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Vente de LMB Aerospace à Loar Group : « aucune dépendance » de la défense française, assure son dirigeant

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  • La vente de LMB Aerospace, PME corrézienne spécialisée dans des ventilateurs utilisés sur plusieurs programmes militaires, à l’américain Loar Group a déclenché une tempête politique sur fond de souveraineté.
  • Accusée d’être un maillon stratégique, l’entreprise sort du silence : son patron, Thomas Bernard, réfute toute dépendance de l’industrie de défense française et rappelle que LMB a déjà été « dix-sept ans américaine sur les quarante dernières années ».

   Depuis l’annonce du passage sous pavillon américain de LMB Aerospace, l’opposition politique s’est emparée du dossier. À gauche comme à droite, la vente a été dénoncée comme une « perte de souveraineté », la France insoumise et le Rassemblement national se montrant particulièrement virulents. Le RN ne veut pas que la France « soit vendue à la découpe », tandis que les Insoumis ont parlé de « honte » et demandé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur les « dépendances » économiques du pays vis-à-vis des États-Unis.

La polémique a pris une telle ampleur que le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a dû intervenir publiquement. Il a assuré que l’État disposera d’une « golden share », une action préférentielle au capital de LMB, ce qui signifie que « toute décision stratégique pourra être bloquée par l’État » français. Le ministre a également précisé que la production serait maintenue en Corrèze, où se trouve le siège social de l’entreprise.

« Arrêtons tout ça » : le patron de LMB sort du silence

Jusqu’ici silencieuse, l’entreprise répond désormais aux critiques. Thomas Bernard, dirigeant de LMB Aerospace — installé aux États-Unis depuis 2016 pour développer le marché nord-américain — dit ne pas comprendre l’ampleur de la controverse, et dénonce des « fausses informations » relayées dans l’espace public.

Au cœur de sa mise au point, une phrase martelée : « Il n’y a pas de dépendance de l’industrie de défense française à nos produits. » Et d’ajouter, agacé par le portrait de LMB en joyau national : « C’est flatteur quand on entend que LMB est le fleuron, la pépite de l’industrie de l’armement. Mais arrêtons tout ça. »

Rafale, Leclerc, sous-marins : LMB conteste son rôle « stratégique »

L’un des arguments les plus relayés par les opposants à la vente concerne la présence de pièces LMB sur des équipements emblématiques comme le Rafale. Là encore, Thomas Bernard conteste :

« Quand je lis que nous sommes un fournisseur stratégique sur Rafale, c’est complètement faux. Sur cet avion, on a une seule référence. Et nous ne sommes pas les seuls fabricants », affirme-t-il.

Le dirigeant détaille ensuite l’état réel des fournitures sur d’autres programmes cités dans la polémique : « Sur le char Leclerc, ça fait 20-25 ans qu’on n’a pas fourni de matériel pour ce blindé », explique-t-il. Et pour le reste : « Sur les sous-marins nucléaires, le porte-avions Charles de Gaulle, nous avons arrêté la fourniture de matériel depuis huit ans. »

Une manière, pour lui, de relativiser l’idée d’un verrou industriel dont dépendrait la défense française.

Pourquoi un repreneur américain ? « Seules des entreprises américaines ont montré un réel intérêt »

Thomas Bernard assure que la recherche d’un acquéreur n’a pas été guidée par une logique de démantèlement, mais par la volonté d’assurer l’avenir de la PME.  « Nous, on a cherché un repreneur qui nous laisse une totale autonomie, qui respecte l’ADN d’une PME française, qui s’engage à développer les activités sur site et en Europe. Seules des entreprises américaines ont montré un réel intérêt », défend-il.

Derrière cette justification, l’entreprise souligne son besoin de croissance et d’accès à de nouveaux marchés, en particulier outre-Atlantique, où son dirigeant est basé depuis plusieurs années.

Pour contrer le récit d’une rupture brutale, le patron de LMB rembobine aussi l’histoire capitalistique de l’entreprise. À l’origine, il s’agissait d’une société belge installée en France un peu avant la Seconde Guerre mondiale. Propriété d’une famille belge jusqu’en 1987, la société a ensuite été rachetée une première fois par des Américains, puis revendue cinq ans plus tard à des particuliers, avant d’être cédée à un autre groupe industriel américain, Honeywell.

Des fonds d’investissement ont ensuite accompagné la croissance de l’entreprise, aujourd’hui forte d’environ 80 salariés et d’un chiffre d’affaires annoncé autour de 50 millions d’euros. Au total, insiste Thomas Bernard, LMB a été « dix-sept ans américaine sur les quarante dernières années ».

Une vente préparée « huit mois avec la DGA », assure le dirigeant

Sur le volet des garanties et du contrôle de l’État, Thomas Bernard affirme que le dossier a été préparé en amont avec les autorités. « Huit mois avec la DGA en toute transparence », assure-t-il, en expliquant que LMB a aussi échangé avec ses clients.

« Les conditions ont été mises pour la vente qui ne sont pas inférieures à ce que demandait la DGA », ajoute-t-il.

Dans un contexte de tensions politiques, ces éléments visent à démontrer que la cession n’a pas été improvisée, et qu’elle s’inscrit dans un cadre jugé protecteur par l’exécutif, notamment via la « golden share » évoquée par Bercy.

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