” grâce au contrôle des coûts et à la discipline sur les investissements.
D’autres jugent que les résultats 2025 devraient « apaiser » les craintes autour de la croissance, LVMH apparaissant « bien placé » pour profiter d’une reprise progressive de la demande mondiale de produits de luxe, tout en traitant de manière proactive les défis de certaines divisions.
