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Déficit commercial de la France : nette amélioration en 2025, mais alerte sur l’agroalimentaire

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  •  Malgré un contexte international tendu, entre hausse des droits de douane américains et concurrence chinoise renforcée, la France a continué de réduire son déficit commercial en 2025.  
  • Les douanes annoncent un déficit ramené à 69,2 milliards d’euros, porté par la progression des exportations — notamment aéronautiques — et la baisse de la facture énergétique. Mais l’excédent alimentaire s’effondre, ravivant les inquiétudes sur la compétitivité agricole.

   La France poursuit le redressement entamé après la flambée historique de 2022. Selon les chiffres communiqués par les douanes ce vendredi 6 février, le déficit commercial sur les biens s’est réduit à 69,2 milliards d’euros en 2025, contre 81 milliards d’euros en 2024.

Cette amélioration intervient dans un climat loin d’être favorable, marqué par des tensions commerciales alimentées par la hausse des droits de douane américains et une concurrence chinoise accrue sur plusieurs segments industriels.

Dans le détail, les douanes expliquent la baisse du déficit par une dynamique des exportations plus vigoureuse que celle des importations. En 2025, les exportations françaises ont progressé de 2,5%, à 614,7 milliards d’euros, avec une contribution notable du secteur aéronautique.

Le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Nicolas Forissier, a salué cette trajectoire dans un communiqué : « Dans un monde commercial plus fragmenté et plus exigeant, la France démontre sa capacité à tenir le cap ».

Importations : une hausse contenue grâce au recul des prix de l’énergie

Côté importations, la hausse est restée limitée. Elles ont augmenté de 0,7% en 2025, à 703,6 milliards d’euros, dans le sillage d’un repli des prix de l’énergie, qui a contribué à réduire la facture énergétique nationale.

Cette tendance confirme la décrue engagée depuis 2023, après le choc de 2022. Cette année-là, le déficit commercial avait atteint un record de -161,7 milliards d’euros, sur fond de guerre en Ukraine et d’envolée des coûts de l’énergie.

Si la trajectoire est clairement à l’amélioration, le niveau du déficit demeure supérieur à celui d’avant la crise sanitaire. En 2025, il reste plus élevé de 11,1 milliards d’euros par rapport à 2019, dernière année de référence avant la pandémie de Covid-19.

Autrement dit, la normalisation est en cours, mais l’équilibre commercial d’avant-Covid n’est pas encore retrouvé.

Le point noir : l’excédent alimentaire au plus bas depuis 25 ans

C’est sur le terrain agricole et alimentaire que l’inquiétude grandit. L’excédent commercial alimentaire, déjà sous pression, tombe à 200 millions d’euros — un niveau au plus bas depuis au moins vingt-cinq ans.

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a réagi sur X en appelant à une réponse rapide : « Le décrochage est incontestable et la France doit réagir immédiatement, en redonnant à nos agriculteurs les moyens de produire et d’investir ».

Le signal le plus préoccupant concerne le solde agricole (produits bruts), désormais déficitaire à -300 millions d’euros. Cette bascule s’explique par une progression des importations, en particulier de cacao, de café et de graines de colza.

Les exportations agricoles ont bien rebondi (+4%), mais sans parvenir à compenser l’augmentation des achats à l’étranger. La dégradation se retrouve aussi du côté des produits agroalimentaires, dont l’excédent se réduit à 500 millions d’euros, confirmant une fragilité structurelle.

Entre regain industriel et fragilité agricole, une France à deux vitesses

Au final, l’année 2025 dessine un paysage contrasté : d’un côté, une amélioration du déficit commercial portée par l’industrie exportatrice et une énergie moins coûteuse ; de l’autre, un décrochage préoccupant de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

Dans un environnement mondial plus dur et plus compétitif, la réduction du déficit constitue un signal positif. Mais la chute de l’excédent alimentaire rappelle qu’une partie de l’économie française — au premier rang, la chaîne agricole — reste sous forte pression et pourrait peser sur la trajectoire des prochaines années.

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