- Coup d’arrêt majeur pour Automotive Cells Company (ACC), la coentreprise de Stellantis, Mercedes et TotalEnergies.
- Le fabricant de batteries pour véhicules électriques juge que les conditions ne sont « pas réunies » pour relancer ses projets de gigafactories à Termoli (Italie) et Kaiserslautern (Allemagne), mis en pause en 2024.
- Les syndicats italiens assurent que la décision est « définitive », tandis que Stellantis dit suivre « de près » les conséquences industrielles et sociales.
Automotive Cells Company (ACC) avait déjà ralenti ses ambitions industrielles en juin 2024 en annonçant avoir mis sur pause deux projets d’usines de batteries lithium en Italie et en Allemagne. Samedi 7 février, la coentreprise de Stellantis, Mercedes et TotalEnergies franchit un nouveau cap : la relance de ces gigafactories n’est plus à l’ordre du jour, et leur abandon est désormais envisagé.
Dans un communiqué, ACC estime que « les conditions préalables » ne sont pas réunies pour redémarrer les chantiers. « Il apparait clairement que les conditions préalables permettant la relance des projets d’ACC en Allemagne et en Italie (…) ne sont pas réunies », affirme l’entreprise, qui dit avoir engagé des discussions avec les partenaires sociaux.
Le groupe précise la suite du calendrier en Allemagne et en Italie, en explicitant le cadre des échanges en cours :
« Nous avons ouvert un dialogue constructif avec les représentants du comité d’entreprise en Allemagne et avec les syndicats en Italie pour travailler, à propos des modalités d’arrêt éventuel des projets de Gigafactory de Kaiserslautern et de Termoli », indique ACC.
Ces deux sites de production devaient s’implanter sur des terrains historiques liés à Opel et Fiat, deux marques de Stellantis. Si l’arrêt se confirme, les usines ne devraient donc pas sortir de terre, malgré l’importance stratégique accordée à la souveraineté industrielle européenne dans le secteur des batteries.
En Italie, le syndicat des métallurgistes UILM va plus loin et ne laisse guère de place au conditionnel.
« La direction d’ACC nous a confirmé ce matin ce que nous redoutions depuis longtemps : le projet d’ACC de construire une gigafactory à Termoli a été définitivement abandonné, tout comme celui en Allemagne », écrit l’UILM, précisant que cette décision serait définitive.
Cette annonce alimente les inquiétudes dans les bassins d’emploi concernés, Termoli étant l’un des sites industriels emblématiques du groupe dans le pays. Elle intervient aussi dans un contexte européen où la course à l’industrialisation des batteries s’accélère, sous pression de la concurrence asiatique et des arbitrages technologiques.
Stellantis « pleinement mobilisé » pour mesurer l’impact
Stellantis, partenaire d’ACC, a réagi en prenant acte du virage annoncé. « [Stellantis] prend note de la décision d’ACC d’entamer des discussions avec les partenaires sociaux en vue de suspendre les projets de gigafactories en Allemagne et en Italie », indique le groupe dans un communiqué.
« Nous suivons de près la situation et restons pleinement mobilisés pour en évaluer les implications industrielles et sociales », ajoute le constructeur
Une posture prudente alors que Stellantis traverse une zone de turbulences, après l’annonce de charges exceptionnelles de 22 milliards d’euros, le groupe ayant reconnu avoir surestimé le rythme des ventes de voitures électriques.
Si le projet batterie est aujourd’hui fragilisé, Stellantis insiste sur la continuité du site de Termoli. Il y a une semaine, le directeur pour l’Europe du groupe, Emanuele Cappellano, a assuré que l’usine continuera notamment à produire des moteurs thermiques « jusqu’en 2030 et même après », en conformité avec les futures normes Euro 7.
Le dirigeant estime même que la suspension du projet de gigafactory peut contribuer à stabiliser l’activité : alors que l’usine de batteries à Termoli a été suspendue, « cela permettra la continuité opérationnelle du site, associé à des productions clés pour l’avenir de l’entreprise, enregistrant typiquement des volumes importants», a souligné Emanuele Cappellano.
Le virage technologique qui bouscule la stratégie d’ACC
Derrière les décisions industrielles, un facteur pèse lourd : l’évolution du marché des batteries. Le premier site d’ACC, à Billy-Berclau/Douvrin (Pas-de-Calais), fabrique aujourd’hui des batteries lithium-ion NMC (nickel-manganèse-cobalt). Mais cette technologie, performante, fait face à une concurrence croissante : les batteries LFP (lithium, fer, phosphate), moins coûteuses et réputées plus endurantes, se généralisent sur de nombreux modèles, y compris chez des constructeurs majeurs.
ACC doit également composer avec des difficultés opérationnelles. Confronté à des problèmes sur sa ligne de production, le fabricant s’est tourné vers un partenaire chinois expérimenté pour accélérer la montée en cadence de son site du Pas-de-Calais, selon des informations révélées en avril 2025.
ACC a toutefois refusé d’en dévoiler l’identité, tout en assurant qu’il ne s’agissait pas de CATL, lequel fournit par ailleurs Stellantis en batteries LFP.
