- Objectif de croissance revu à la baisse, inflation surveillée, relance de la consommation promise : la Chine affiche une ligne plus prudente pour 2026, première année du nouveau plan quinquennal.
- Dans le même temps, Pékin confirme sa montée en puissance stratégique avec une hausse de 7% de ses dépenses militaires, sur fond de tensions géopolitiques et de pressions commerciales américaines.
Chine s’est fixé un objectif de croissance compris entre 4,5% et 5% en 2026, le plus faible annoncé depuis plus de trente ans, selon un rapport gouvernemental publié ce jeudi 5 mars. Cette cible, qui sert de baromètre aux ambitions économiques du pays, est la plus basse depuis 1991.
L’annonce intervient lors des “Deux Sessions”, grand rendez-vous politique annuel à Pékin. En présentant le rapport, le Premier ministre Li Qiang a décrit une période de turbulences rarement égalée.
« Rarement, depuis de nombreuses années, avions-nous été confrontés à une conjoncture aussi grave et complexe, où les chocs et défis extérieurs se sont conjugués et superposés aux dilemmes internes et à des choix politiques cornéliens », a-t-il déclaré.
Officiellement, la Chine a enregistré 5% de croissance en 2025. Mais le pays peine encore à renouer avec le dynamisme d’avant la pandémie de Covid-19, qui a lourdement frappé l’économie entre 2020 et 2022.
Exportations solides, fragilités internes persistantes
Deuxième économie mondiale — et moteur central de l’expansion planétaire, la Chine représentant à elle seule environ un tiers de la croissance mondiale — le pays avance pourtant sur une ligne de crête. Malgré la vitalité des exportations, Pékin fait face à des déséquilibres profonds : crise prolongée de l’immobilier, endettement des gouvernements locaux, consommation domestique atone, surcapacités de production, pressions déflationnistes et fort chômage des jeunes.
Dans ce contexte, le commerce extérieur continue d’afficher des performances spectaculaires, malgré la confrontation avec Washington. La Chine a ainsi enregistré en 2025 un excédent commercial record proche de 1 200 milliards de dollars, un niveau qui nourrit les critiques de certains partenaires, pressant Pékin de réduire sa dépendance aux exportations.
Le rapport gouvernemental ne masque pas non plus les incertitudes internationales : « Les risques géopolitiques vont croissant, le vrai démarrage des nouveaux moteurs de développement de l’économie mondiale se fait attendre, les acquis du multilatéralisme et du libre-échange sont sérieusement remis en cause, les problèmes d’hier s’ajoutent aux difficultés du moment dans le développement et la reconversion de notre économie », précise le texte, consulté par l’AFP.
Consommation et innovation : les piliers du nouveau plan quinquennal
Pour soutenir l’activité, le gouvernement promet des mesures visant à stimuler la consommation, notamment via un plan d’augmentation des revenus. Renforcer la demande intérieure devient, avec l’innovation, un axe prioritaire du nouveau plan quinquennal, dont 2026 marquera la première année et qui doit être approuvé lors des “Deux Sessions”.
Pour Zhiwei Zhang, président et économiste en chef de Pinpoint Asset Management, les nouveaux objectifs signalent un changement de priorité : « un tournant majeur qui marque (le) changement de priorités », écrit-il dans une note. Il insiste : « Les décideurs politiques ont répété à maintes reprises que la qualité de la croissance importe davantage que son rythme ».
Tout en relevant que le déficit budgétaire reste fixé à 4% cette année, l’économiste estime que Pékin pourrait muscler son soutien en cas de choc : « Même si le déficit budgétaire reste fixé à 4% cette année, je pense qu’il existe une marge de manœuvre pour un soutien économique plus marqué si les tensions au Moyen-Orient venaient à freiner l’activité économique en Chine. Mais la priorité absolue reste de favoriser le progrès technologique et l’innovation », ajoute-t-il.
Autre indicateur suivi de près : les prix. Le gouvernement fixe un objectif d’inflation de 2% en 2026. Dans ce cadre, Yue Su souligne l’importance de contrer les tendances déflationnistes, dans une économie où la demande demeure fragile et où certaines industries font face à des excès de capacités.
Défense : +7% en 2026, 1 909,6 milliards de yuans annoncés
En parallèle de ce cadrage économique plus prudent, Pékin confirme sa trajectoire stratégique : le budget de la Défense augmentera de 7% en 2026, un rythme légèrement inférieur à celui de l’an dernier (7,2%) mais dans la continuité des années précédentes. Il s’agit du deuxième budget de défense mondial, loin derrière les États-Unis. La Chine prévoit de dépenser 1 909,6 milliards de yuans (environ 276,8 milliards de dollars) pour sa défense.
Avec une cible de croissance ramenée à 4,5–5%, Pékin affiche une prudence inhabituelle, assumant une conjoncture “grave et complexe” et des fragilités internes qui tardent à se résorber. Mais la hausse continue du budget militaire souligne, elle, une volonté inchangée : consolider les capacités stratégiques du pays dans un environnement international de plus en plus tendu.
