- À l’ouverture du deuxième sommet international consacré au nucléaire civil, mardi 10 mars à Paris, Emmanuel Macron a plaidé pour un retour en force de l’atome dans les stratégies énergétiques mondiales.
- Face aux tensions géopolitiques et à la flambée des prix des hydrocarbures, le président français a présenté le nucléaire comme un levier clé de souveraineté énergétique, de décarbonation et de compétitivité économique.
Réunis à Paris à l’initiative de la France, une quarantaine de représentants d’États et d’organisations internationales participent au deuxième sommet international consacré à la relance du nucléaire civil. Cette rencontre intervient dans un contexte énergétique tendu, marqué par la guerre au Moyen-Orient et les conséquences durables du conflit en Ukraine.
Ces crises ont ravivé les inquiétudes liées à la sécurité des approvisionnements et provoqué une forte volatilité des marchés énergétiques. La flambée des prix du pétrole et du gaz, qui pèse notamment sur les prix des carburants, reste au cœur des préoccupations internationales.
En parallèle, les ministres de l’Énergie du G7 doivent également se réunir au siège de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour discuter de ces enjeux.
Emmanuel Macron défend le nucléaire comme pilier de souveraineté
En ouverture du sommet, Emmanuel Macron a défendu le rôle stratégique du nucléaire civil dans le mix énergétique mondial, notamment face aux risques liés à la dépendance aux hydrocarbures. Selon le chef de l’État, la dépendance aux énergies fossiles peut« devenir un instrument de pression, voire de déstabilisation » dans un contexte géopolitique instable.
Le président français a également insisté sur les multiples avantages de l’énergie nucléaire pour les économies modernes.
« Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies », a-t-il déclaré.
Pour Emmanuel Macron, le développement de cette filière constitue ainsi un élément central des stratégies énergétiques visant à réduire les émissions de carbone tout en garantissant la sécurité énergétique.
Un appel aux investisseurs et aux acteurs financiers
Le président de la République a également lancé un appel aux acteurs publics et privés afin d’accélérer la relance du nucléaire civil, une filière qui nécessite des investissements considérables.
« Chaque acteur public et privé doit prendre sa part pour continuer de mobiliser les investissements » en faveur du nucléaire civil, a-t-il déclaré, qualifiant ce secteur de « véritable secteur d’avenir pour nos énergies, nos sociétés, nos pays ».
Emmanuel Macron a notamment exhorté les banques et les fonds d’investissement à soutenir davantage les projets nucléaires, y compris les plus risqués.
« J’appelle aussi les banques et les fonds d’investissement qui doivent faire un effort », notamment en matière de « capital-risque pour les projets les plus risqués », a-t-il affirmé, prenant le Royaume-Uni comme exemple et estimant que les Européens devraient « aller encore un cran plus loin ».
Les tensions géopolitiques relancent le débat énergétique
Les conflits récents ont mis en lumière la vulnérabilité des pays dépendants des importations d’énergies fossiles. Entre risques d’approvisionnement et fluctuations des marchés, ces crises ont renforcé l’intérêt pour les énergies décarbonées produites localement, qu’il s’agisse du nucléaire ou des renouvelables. Pour de nombreux responsables politiques et experts, cette situation constitue un tournant dans les politiques énergétiques mondiales.

L’Union européenne revoit sa position sur le nucléaire
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a elle aussi souligné l’importance du nucléaire dans la transition énergétique européenne.
Elle a estimé que la réduction de la part du nucléaire dans certains pays européens avait été une « erreur stratégique ». Selon elle, « ce choix » a contribué à « détourner » l’Europe d’« une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions ».
Même constat du côté de l’Agence internationale de l’énergie. Son directeur exécutif, Fatih Birol, avait récemment déclaré qu’« il est dans l’intérêt des pays européens, pour leur sécurité énergétique et pour leur souveraineté, de développer davantage leurs énergies renouvelables — solaire, éolienne et autres — et d’opérer un retour en force de l’énergie nucléaire ».
Un regain d’intérêt mondial pour l’énergie nucléaire
Organisé en partenariat avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ce sommet intervient dans une année symbolique : 2026 marque le 15e anniversaire de l’accident nucléaire de Fukushima au Japon et le 40e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine.
Malgré ces événements qui ont longtemps freiné le développement de la filière, l’énergie nucléaire connaît aujourd’hui un regain d’intérêt à l’échelle mondiale.
La lutte contre le changement climatique, la recherche de souveraineté énergétique et l’explosion de la demande d’électricité liée notamment à l’intelligence artificielle contribuent à ce retour en force.
Lors de la COP28 organisée à Dubaï, plusieurs États se sont engagés à tripler les capacités nucléaires installées d’ici 2050, une initiative soutenue par une trentaine de pays.
Une énergie qui fournit déjà 10 % de l’électricité mondiale
Aujourd’hui, environ 450 réacteurs nucléaires sont en activité dans une trentaine de pays, représentant près de 10 % de la production mondiale d’électricité.
Et l’intérêt pour l’atome continue de croître. « Une quarantaine d'(autres) pays ont manifesté un intérêt ferme » pour développer ou relancer leur industrie nucléaire, a indiqué Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA.
Le sommet de Paris vise désormais à « identifier les mesures pratiques nécessaires » pour concrétiser la relance d’une énergie nucléaire « sûre et accessible à tous ».
