- Fragilisé par une forte baisse en Bourse et un virage stratégique assumé dans l’électrique, Stellantis envisage de sortir de StarPlus Energy, sa coentreprise de batteries aux États-Unis avec Samsung, selon Bloomberg.
- Le groupe confirme toutefois que « des discussions » sont en cours sur l’avenir du projet.
Le constructeur automobile Stellantis, en difficulté sur le terrain de l’électrique, envisagerait de renoncer à son projet de coentreprise avec le géant sud-coréen de la tech Samsung dans le domaine des batteries, a affirmé mardi l’agence Bloomberg.
Contacté, le groupe a adopté un ton mesuré. « Nous poursuivons des discussions de collaboration avec Samsung sur l’avenir de notre coentreprise StarPlus Energy », a indiqué l’entreprise à l’AFP mardi soir, sans confirmer une sortie actée.
Cette possible inflexion intervient dans un contexte très tendu pour Stellantis. Le groupe a annoncé vendredi passer des charges exceptionnelles de 22 milliards d’euros dans ses résultats 2025, expliquant avoir « surestimé » les ventes de voitures électriques, notamment aux États-Unis — une annonce qui a fait plonger son cours de Bourse, en recul de moitié sur un an.
Parmi ces charges, 14,7 milliards d’euros concernent notamment la révision de la ligne de produits aux États-Unis, où le marché de l’électrique stagne, freiné par une réglementation devenue moins favorable sous Donald Trump.
Kokomo (Indiana) : deux “gigafactories” annoncées pour 6,3 milliards de dollars
StarPlus Energy avait pourtant été présenté comme un pilier de l’offensive électrique du groupe en Amérique du Nord. En mai 2022, puis en octobre 2023, la coentreprise avait annoncé la construction de deux giga-usines de batteries aux États-Unis, dans la ville de Kokomo (Indiana), pour un montant global — « pour les deux usines » — de plus de 6,3 milliards de dollars (environ 5,3 milliards d’euros au cours actuel).
Le projet prévoyait la création de 2 800 nouveaux emplois au total, avec une montée en puissance destinée à sécuriser l’approvisionnement en cellules pour les futurs modèles électriques du groupe.
Objectif 2030 revu : Stellantis admet « un excès d’optimisme »
Au moment des annonces industrielles, Stellantis visait haut : 50% de voitures électriques vendues aux États-Unis d’ici 2030, avec 25 lancements de nouveaux véhicules prévus.
Mais pour expliquer le virage stratégique annoncé vendredi, le nouveau directeur général du groupe, Antonio Filosa, a reconnu « un excès d’optimisme sur le rythme d’adoption de l’électrification, surtout en Amérique du Nord, mais aussi en Europe ».
Une déclaration qui éclaire la remise à plat actuelle : le constructeur doit composer avec un marché américain moins dynamique que prévu, des incertitudes réglementaires, et une pression croissante sur ses marges.
« Rééquilibrage » vers l’hybride et le thermique aux États-Unis
Stellantis assume désormais un repositionnement technologique. « Aux États-Unis, la demande clients et l’évolution réglementaire nécessitent un rééquilibrage vers plus de technologies thermiques et hybrides », a insisté Antonio Filosa vendredi.
Dans la foulée, le dirigeant a annoncé un réexamen de la chaîne d’approvisionnement du groupe « dédiée aux véhicules électriques », un chantier qui pourrait toucher plusieurs partenariats industriels.
Autre élément de contexte : Stellantis a déjà annoncé vendredi la cession de ses 49% dans NextStar Energy, première “gigafactory” de batteries du Canada, revendus à son partenaire LG Energy Solution.
Si la situation de StarPlus Energy n’est pas officiellement tranchée, l’enchaînement des annonces dessine une même logique : ajuster les investissements batteries au rythme réel d’adoption de l’électrique, en particulier en Amérique du Nord.
À ce stade, Stellantis parle de discussions en cours avec Samsung sur « l’avenir » de StarPlus Energy. Mais plusieurs questions restent ouvertes : calendrier industriel à Kokomo, niveau d’engagement financier futur, et conséquences sur l’emploi local.
