8.2 C
Paris
vendredi, mars 20, 2026
AccueilActualitéArcelorMittal à Dunkerque : Macron entérine le plus grand four électrique d’Europe,...

ArcelorMittal à Dunkerque : Macron entérine le plus grand four électrique d’Europe, les syndicats dénoncent une « mascarade »

Date:

  • ArcelorMittal a confirmé mardi 10 février, en présence d’Emmanuel Macron, la construction à Dunkerque de son plus gros four électrique en Europe.
  • Un investissement de 1,3 milliard d’euros, destiné à remplacer un haut-fourneau pour produire de l’acier sans charbon, mais qui ne calme pas la colère syndicale sur les retards, l’ampleur du projet… et les délocalisations envisagées vers l’Inde.

   C’est un signal industriel attendu de longue date. La direction d’ArcelorMittal a confirmé mardi 10 février la construction, sur son site de Dunkerque, de son plus gros four électrique en Europe, en présence du président Emmanuel Macron. L’équipement doit remplacer l’un des deux hauts-fourneaux du site afin de produire de l’acier sans charbon, dont la combustion est très émettrice de CO₂ et contribue au réchauffement climatique.

D’une capacité de deux millions de tonnes d’acier par an, le futur four représente un investissement de 1,3 milliard d’euros. Son démarrage est prévu courant 2029. Le financement doit s’appuyer à 50% sur le mécanisme des certificats d’économie d’énergie (CEE), dispositif encadré par l’État qui oblige les fournisseurs d’énergie à soutenir des projets réduisant la consommation énergétique.

Devant les salariés, le PDG d’ArcelorMittal Europe Reiner Blaschek a voulu afficher une ligne claire : avec « cet investissement stratégique, ArcelorMittal confirme (…) son engagement en France et en Europe », a-t-il souligné.

Décarbonation : un projet relancé après des mois d’hésitations

Cette confirmation intervient après une période d’incertitude, alors que le groupe avait annoncé en janvier 2024 un plan de décarbonation plus large à Dunkerque, incluant deux fours électriques et une unité de réduction directe du fer pour alimenter ces installations. L’ensemble était alors chiffré jusqu’à 1,8 milliard d’euros, avec près de la moitié financée par des aides publiques.

Mais sous l’effet de la concurrence accrue de l’acier chinois et des prix de l’énergie, le projet n’avait pas encore abouti, faisant monter la crainte d’un désengagement industriel en Europe. L’annonce de mardi acte une première étape majeure, sans dissiper totalement les doutes sur l’ampleur finale des investissements.

Sur le terrain social, l’annonce ne fait pas consensus. La CFDT ArcelorMittal, qui a indiqué dans un communiqué « boycotter » la venue du président, a dénoncé une « mascarade », déplorant des investissements qui « ont deux ans de retard » et seraient « largement inférieurs à ceux prévus initialement ».

La CGT, elle, exprime une défiance tout aussi forte. « Ça fait quatre ans qu’on nous promet des choses, quatre ans qu’on voit l’usine sombrer », a renchéri Gaëtan Lecocq, de la CGT, redoutant aussi que « rien ne se concrétise ». Le syndicat craint également que l’investissement annoncé soit « insuffisant » pour préserver la compétitivité d’ArcelorMittal Dunkerque et ses 3 200 salariés.

L’Élysée met en avant un « avenir à long terme » pour la sidérurgie

À l’inverse, l’Élysée défend une séquence présentée comme structurante pour la filière, estimant que ces investissements sont « le résultat des efforts de la France pour soutenir la sidérurgie française et européenne » et lui garantir un « avenir à long terme ».

ArcelorMittal souligne aussi l’importance du cadre européen. Le groupe a salué « les progrès accomplis par la Commission européenne », citant notamment les restrictions sur les importations d’acier en Europe, qu’il espère voir mises en œuvre avant le 1er juillet, ainsi que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.

Délocalisations vers l’Inde : la condition posée par la CFDT

Au-delà de l’investissement industriel, c’est un autre sujet qui crispe : les projets de délocalisation. Lundi 9 février au soir sur franceinfo, Jean-Marc Vecrin, coordinateur CFDT ArcelorMittal, a expliqué qu’il serait venu à la rencontre du président si celui-ci était venu annoncer « le nouvel investissement d’un four à Dunkerque et en même temps la fin du plan de délocalisation des fonctions support en Inde ». Mais, ajoute-t-il, « là, il y a des gens licenciés et on ne peut pas cautionner ça ».

Le syndicaliste attend enfin de la visite du chef de l’État qu’elle garantisse « un avenir pour l’acier et un avenir pour les salariés » en France.

Car ArcelorMittal envisage une nouvelle délocalisation de ses fonctions support vers l’Inde, susceptible de concerner à terme plusieurs milliers d’emplois. L’annonce a été faite fin janvier lors d’un conseil d’entreprise européen extraordinaire. En France, le groupe a déjà supprimé 608 postes en 2025, dans les fonctions support mais aussi la production.

Un tournant industriel, une bataille sociale intacte

Avec ce four électrique annoncé comme le plus grand d’Europe, ArcelorMittal remet sur la table la transformation du site de Dunkerque et sa trajectoire de décarbonation. Mais l’annonce, malgré son poids financier et politique, se heurte à une défiance syndicale alimentée par les retards, les incertitudes sur la suite du plan, et l’ombre persistante des suppressions de postes et des délocalisations.

À Dunkerque, le pari de l’acier « sans charbon » se double désormais d’un impératif : convaincre que la transition industrielle ne se fera pas au prix d’un recul social.

Les plus populaires