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Prix des carburants : Bercy dément un « État grand gagnant » et annonce des contrôles sur les tarifs à la pompe

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  • Après des déclarations affirmant que l’État serait le « grand gagnant » de la hausse des prix du carburant, le ministère de l’Économie a vivement réagi ce jeudi 5 mars.
  • Bercy conteste cette analyse, rappelant qu’« un choc pétrolier n’a jamais été une bonne nouvelle pour les finances publiques », et annonce un renforcement de la surveillance des prix pratiqués par les distributeurs pour éviter d’éventuelles hausses abusives à la pompe.

   Invité sur Franceinfo ce jeudi 5 mars, le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, a jeté un pavé dans la mare en affirmant que l’État serait le « grand gagnant » de la hausse des prix du carburant liée à la guerre au Moyen-Orient. En cause, la structure fiscale du prix à la pompe : « plus de 51% du prix que vous payez à la pompe part directement dans (ses) poches » via les taxes, a-t-il avancé.

Ces propos interviennent alors que de nombreux automobilistes commencent à s’inquiéter d’une nouvelle poussée des tarifs, dans un contexte où le carburant pèse directement sur le budget des ménages et sur l’activité de nombreux professionnels dépendants de la voiture.

Sur le terrain politique, la cheffe des députés Rassemblement national Marine Le Pen a proposé mercredi, sur RTL, une baisse des taxes sur les carburants afin de compenser les hausses en station-service.

La proposition s’inscrit dans une stratégie d’attaque sur le pouvoir d’achat, mais elle alimente aussi la controverse sur le rôle de l’État dans l’évolution des prix. Le sujet, hautement inflammable depuis les crises passées, redevient un marqueur de tension entre gouvernement, opposition et acteurs économiques.

Bercy  : « un choc pétrolier n’a jamais été une bonne nouvelle pour les finances publiques »

Le ministère de l’Économie a vivement réagi ce jeudi après-midi lors d’un point presse téléphonique. Dans l’entourage de Bercy, on accuse certains responsables politiques de tirer profit de la situation : « Le RN qui fait souvent son beurre sur les sujets énergétiques et ceux qui disent que l’État est le grand gagnant de la situation vont vite en besogne et se servent de la situation pour tenter de tirer leur épingle du jeu », a déclaré le ministère.

Sur le fond, Bercy conteste l’idée d’une manne automatique pour les finances publiques : « Un choc pétrolier n’a jamais été une bonne nouvelle pour les finances publiques », a insisté le ministère.

Pour étayer sa réponse, Bercy détaille la composition des recettes publiques. Le ministère rappelle d’abord que « concernant la fiscalité énergétique, la plus grande part des recettes liées au carburant », l’accise sur les produits pétroliers (ex-TICPE), « ne dépend pas du prix du carburant ». Autrement dit, il s’agit d’une taxe forfaitaire au montant fixe, qui n’augmente pas mécaniquement lorsque les prix s’envolent.

La TVA, elle, évolue bien avec le prix affiché en station. Mais les recettes supplémentaires, lorsque les tarifs montent, peuvent être limitées : Bercy souligne que ces rendements sont souvent « contrecarrés » par des changements de comportements. Face à l’inflation, des ménages réduisent leur consommation, ce qui atténue l’effet attendu sur les rentrées fiscales.

Prix à la pompe : contrôles quotidiens et mise en garde contre les abus

Dans ce contexte, le ministère de l’Économie a réuni ce jeudi les distributeurs de carburant pour « s’assurer » qu’ils ne pratiqueront pas de hausses exagérées, au-delà de l’évolution des cours du pétrole.

Des contrôles doivent être menés quotidiennement, avec un objectif affiché : repérer rapidement les stations qui s’écartent trop de la tendance. « On aura très facilement la possibilité de voir ceux qui s’alignent sur les prix du pétrole et ceux qui abusent », prévient-on dans l’entourage du ministre des PME et du Commerce Serge Papin.

À ce stade toutefois, Bercy temporise : « il n’y a pas de généralisation de comportements abusifs (…), ce n’est pas du tout le cas », assure le ministère.

Au-delà des prix, la question des stocks demeure sensible. Bercy assure qu’il n’y a « aucun problème d’approvisionnement à court terme, ni de gaz ni d’essence » et souligne que la France est « très peu dépendante » du Moyen-Orient, d’où elle importerait environ 10% de son pétrole brut, 32% de ses gazoles et 1% de son essence.

Le ministère indique également qu’à ce jour, « 97% des stations-service sont sans rupture de stocks », une situation jugée « normale » à l’échelle nationale.

Maud Brégeon reconnaît des hausses plus fortes dans certaines stations

Invitée de TF1 ce jeudi 5 mars, la ministre déléguée chargée de l’Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, a admis que certains points de vente avaient davantage augmenté leurs tarifs que la moyenne : « Dans certaines stations-service, les prix ont augmenté de façon supérieure à ce qu’on constate sur la moyenne nationale », a-t-elle déclaré.

La ministre avait réuni le matin même les fournisseurs à Bercy, aux côtés du ministre de l’Économie Roland Lescure, afin de faire « toute la transparence » sur l’évolution des prix. Pour l’exécutif, l’enjeu est social autant qu’économique : « On sait que pour beaucoup de Français, c’est absolument essentiel. Ça touche leur outil de travail, leur capacité de déplacement, et leur pouvoir d’achat. On est donc extrêmement attentifs à leurs inquiétudes », a assuré Maud Brégeon.

Dans la foulée, l’entourage de Roland Lescure a repris une ligne offensive face aux critiques : « à la fois le RN, qui fait toujours son beurre sur les sujets énergétiques, et certains qui ont pris la parole ce matin pour dire que l’État était quand même le grand gagnant de la situation, vont vite en besogne » ou « en tout cas se servent de la situation pour tirer leur épingle du jeu».

À l’issue de la réunion avec le gouvernement, l’Ufip (Union française des industries pétrolières) se veut rassurante sur la continuité de service : « Ce qui ressort de cette réunion, c’est qu’on est tous mobilisés : il n’y a pas de rupture, de crainte à avoir sur l’approvisionnement », a déclaré l’Ufip, tout en reconnaissant qu’« il peut y avoir des ruptures dans quelques stations ». Au niveau national, l’organisation rappelle néanmoins « un taux de fonctionnement de nos stations-service de 97% ».

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