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Affaire Epstein : le parquet de Paris ouvre deux « enquêtes cadres » et appelle les victimes françaises à témoigner

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  • La procureure de Paris, Laure Beccuau, a lancé mercredi 18 février sur franceinfo un appel aux « victimes françaises potentielles » de l’affaire Epstein.
  • Deux « enquêtes cadres » sont ouvertes : l’une sur des infractions sexuelles pouvant relever de la traite des êtres humains, l’autre sur de possibles ramifications économiques et financières, en lien avec le PNF.

   La procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a appelé, mercredi 18 février sur franceinfo, toutes les victimes françaises potentielles de l’affaire Jeffrey Epstein à se manifester. « Nous voulons être aux côtés de ces victimes. Nous recevrons l’ensemble des déclarations qu’elles souhaiteront faire », a-t-elle déclaré, annonçant l’ouverture de deux « enquêtes cadres » au sein du parquet de Paris.

Objectif affiché : recueillir des témoignages, consolider des éléments déjà disponibles et exploiter les documents publiés récemment aux États-Unis dans le dossier Epstein.

Ces deux enquêtes porteront sur deux axes séparés, a précisé Laure Beccuau. Le premier concerne des infractions « à connotation sexuelle », susceptibles d’être qualifiées de traite des êtres humains en bande organisée. Le second vise d’éventuelles ramifications « économiques et financières » en lien avec le parquet national financier (PNF).

La procureure rappelle le contexte : le 30 janvier, la justice américaine a publié des millions de documents liés au dossier Epstein, financier américain et criminel sexuel, dont les relations avec de nombreuses personnalités « les éclaboussent aujourd’hui ».

Paris, un point récurrent dans les documents américains

Dans ces documents, Paris apparaît régulièrement. Selon les emplois du temps mentionnés, Jeffrey Epstein y passait plusieurs semaines chaque année, notamment au 22 avenue Foch, à quelques centaines de mètres de l’Arc de Triomphe, dans un appartement de luxe de 800 m², luxueusement décoré pendant 20 ans.

Pour le parquet de Paris, ces éléments justifient une exploitation systématique des publications et l’ouverture d’enquêtes structurées.

Les investigations du parquet de Paris devront permettre « d’exploiter l’ensemble des éléments qui sont contenus dans ces publications », assure Laure Beccuau. Près de trois millions de documents devront être examinés, notamment avec le soutien de l’Office anti-cybercriminalité et l’usage d’outils d’intelligence artificielle.

Les enquêteurs s’appuieront également sur des sources ouvertes, comme les articles de presse, et sur d’éventuelles « plaintes d’associations de protection des mineures », explique la procureure.

Cinq magistrats référents seront chargés de superviser le travail : trois pour le volet des infractions sexuelles et deux pour les aspects économiques et financiers. « Les décisions d’audition se prendront lorsque nous aurons recueilli des indices », précise Laure Beccuau.

Des auditions possibles, des noms cités en France

Plusieurs noms sont cités en France dans les documents liés au dossier, notamment Jack Lang et le diplomate Fabrice Aidan. Laure Beccuau indique que le recruteur de mannequins Daniel Siad, évoqué comme un possible rabatteur pour Jeffrey Epstein, pourrait être entendu : « Il fait partie des personnes susceptibles d’être auditionnées », souligne-t-elle, rappelant que de tels actes pourraient relever de la « traite des êtres humains ».

Par ailleurs, une plainte visant le chef d’orchestre Frédéric Chaslin, basé dans la Meuse, a été transmise au parquet de Paris. Elle porte sur des faits présumés de harcèlement sexuel commis en 2016. Le musicien est aussi cité dans certains fichiers liés à Epstein.  « Ça fait partie des personnes que nous pourrions auditionner » également, dit la procureure.

La procureure de Paris souligne que le parquet se réserve la possibilité de détacher certaines procédures si des éléments suffisamment étayés apparaissent rapidement.

« Si nous avons des faits totalement caractérisés, rien ne nous interdira d’engager de premières poursuites », a-t-elle déclaré.

En parallèle, les deux enquêtes cadres pourraient s’inscrire dans la durée : elles sont susceptibles de s’étendre sur « plusieurs mois, voire plusieurs années ».

Un précédent en 2019, peu de retours de victimes

En 2019, le parquet de Paris avait déjà ouvert une enquête après des révélations de deux associations de protection de l’enfance. Cette procédure avait conduit à l’arrestation de Jean-Luc Brunel, agent de mannequins considéré comme un complice de Jeffrey Epstein, retrouvé pendu dans sa cellule.

À l’époque, « on fait déjà des appels à témoins mais ces appels à témoins ne nous entraînent pas beaucoup de réponses de la part de victimes », rappelle Laure Beccuau, justifiant la relance publique de ce 18 février

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