- En quelques jours, le conflit au Moyen-Orient a fait bondir les cours du gaz en Europe, avec un indice de référence en hausse de plus de 65% en début de semaine.
- Industriels énergivores et petites entreprises alertent déjà sur les dégâts, tandis que Bruxelles se veut rassurante sur l’approvisionnement.
- À Paris, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, appelle au calme : « La stabilité financière, elle n’est pas en risque ».
La tension géopolitique au Moyen-Orient se traduit immédiatement sur les marchés de l’énergie — et ses effets se font déjà sentir dans l’économie réelle en Europe. Dans la chimie, l’agroalimentaire ou encore la production de verre, la hausse des prix du gaz a « d’ores et déjà un impact », a alerté mercredi l’Uniden, organisation qui représente les industriels français fortement consommateurs d’énergie.
« En moyenne ces industries sont exposées pour le tiers de leur consommation à cette hausse brutale », souligne l’Uniden dans un communiqué. Conséquence directe : « Certaines productions sont donc arrêtées ou ralenties, à défaut d’équilibre économique ».
La crainte gagne aussi les petites structures. Le Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI) redoute une dégradation rapide de la trésorerie. Son secrétaire général, Marc Sanchez, avertit qu’un « choc de trésorerie » menace les entreprises les plus vulnérables si les factures s’envolent.
L’indice du gaz européen s’envole : l’électricité suit
Sur les marchés, l’alerte est claire. « L’indice de référence du gaz européen a bondi de plus de 65% » depuis le début de semaine, avant de se stabiliser mercredi, après la guerre déclenchée samedi par les États-Unis et Israël contre l’Iran, un conflit qui paralyse le stratégique détroit d’Ormuz.
Mardi, l’indice néerlandais du gaz européen s’est brièvement affiché à plus de 65 euros le mégawattheure, un niveau qui n’avait plus été observé depuis janvier 2023. Et pour l’industrie, l’enjeu dépasse largement le seul prix du gaz : « Dans le cadre du modèle de marché européen actuel, cette volatilité se répercute immédiatement sur les prix de l’électricité, déjà exorbitants, pour l’industrie », déplore Eurofer, l’organisation européenne de l’acier.
La flambée inquiète particulièrement en Allemagne, où une partie des entreprises reste très exposée aux variations quotidiennes. Outre-Rhin, les sociétés qui n’ont pas signé de contrats d’énergie de long terme sont « directement touchées par les fluctuations des prix », a détaillé Wolfgang Niedermark, de la BDI, principale fédération industrielle allemande.
« La question clé, c’est la durée du blocus » : le GNL mondial sous pression
Au cœur des scénarios, un facteur domine : le temps. « La question clé, c’est la durée du blocus » du détroit d’Ormuz, explique Laurent David, délégué général du GIIGNL, l’association internationale des importateurs de GNL, qui couvre 95% du marché d’importations de ce gaz.
Les enjeux sont massifs à l’échelle mondiale : les exportations de GNL du Qatar et des Émirats arabes unis — qui transitent presque toutes par Ormuz — représentent 20% du commerce mondial. Même si 90% de ces volumes sont dirigés vers l’Asie, un blocus prolongé renforcerait la compétition internationale pour les cargaisons disponibles.
Avant l’arrivée de nouvelles usines de liquéfaction attendues seulement à partir de 2027, « il n’y a pas d’alternative à court terme » pour remplacer le gaz passant par Ormuz, avertit Laurent David. Et la Norvège, premier producteur de gaz en Europe (hors Russie), exclut toute hausse de sa production, limitant encore les options de court terme.
Ces tensions interviennent à un moment délicat pour l’Union européenne, qui prépare l’arrêt total des importations d’hydrocarbures russes à l’automne 2027, afin de priver la Russie de ressources finançant sa guerre en Ukraine.
La Commission européenne affirme poursuivre sa stratégie de diversification : après une visite en Algérie le mois dernier, le commissaire à l’énergie Dan Jorgensen s’est rendu en Azerbaïdjan mardi.
Banque de France : « pas de raison de s’affoler »… pour l’instant
En France, le ton est à la prudence. Invité de France Inter ce jeudi 5 mars, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a relativisé la hausse des prix du gaz et du pétrole enregistrée depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
« La stabilité financière, elle n’est pas en risque, je peux le dire très clairement, ça fait partie des choses qu’on sait », a-t-il assuré, tout en confirmant une surveillance étroite des cours de l’énergie.
« Ce matin, la hausse des prix du pétrole est d’environ 15%, il y a une augmentation très forte des prix du gaz, un peu plus de 50% mais on partait d’un niveau très bas », a-t-il détaillé. Et de nuancer l’impact immédiat du gaz avec l’arrivée du printemps : « le prix du pétrole est nettement plus important pour l’économie française que le prix du gaz, surtout en cette période, puisque le gaz, on en a besoin surtout pour le chauffage l’hiver ».
Pour le gouverneur, l’issue dépendra d’abord de la durée du conflit : « Tout va dépendre de la durée du conflit », a-t-il insisté. « Est-ce qu’on a un phénomène temporaire, durable d’appréciation des prix ? Là, la réponse, on ne la connaît pas ».
Taxes, subventions : Villeroy de Galhau juge « prématuré » d’agir
Dans le débat politique, certains réclament déjà des mesures immédiates. Alors que le Rassemblement national appelle à baisser les taxes sur l’énergie, François Villeroy de Galhau estime qu’il est « tout à fait prématuré d’envisager des choses de ce type », jugeant que la situation économique doit encore être clarifiée.
Le gouverneur écarte également l’idée de subventions sur le carburant, au nom des finances publiques et du signal-prix : « Nous n’avons par l’argent pour cela. (…) Si vous subventionnez, vous encouragez la consommation d’essence, vous tirez plutôt vers le haut les prix de l’énergie », a-t-il argumenté, tout en mettant en garde contre les comparaisons trop rapides avec la crise d’il y a quatre ans.
