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OTAN : Mark Rutte s’attire les foudres de l’UE en balayant l’idée d’une défense européenne sans les États-Unis

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  • Devant les eurodéputés, le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a jugé illusoire l’idée d’une Europe capable d’assurer sa sécurité sans Washington.
  • Son “continuez à rêver” a déclenché une vague de réactions à Bruxelles et, surtout, à Paris, où l’autonomie stratégique est défendue de longue date.

   La scène se déroule au Parlement européen. Interrogé sur l’ambition de certains États membres de renforcer l’autonomie stratégique de l’Union, Mark Rutte choisit la provocation. « Si quelqu’un pense ici, encore une fois, que l’Union européenne, ou l’Europe dans son ensemble, peut se défendre sans les États-Unis, continuez à rêver. Vous ne pouvez pas. Nous ne pouvons pas. Nous avons besoin les uns des autres », lance le secrétaire général de l’OTAN devant les eurodéputés.

La séquence fait rapidement le tour des réseaux sociaux. Extraits, commentaires et analyses se multiplient, transformant l’intervention en symbole d’un malaise plus large : celui d’une alliance transatlantique fragilisée par des tensions politiques et des désaccords stratégiques croissants.

L’ombre de Trump et le dossier groenlandais en toile de fond

Les déclarations de Mark Rutte s’inscrivent dans un contexte explosif. Le texte de référence rappelle que la crise a été ravivée par les menaces du président américain Donald Trump de s’emparer du Groenland — un différend jugé sans précédent, au point de pousser l’alliance transatlantique, vieille de près de 80 ans, “au bord de l’effondrement”.

Selon ce même récit, les tensions auraient été désamorcées grâce à un accord sur la sécurité dans l’Arctique, négocié par Mark Rutte. Un apaisement relatif, qui n’empêche pas les inquiétudes : l’Arctique est plus que jamais perçu comme un théâtre stratégique où se cristallisent les rivalités, et où la crédibilité des garanties de sécurité est scrutée à la loupe.

Dans un passage remarqué, le chef de l’OTAN évoque sa relation avec Donald Trump et la fuite de communications personnelles entre les deux hommes. « Lorsque le président Trump fait de bonnes choses, je le félicite, et cela ne me dérange pas qu’il publie des SMS », affirme-t-il, prenant à contre-pied ceux qui attendaient un discours plus prudent face à l’imprévisibilité du président américain.

Puis vient l’argument central : l’interdépendance au sein de l’Alliance. Pour Mark Rutte, les alliés de l’OTAN ont “besoin les uns des autres”, et l’Europe ne peut pas espérer combler un éventuel recul américain sans consentir à un effort budgétaire massif.

Dépenses militaires et dissuasion : l’hypothèse choc des 10 % du PIB

Mark Rutte ne se contente pas de rappeler la dépendance européenne : il chiffre le “prix” d’une autonomie poussée à l’extrême. Il plaide pour que les nations européennes consacrent 10 % de leur PIB à la défense, au lieu de 5 % comme le prévoit l’objectif actuel, afin de compenser une éventuelle perte du soutien de Washington.

Le secrétaire général de l’OTAN pousse aussi la logique jusqu’au cœur de la souveraineté : le nucléaire. « Vous devriez développer votre propre capacité nucléaire. Cela coûte des milliards et des milliards d’euros », prévient-il. Avant d’ajouter, en évoquant la protection américaine : « Dans ce scénario, vous perdriez le garant ultime de notre liberté, à savoir le parapluie nucléaire américain. Alors, bonne chance ! »

Des propos jugés par ses détracteurs comme un rappel brutal, voire une mise en garde condescendante, à l’heure où plusieurs capitales européennes accélèrent déjà leurs investissements dans l’industrie de défense.

L’Europe de plus en plus “résiliente” et “indépendante”, selon Paula Pinho

Face à la polémique, la Commission européenne s’efforce de recadrer le débat. Paula Pinho, porte-parole en chef, insiste sur une trajectoire progressive plutôt qu’une rupture. L’objectif politique, dit-elle, doit rester de rendre l’UE « de plus en plus résiliente » et « de plus en plus indépendante » sur «», y compris la sécurité et la défense.

Pour illustrer la méthode, elle cite un précédent majeur : « Nous avons une histoire positive à raconter quant à la manière dont nous avons pu réduire notre dépendance à l’égard des importations de combustibles fossiles en provenance de Russie », explique-t-elle.

« De telles dépendances sont également observées dans d’autres domaines : la défense, les matières premières essentielles, etc. (…) Nous nous sommes engagés à faire tout ce qui doit être fait pour réduire cette dépendance, pour réduire cette exposition », ajoute -t-elle.

Une manière d’inscrire la défense dans une logique globale de souveraineté économique et stratégique. Paula Pinho renvoie également au discours d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, qui a appelé la semaine précédente à une plus grande « indépendance européenne » face à l’instabilité géopolitique. Selon le texte, une stratégie de sécurité serait bientôt mise en place, avec un accent sur l’Arctique, zone désormais au cœur des tensions.

« Nous sommes en train de rassembler un certain nombre de mesures dans un seul but (…) pour faire en sorte que nous puissions [atteindre] une telle indépendance graduelle », conclut la porte-parole.

De son côté,  le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot rejette l’idée d’une Europe condamnée à dépendre de Washington : « Non, cher Mark Rutte. Les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur sécurité. Même les États-Unis en conviennent. C’est le pilier européen de l’OTAN », écrit-il sur X.

Au Parlement européen, l’eurodéputée française Nathalie Loiseau, présente lors de la réunion, juge la séquence désastreuse. « C’était un moment honteux », écrit-elle sur les réseaux sociaux. Elle accuse Mark Rutte de chercher à séduire Donald Trump : « Mark Rutte pense que le fait d’être impoli [envers] les Européens plaira à Trump. Nous n’avons pas besoin d’un fanatique de Trump. L’OTAN a besoin d’un rééquilibrage entre les efforts américains et européens ».

La polémique a déjà produit son effet : elle remet la défense européenne au centre du débat public, sur fond d’incertitudes américaines, de tensions en Arctique et de guerre aux portes de l’Union. Et elle expose, au passage, un défi politique majeur pour l’OTAN : maintenir la cohésion tout en rééquilibrant, comme l’exigent de plus en plus de responsables européens, le partage des efforts entre Washington et les capitales du continent.

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