- Au lendemain d’une décision cinglante de la Cour suprême américaine, qui a jugé en grande partie illégale sa politique commerciale, Donald Trump contre-attaque.
- Le président annonce une hausse “immédiate” des droits de douane mondiaux de 10 % à 15 %, tout en promettant de nouveaux tarifs “conformes à la loi”.
- En Europe, Paris et Berlin appellent à une réponse unie.
Donald Trump a annoncé samedi une augmentation de sa taxe douanière mondiale, faisant passer le taux de 10 % à 15 % “avec effet immédiat”, au lendemain d’un revers majeur devant la Cour suprême des États-Unis. La plus haute juridiction américaine a estimé que le président avait outrepassé ses pouvoirs en invoquant une urgence économique pour justifier des droits de douane présentés comme « réciproques ».
Sur Truth Social, le chef de l’État a revendiqué une marge d’action légale pour justifier ce relèvement : « En tant que président des États-Unis d’Amérique, je vais augmenter avec effet immédiat les droits de douane mondiaux de 10 % (…) au niveau pleinement autorisé (…) de 15 % », a-t-il écrit.
« Dans les prochains mois, l’administration Trump déterminera et publiera les nouveaux droits de douane, conformes à la loi, qui s’inscriront dans la continuité de notre processus couronné de succès pour rendre sa grandeur à l’Amérique, une grandeur sans précédent », a t-il ajouté
Le président américain dit fonder sa décision sur un « examen approfondi » de l’arrêt rendu vendredi. Il a également attaqué la décision, la qualifiant de « ridicule » et « extraordinairement anti-américaine ».
La Maison Blanche a précisé que le dispositif n’était pas uniforme. « Il comportait des exemptions sectorielles notamment pour l’industrie pharmaceutique ainsi que pour les biens entrant aux États-Unis dans le cadre de l’accord Etats-Unis-Mexique-Canada », a indiqué l’exécutif américain dans un communiqué.
Ces exemptions visent à limiter l’impact sur des secteurs jugés stratégiques, ainsi que sur les flux commerciaux nord-américains couverts par l’accord trilatéral.
Une stratégie centrale… mais des projections budgétaires inquiétantes
Donald Trump a largement construit son discours économique sur l’efficacité supposée des droits de douane. Il promettait qu’ils favoriseraient la création d’emplois industriels et contribueraient à faire baisser les prix de certains produits. La programmation budgétaire américaine comptait aussi sur ces recettes pour financer des baisses d’impôts, notamment au bénéfice des entreprises et des ménages les plus aisés. Les droits de douane devaient, selon cette logique, contribuer à réduire le déficit budgétaire de 3 000 milliards de dollars sur dix ans.
Mais les projections racontent une autre histoire. Dans la pratique, les dernières projections de l’agence budgétaire du Congrès estiment que la politique de Donald Trump va accroître le déficit public de 1 400 milliards de dollars sur 10 ans. La révision à la baisse des recettes douanières pourrait accentuer la tendance, dépasser 6 % du PIB et envoyer un mauvais signal susceptible de tirer les taux d’intérêt vers le haut.
À cela s’ajoute l’éventualité de remboursements liés à l’invalidation de certaines mesures : Une somme qui pourrait dépasser 170 milliards de dollars. Au final, souligne l’agence budgétaire du Congrès, « la politique douanière est supportée à 95 % par les consommateurs et les entreprises américaines. »
Quels pays sont visés par le taux de 15 % ?
Le nouveau taux de 15 % s’applique aux pays ou blocs ayant conclu des accords commerciaux avec Washington, dont l’Union européenne (UE), le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan, qui avaient notamment accepté un plafond de surtaxe de 15 %. Une mesure qui, de facto, remet la pression sur les partenaires commerciaux des États-Unis tout en s’inscrivant dans un bras de fer juridique interne.
Macron salue les “contre-pouvoirs”, Paris veut une réponse unie
En France, Emmanuel Macron a réagi en saluant la décision de la Cour suprême, jugeant « bien » qu’il existe « des pouvoirs et des contrepouvoirs dans les démocraties ». Le président français a aussi plaidé pour une désescalade : « Nous voulons continuer à exporter (…) et le faire avec les règles les plus loyales qui soient (…) et ne pas subir des décision unilatérales », a-t-il déclaré samedi, estimant qu’il faut « être dans une logique d’apaisement ».
Le ministre délégué au Commerce extérieur Nicolas Forissier a, lui, appelé à l’unité européenne. Face aux nouveaux droits de douane, la France souhaite « une approche unie de l’Union européenne », a-t-il indiqué. Dans le Financial Times, Nicolas Forissier s’est dit favorable à des mesures de rétorsion. Les autorités françaises assurent suivre le dossier de près : « Nous sommes en contact étroit avec la Commission européenne et les États membres pour procéder à son analyse et évaluer ses conséquences », a expliqué le ministère.
Berlin appelle à une ligne commune avant la visite de Merz à Washington
En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a affirmé vouloir coordonner la réponse avec les alliés européens avant de rencontrer Donald Trump à Washington, une visite prévue dans un peu plus d’une semaine. « Nous aurons une position européenne très claire à ce sujet, car la politique douanière relève de l’Union européenne, et non des États membres de façon individuelle », a-t-il déclaré à la chaîne ARD.
Une escalade sous contrainte judiciaire
Avec cette hausse à 15 %, Donald Trump cherche à reprendre l’initiative tout en contournant, au moins en apparence, l’obstacle juridique dressé par la Cour suprême. Reste à savoir si l’administration parviendra à sécuriser de nouveaux dispositifs “conformes à la loi” et, surtout, si la question explosive des remboursements déclenchera une bataille judiciaire à hauts risques — aux États-Unis comme chez leurs partenaires commerciaux.
