- À quelques jours de la clôture des négociations annuelles entre grande distribution et industriels de l’alimentaire, le climat se durcit.
- Le président de l’Ania, Jean-François Loiseau, alerte sur une « tension très forte » et réclame des contrôles sur l’application des lois Egalim.
- En toile de fond : l’arbitrage explosif entre pouvoir d’achat, coûts de production et rémunération des agriculteurs.
« C’est beaucoup plus tendu que d’habitude », regrette mercredi 25 février sur France Inter Jean-François Loiseau, président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) et président de la coopérative céréalière Axéréa. En cause : la dernière ligne droite des négociations commerciales entre la grande distribution et l’industrie agroalimentaire, qui doivent s’achever le 1er mars.
Selon lui, près de 75% des accords seraient déjà conclus. Mais les discussions restantes cristallisent les tensions, dans un rapport de force que l’Ania juge déséquilibré.
Le président de l’Ania dénonce une « pression infernale » et décrit une « tension très forte entre quelques très gros acheteurs de la grande distribution » et les 500 000 agriculteurs. Le ton est grave : « À la fin, il y a des morts sur le plan professionnel. » L’Ania dit redouter des conséquences directes sur la solidité financière des entreprises, les emplois et, plus largement, sur la capacité de la filière à investir.
Des hausses de 2% à 2,5% demandées par l’industrie
Sur le fond, l’Ania réclame des hausses de prix de 2% à 2,5%, au regard de l’augmentation des matières premières agricoles, des salaires et de l’énergie. La grande distribution, elle, cherche à obtenir des baisses, mettant en avant un consommateur encore sous contrainte budgétaire, même si l’inflation est désormais contenue.
Jean-François Loiseau conteste l’idée que l’alimentaire doive absorber l’essentiel de la pression sur les prix. « Depuis 15 ans en France, le sujet du pouvoir d’achat s’est fait sur l’autel de l’alimentaire », fustige-t-il, au nom des 23 000 entreprises qu’il représente. Et d’ajouter : « On ne peut pas demander à l’alimentaire de régler le problème du pouvoir d’achat et de l’inflation.»
Lois Egalim : appel à des contrôles et mise en cause du respect des règles
L’Ania dénonce une volonté persistante de tirer les revenus agricoles vers le bas, malgré l’encadrement prévu par les lois Egalim. Jean-François Loiseau demande au ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, Serge Papin, « de déclencher des contrôles, de demander à la DGCCRF de pratiquer des contrôles et nous verrons bien si ce sont les industriels ou la distribution qui ne respectent pas les lois Egalim ».
Le président de l’Ania insiste sur la nature, selon lui, raisonnable des demandes portées par l’industrie : « On ne demande pas de hausses de prix abusives ; ce que nous voulons, c’est pouvoir payer correctement les salariés, décarboner, innover », avance-t-il. Et il juge que l’argument du « problème du pouvoir d’achat des consommateurs » ne suffit pas à justifier les baisses exigées par certaines enseignes.
« 12% du panier moyen » : l’alimentaire, variable d’ajustement ?
Jean-François Loiseau met en avant le poids relatif des dépenses alimentaires dans le budget des ménages :
« L’alimentaire, c’est à peu près 12% du panier moyen. On va sacrifier l’agroalimentaire pour quelques petits centimes qui peuvent sauver des entreprises et de l’emploi », regrette-t-il.
Pour l’Ania, la négociation ne se limite donc pas à une bataille de pourcentages : elle pose la question de la capacité du secteur à maintenir l’emploi, rémunérer les producteurs et financer la transition (décarbonation, innovation, modernisation).
Des négociations décisives pour les prix en rayon
Démarrées le 1er décembre et prévues jusqu’au 1er mars, ces négociations annuelles déterminent in fine les prix en rayon, hors marques propres des distributeurs. Un rendez-vous majeur pour toute la chaîne alimentaire, tant il conditionne les marges, la compétitivité et les investissements de l’année.
Côté distribution, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, interrogé à la mi-février, a estimé que la hausse des prix des aliments devrait être d’environ 1%. Une projection qui, si elle se confirme, pourrait accentuer le décalage entre les attentes des industriels et les objectifs affichés par les enseignes.
Alors que la date butoir se rapproche, l’Ania veut déplacer le débat au-delà du seul affichage en rayon : coût réel de production, application des lois Egalim, équilibre entre pouvoir d’achat et pérennité des filières. Et prévient que l’issue des dernières négociations pourrait peser lourd sur l’emploi et la survie de certaines entreprises.
