- Mis en cause après la publication de nouveaux documents américains détaillant ses échanges avec Jeffrey Epstein, Jack Lang se retrouve au centre d’une tempête politique.
- Ses déclarations pour justifier ces contacts, jugées trop indulgentes envers le financier condamné en 2008, provoquent ce jeudi 5 février une série d’appels à son départ de la présidence de l’Institut du monde arabe, qu’il refuse d’envisager.
La séquence médiatique de Jack Lang a mis le feu aux poudres. Lundi, l’ancien ministre de la Culture déclarait à l’AFP « assumer pleinement (ses) liens » passés avec Jeffrey Epstein. Mercredi, sur BFMTV, il a de nouveau plaidé sa bonne foi, assurant qu’il ignorait tout du passé criminel du financier américain lorsqu’il l’a rencontré « il y a une quinzaine d’années », par l’entremise du réalisateur Woody Allen. À l’époque, dit-il, il aurait « trouvé l’homme passionné par l’art, par la culture, par le cinéma ».
Mais c’est surtout son intervention la veille sur France 2 qui a suscité l’indignation. Jack Lang y qualifiait Jeffrey Epstein d’homme « courtois », « charmant », « généreux » et disait se demander comment il « avait pu perpétrer de pareilles abominations ». Des mots que ses détracteurs jugent incompatibles avec la gravité des faits reprochés à Epstein, condamné en 2008.
Olivier Faure : “Notre bienveillance doit être réservée aux victimes”
Au Parti socialiste, la réaction a été immédiate. Le premier secrétaire Olivier Faure a recadré ce jeudi : « Jeffrey Epstein “n’était pas un homme charmant, il était un pédocriminel et notre bienveillance doit être réservée aux victimes” ».
Cité par franceinfo, le député dit ne pas savoir si Jack Lang a « fermé les yeux » en connaissance de cause : « J’ignore si (Jack) Lang est coupable d’avoir, en connaissance de cause, fermé les yeux sur les agissements d’Epstein et si par sa fréquentation, il a participé à les couvrir », écrit-il. Mais, ajoute-t-il, « ce qui d’ores et déjà heurte, c’est la façon dont il évoque aujourd’hui l’affaire ». Et même si, « à ce stade, rien n’implique Jack Lang dans les scandales sexuels », Olivier Faure estime qu’« il doit réfléchir à sa démission pour protéger l’institution qu’il préside ».
Les appels au départ se sont étendus bien au-delà du PS. L’ancien président de l’IMA et actuel président de la région PACA, Renaud Muselier, juge la situation intenable : « Quand on a la carrière qui est la sienne, surtout à 86 ans, c’est bien de savoir partir, plutôt que de s’accrocher indéfiniment à quelque chose. Cela serait même raisonnable de sa part », déclare-t-il.
« La position de Jack Lang est particulièrement nuisible pour l’institution. Je l’invite donc à partir, plutôt qu’il ne soit démissionné par la force», a t-il ajouté
Même tonalité chez Ségolène Royal : « Toutes ces histoires autour de Jeffrey Epstein sont sordides et insupportables. Je ne comprends pas que Jack Lang ne soit pas plus indigné que cela d’avoir fréquenté un tel personnage. (…) Sa démission devrait aller de soi », réagit l’ancienne ministre socialiste.
À gauche, le député LFI Aurélien Taché estime que « L’IMA étant un levier culturel et diplomatique important, il n’y a plus aucune crédibilité à ce que Jack Lang puisse rester à sa tête ». L’écologiste parisien David Belliard parle d’une démission nécessaire « pour l’honneur et la justice » et juge que le maintien de Jack Lang est « une honte ».
Pour Jean-Christophe Cambadélis, l’équation politique est simple : « Tant qu’il ne l’aura pas fait, coupable ou pas, il sera une cible ». Ségolène Royal insiste, elle, sur l’impact institutionnel : « Cela va forcément porter préjudice à l’image de l’Institut du monde arabe ».
La polémique dépasse désormais les clivages. Jean-Philippe Tanguy se dit « pas du tout » convaincu par la défense de Jack Lang : « Faire croire qu’il ne savait pas, c’est ridicule. » Et d’ajouter : « ça fait longtemps que (l’ex-ministre) aurait dû partir ».
Des documents américains relancent la polémique sur les échanges
Les nouveaux documents publiés par le ministère de la Justice américain dévoilent des dizaines d’échanges entre l’ancien ministre français et Jeffrey Epstein. On y trouve notamment des mails évoquant des invitations. France Télévisions rapporte aussi qu’un échange porte sur le prix d’une villa vendue par une relation à Marrakech.
Sollicité, Jack Lang minimise : « La maison, je ne l’ai jamais vue, le document probablement (que) je ne l’ai pas lu ». Et se défend d’avoir tiré le moindre bénéfice : « Je rends service à des amis, c’est tout. Vous imaginez bien que je n’ai jamais reçu un centime de lui, pas plus que ma fille Caroline n’a reçu un centime de lui ».
L’affaire rejaillit aussi sur la fille de Jack Lang. Caroline Lang a démissionné lundi de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma après des révélations sur une société « offshore » fondée en 2016 avec Epstein. Elle a également quitté mercredi le conseil d’administration de Séries Mania, et a été « mise en retrait » de sa fonction de présidente du fonds économique de Pictanovo, la société de production des Hauts-de-France.
