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Industrie : la Commission européenne veut porter l’industrie à 20 % du PIB d’ici 2035

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  • Bruxelles veut changer de cap. La Commission européenne a présenté un plan ambitieux pour renforcer la production industrielle sur le continent et protéger les secteurs stratégiques face à la concurrence internationale.
  • Au cœur de la stratégie : une « préférence européenne » pour les investissements publics et un objectif clair de réindustrialisation à l’horizon 2035.

   Après plusieurs mois de discussions tendues entre les 27 États membres, la Commission européenne a dévoilé, mercredi 4 mars, un ensemble de propositions visant à renforcer le « Made in Europe ». Portée par le vice-président de la Commission chargé de la Prospérité et de la stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, la nouvelle loi d’« accélération industrielle » entend répondre à un double défi : préserver les filières stratégiques européennes et accélérer leur décarbonation.

L’objectif est également de protéger l’industrie européenne face à la concurrence internationale, notamment chinoise, alors que plusieurs secteurs — comme l’automobile — doivent simultanément gérer la transition écologique et la hausse des coûts énergétiques.

Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, Stéphane Séjourné a assumé l’ampleur du virage économique proposé.« C’est plus qu’un simple changement de mode opératoire, c’est un changement de doctrine encore impensable il y a seulement quelques mois », a-t-il déclaré.

Le responsable européen a également fixé une ambition claire pour l’économie du continent : « Notre objectif est clair : ramener l’industrie à 20% du PIB européen d’ici 2035, contre 14% aujourd’hui. »

Une « préférence européenne » pour les financements publics

La mesure la plus marquante du plan est l’introduction d’une « préférence européenne », une notion longtemps restée taboue dans l’Union européenne en raison de son caractère potentiellement protectionniste.

Dans les faits, les entreprises de secteurs stratégiques pourraient être contraintes d’intégrer une part minimale de composants produits en Europe lorsqu’elles bénéficient de financements publics. « Un nombre ou un pourcentage de composants critiques originaires d’Europe » pourrait ainsi être exigé, a expliqué Stéphane Séjourné.

 « L’argent du contribuable doit d’abord bénéficier à la production européenne et aux emplois en Europe, et nous assumons une préférence européenne lorsque l’argent public est en jeu », a indiqué Le vice-président de la Commission

Des négociations difficiles entre les États membres

L’adoption de cette nouvelle approche industrielle n’a pas été immédiate. Les discussions entre les États membres ont été particulièrement âpres, notamment sur l’utilité et l’ampleur de la préférence européenne.

L’Allemagne et plusieurs pays nordiques se sont montrés prudents face à ce qui pouvait apparaître comme un virage protectionniste. Ces réticences ont entraîné plusieurs reports du texte ces derniers mois.

Mais la pression économique et industrielle, combinée aux inquiétudes sur la compétitivité européenne, a finalement conduit ces États à accepter le principe de la réforme, à condition qu’elle reste strictement ciblée sur certains secteurs stratégiques.

Parmi les domaines concernés figurent notamment l’automobile et les industries lourdes, particulièrement exposées aux transformations industrielles et à la concurrence internationale.

Une ouverture possible à certains partenaires étrangers

 Le dispositif « Made in Europe » ne sera toutefois pas totalement fermé aux partenaires internationaux. Selon la Commission, il pourrait s’étendre à des contenus industriels fabriqués hors de l’Union européenne.

Environ quarante pays pourraient bénéficier de ce traitement, parmi lesquels des partenaires commerciaux majeurs comme le Royaume-Uni, le Canada ou le Japon. Cette ouverture resterait néanmoins strictement encadrée, afin de préserver les chaînes d’approvisionnement européennes tout en maintenant des coopérations industrielles stratégiques.

Un virage stratégique pour l’économie européenne

Avec cette loi d’« accélération industrielle », la Commission européenne cherche à inscrire durablement la réindustrialisation au cœur de la stratégie économique de l’Union.

Face aux défis climatiques, énergétiques et géopolitiques, Bruxelles veut renforcer la souveraineté industrielle du continent et éviter que certaines filières clés ne soient fragilisées par la concurrence mondiale.

Reste désormais à transformer cette ambition politique en résultats concrets pour les entreprises européennes et les emplois industriels.

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