- Emmanuel Macron s’apprête à confier la présidence de la Cour des comptes à Amélie de Montchalin, actuelle ministre des Comptes publics.
- À 40 ans, elle deviendrait la première femme à diriger l’institution bicentenaire, chargée de contrôler la régularité des finances publiques.
- Mais cette promotion, qui doit être entérinée mercredi en Conseil des ministres, suscite déjà des accusations de « juge et partie » et ravive le procès en « République des copains ».
Selon des informations du Figaro, confirmées par des sources au sein de l’exécutif à l’AFP, Emmanuel Macron va nommer Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, où elle remplacera Pierre Moscovici, parti rejoindre en 2026 la Cour des comptes européenne. Si elle est validée mercredi en Conseil des ministres, cette décision fera d’elle, à 40 ans, la première femme Première présidente d’une institution plus que bicentenaire.
Dans l’entourage du pouvoir, la portée symbolique est assumée. « On brise un plafond de verre », estime un conseiller de l’exécutif, alors que la Cour des comptes n’a jusqu’ici jamais été dirigée par une femme.
Une “fidèle macroniste” propulsée après le bras de fer budgétaire
Élue députée en 2017, ministre de 2019 à 2022 avant sa défaite aux législatives, Amélie de Montchalin a fait son retour au gouvernement, d’abord sous François Bayrou puis sous Sébastien Lecornu, au poste stratégique des Comptes publics. Un portefeuille exposé, particulièrement ces derniers mois, au cœur des arbitrages et négociations autour du budget.
La ministre figure parmi ceux qui ont permis au budget 2026 « d’atterrir » après d’intenses discussions, notamment avec le Parti socialiste. Un épisode présenté comme déterminant dans le choix présidentiel : le chef de l’État aurait « pensé à elle dès septembre, quand Moscovici a annoncé son départ », confie un macroniste. À la tête de la Cour, elle aura notamment pour mission d’alerter les gouvernements sur le déficit.
Une réputation de “bosseuse”, saluée jusque dans l’opposition
Si le choix de l’Élysée est politique, la personnalité de la ministre est reconnue, y compris chez ses adversaires. À gauche comme au RN, certains lui prêtent des qualités de « bosseuse » et de pédagogue, et saluent sa capacité à tenir les dossiers.
Au Monde, le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Boris Vallaud, décrivait récemment une ministre « solide », tout en notant son profil très technique : « Amélie de Montchalin, elle, est apparue solide, même si elle est plus technique que politique. La patronne du budget dans l’Hémicycle, c’est elle », glissait-il.
Même son de cloche chez La France insoumise. Dans le même portrait, le député Hadrien Clouet évoquait « une des rares ministres compétentes », perdue « dans un océan de médiocrité ». Des mots qui n’empêchent pas LFI de contester fermement sa promotion.
“Juge et partie” : la contestation monte à l’Assemblée et sur les réseaux
Cette nomination, toutefois, déclenche déjà une vive polémique. Pour Hadrien Clouet, pas question d’adouber cette arrivée rue Cambon. Sur X, ce lundi 9 février, il ironise : « Quand tu as perdu 60 milliards d’euros d’argent public, mais que tu es promue », en relayant l’article du Figaro. Son collègue Thomas Portes dénonce, lui, un nouvel « épisode » de « la République des copains ».
Le président de la commission des Finances, Éric Coquerel, pointe « le danger que courrait cette institution » en nommant Amélie de Montchalin à sa tête, une institution « en laquelle les Français ont confiance ». Et de questionner sa capacité à incarner un contre-pouvoir budgétaire : « Comment la ministre actuelle pourrait aussi donner un avis crédible sur le prochain budget qu’elle a elle-même préparé ? »
« La Cour des comptes et le HCFP (Haut conseil des Finances Publiques) qu’elle présiderait automatiquement ne peuvent souffrir du soupçon légitime d’être juge et partie », a-t-il indiqué
Éric Coquerel demande au chef de l’État de revenir sur cette nomination.
Une fonction “irrévocable” et une longévité qui inquiète
L’autre angle de critique porte sur la durée potentielle du mandat. La présidence de la Cour des comptes est une fonction irrévocable, avec pour seule limite l’âge légal, fixé à 68 ans. Ce qui ouvre la possibilité d’une longévité inédite.
Le socialiste Philippe Brun, pourtant impliqué dans les négociations budgétaires avec la ministre, se dit préoccupé : « En raison de la règle d’inamovibilité, elle peut rester jusqu’à ses 68 ans à ce poste, donc pendant vingt-huit ans ! » Selon lui, «normalement, on nomme des gens de 60 ans » afin d’assurer un turnover : « Elle va être indéboulonnable », grince-t-il auprès du Parisien.
De son côté, Jérôme Guedj, adversaire de la ministre dans l’Essonne, souligne le caractère “baroque” de la situation : il rappelle «qu’elle va vite juger des comptes et évaluer des politiques publiques dont elle a été directement responsable comme ministre ».
