- Passage vital du commerce énergétique, le détroit d’Ormuz est revendiqué « sous contrôle total » par les Gardiens de la Révolution.
- Trafic maritime quasi interrompu, attaques GPS et explosion des assurances : les marchés du pétrole et du gaz réagissent déjà.
Le bras de fer s’intensifie dans l’un des passages maritimes les plus stratégiques du monde. Les Gardiens de la Révolution ont affirmé mercredi disposer du « contrôle total » du détroit d’Ormuz, à l’entrée du golfe Persique, par lequel transitent 20% du pétrole et du GNL mondiaux.
« Actuellement, le détroit d’Ormuz est sous le contrôle total de la marine de la République islamique », a déclaré Mohammad Akbarzadeh, haut responsable des forces navales des Gardiens, cité par l’agence Fars.
Cette déclaration intervient dans un climat de tension croissante, alors que la sécurité de la navigation commerciale est directement menacée.
À Washington, la perspective d’une réponse américaine se précise. Le président Donald Trump a déclaré mardi que la marine américaine pourrait escorter des pétroliers « si nécessaire » à travers ce corridor énergétique crucial.
Une option qui traduit la gravité de la situation : toute perturbation à Ormuz se répercute presque immédiatement sur l’approvisionnement mondial et sur les prix.
GPS, missiles, drones : plus de 1.100 navires touchés depuis le début de la guerre
Les incidents se multiplient en mer, et l’inquiétude gagne les armateurs. Selon les informations disponibles, Plus de 1.100 navires touchés depuis le début de la guerre : après les drones et les missiles, les attaques contre les systèmes GPS explosent dans le détroit d’Ormuz.
Conséquence directe : la circulation maritime est désormais quasiment interrompue dans la zone. En cause notamment, la flambée des primes d’assurance, devenue dissuasive pour une grande partie des compagnies.
La hausse brutale du coût de couverture des navires a provoqué un effet domino. Les principales compagnies ont annoncé suspendre leurs traversées, entraînant de facto un arrêt quasi-total du trafic. En attendant une éventuelle détente, les bateaux patientent le long de la côte.
Cette paralysie, dans un passage où transite une part majeure des hydrocarbures mondiaux, alimente la nervosité des marchés.
La réaction des cours ne s’est pas fait attendre. Les prix du gaz et du pétrole ont bondi, d’autant que Téhéran cible des installations pétrolières, notamment en Arabie saoudite et au Qatar. Ce lundi 2 mars, le cours de l’or noir a frôlé la barre des 80 dollars le baril, soit une augmentation d’environ 10% depuis vendredi, tout en restant à ce stade à un niveau relativement soutenable.
Peut-on contourner Ormuz ? Des oléoducs existent, mais la capacité reste limitée
Sur le papier, des infrastructures terrestres permettent d’éviter le détroit. Dans les faits, elles ne suffisent pas à absorber les volumes habituellement transportés par voie maritime.
Pour autant, « la majeure partie des volumes transitant par le détroit d’Ormuz ne dispose d’aucun autre moyen de quitter la région », précise l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) dans une note publiée en juin dernier.
« Nous estimons qu’une capacité d’environ 2,6 millions de barils de pétrole par jour pourrait être mobilisée pour contourner le détroit d’Ormuz en cas de rupture d’approvisionnement », poursuit l’EIA.
Un chiffre qui ne représente que 13% des 20 millions de barils habituellement transportés quotidiennement.
Arabie saoudite : un pipeline vers Yanbu, déjà partiellement utilisé
Le principal exportateur de la région, l’Arabie saoudite, peut dérouter une partie de son pétrole via un oléoduc long de 1.200 kilomètres, qui traverse le pays d’est en ouest jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Cet oléoduc peut transporter près de cinq millions de barils par jour, mais il est déjà partiellement utilisé.
Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) estime ainsi que ce pipeline ne pourrait réacheminer que la moitié des exportations saoudiennes passant habituellement par le détroit d’Ormuz.
Émirats arabes unis : une alternative par le golfe d’Oman
Les Émirats arabes unis disposent eux aussi d’un oléoduc qui contourne Ormuz et débouche dans le golfe d’Oman. D’une capacité de deux millions de barils par jour, il est déjà utilisé mais pourrait acheminer la moitié du pétrole émirati qui transite habituellement par Ormuz, selon le CSIS.
Iran et autres exportateurs : peu, voire pas de solution de repli
De son côté, l’Iran dispose également d’un petit oléoduc, mais d’une capacité limitée, autour de 300.000 barils par jour. La majeure partie de ses exportations, essentiellement destinées à la Chine, sont chargées sur des bateaux au niveau de l’île de Kharg avant de passer par Ormuz.
Pour les autres producteurs du Golfe, la marge de manœuvre est encore plus faible. « Les autres pays exportateurs de pétrole du Golfe — l’Irak, le Koweït, Bahreïn, le Qatar (volume total de 5,7 millions de barils par jour) — ne disposent d’aucune capacité de contournement du détroit d’Ormuz. Il n’existe aucun autre débouché pour les 10 milliards de pieds cubes par jour d’exportations de gaz naturel liquéfié du Qatar », note le CSIS.
Opep+ augmente ses quotas : « un signal, pas une solution »
Pour tenter de tempérer les craintes sur les approvisionnements, l’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l’alliance Opep+ ont augmenté dimanche leurs quotas de production de 206.000 barils par jour pour le mois d’avril.
Mais cet ajustement pourrait rester symbolique si la route maritime ne rouvre pas. « C’est un signal, pas une solution. Si le pétrole ne peut pas transiter par Ormuz, 206.000 barils supplémentaires par jour font très peu pour détendre le marché », estime Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, interrogé par l’AFP.
Les experts misent sur un choc bref, mais le risque reste élevé
Malgré la tension, plusieurs économistes jugent qu’un blocage durable serait difficile à maintenir. Les experts d’Oxford Economics temporisent : « il est peu probable qu’une perturbation grave et durable se produise » si le conflit ne s’installe pas. Un scénario de crise prolongée obligerait l’Iran à « maintenir un blocus naval sans précédent et à se défendre contre la riposte militaire » sur la durée, ce qui plaide, selon eux, pour un « impact de courte durée » sur les marchés.
Reste que, tant que le trafic demeure quasi à l’arrêt et que les attaques se multiplient, le détroit d’Ormuz continue de faire trembler l’économie mondiale — et de rappeler qu’en matière d’énergie, quelques kilomètres de mer peuvent peser des milliards.
