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Crise au détroit d’Ormuz : CMA CGM réorganise sa flotte face aux tensions au Moyen-Orient

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  • La guerre au Moyen-Orient bouleverse une nouvelle fois les grandes routes du commerce maritime mondial.
  • Confronté au blocage du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les flux énergétiques et logistiques, CMA CGM a dû adapter en urgence l’organisation de sa flotte.
  • Son PDG, Rodolphe Saadé, décrit une situation révélatrice d’un secteur désormais soumis à des chocs géopolitiques permanents.

   Le transport maritime mondial fait face à une nouvelle zone de turbulences. Avec le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, les grands armateurs se retrouvent contraints de revoir en urgence leurs opérations dans une région qui concentre une part décisive des échanges internationaux.

Pour CMA CGM, l’impact est déjà tangible. « 5 % du commerce mondial y transitent. Cela monte même à 20 % pour les porte-conteneurs et les pétroliers. Aujourd’hui, nous avons une quinzaine de nos bateaux bloqués dans ce détroit », explique Rodolphe Saadé au Figaro.

 Le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux points de passage du commerce maritime mondial. Toute entrave à la circulation dans cette zone se répercute immédiatement sur les chaînes d’approvisionnement, les délais de livraison et, à terme, sur les coûts du transport.

 Dans ce contexte, les armateurs n’ont d’autre choix que de redéployer leurs navires, de sécuriser leurs équipages et de mettre en place des solutions alternatives pour maintenir, autant que possible, la fluidité des échanges. Pour le groupe français, très exposé dans la région, l’enjeu est d’autant plus sensible qu’il y dispose d’une implantation humaine et opérationnelle majeure. Rodolphe Saadé rappelle ainsi que CMA CGM emploie 8 500 personnes dans la région, dont 2 500 à Beyrouth.

Une flotte repositionnée dans l’urgence

Face à l’escalade militaire, le groupe a pris des mesures immédiates pour protéger ses navires opérant dans le Golfe. Certains bâtiments évoluant à proximité de Dubaï ont notamment été éloignés des côtes après les frappes récentes dans la zone. « À certains de nos bateaux proches de Dubaï, nous avons demandé de s’éloigner de la côte », indique le dirigeant.

Au-delà des navires déjà immobilisés dans le détroit, CMA CGM doit aussi gérer l’encombrement qui se forme de part et d’autre du passage. À l’entrée du détroit, en mer d’Arabie, de nombreux bâtiments restent dans l’attente d’une reprise du trafic. « Ils attendent de l’autre côté », observe Rodolphe Saadé, décrivant une file d’attente maritime susceptible d’alimenter de nouvelles tensions logistiques dans les prochaines semaines.

Des alternatives logistiques pour maintenir les flux

Pour éviter une paralysie complète, le groupe a commencé à réorganiser une partie de ses opérations en s’appuyant sur des points de déchargement situés en amont du détroit. Certaines marchandises en provenance d’Asie sont ainsi débarquées au port de Khor Fakkan, à Sharjah, avant d’être acheminées par voie terrestre vers les pays de la région.

 « Certaines marchandises venues d’Asie sont directement déchargées au port de Khor Fakkan à Sharjah, un des sept Émirats arabes unis, qui est juste avant le détroit d’Ormuz », précise le PDG.

Pour Rodolphe Saadé, cette nouvelle crise ne constitue plus une exception, mais s’inscrit dans une transformation plus profonde du métier d’armateur. « Les crises géopolitiques sont devenues le quotidien de notre métier », résume-t-il.

Depuis 2023, le secteur doit déjà composer avec les attaques menées par les rebelles houthistes contre les navires transitant par Bab el-Mandeb, point d’accès au canal de Suez. Une situation qui a contraint nombre d’opérateurs à contourner la zone en rallongeant leurs trajets, avec à la clé une hausse des coûts, des délais et des risques opérationnels. La crise d’Ormuz ne fait qu’ajouter un nouveau foyer de désorganisation à un système logistique mondial déjà fragilisé.

Une reprise sous tension, malgré un possible effet de rattrapage

 Même en cas d’accalmie rapide au Moyen-Orient, le retour à la normale ne sera pas immédiat. Le dirigeant de CMA CGM prévient qu’il faudra du temps pour résorber les déséquilibres créés par le blocage.

« Il y aura de la congestion, notamment dans les ports où les bateaux actuellement bloqués dans le détroit risquent d’arriver en même temps », anticipe-t-il.

Cette perspective fait redouter un afflux simultané de navires dans certaines infrastructures portuaires, avec des effets en cascade sur les calendriers de livraison et les capacités de manutention. Autrement dit, la fin de la crise ne signifiera pas mécaniquement la fin des perturbations.

Pour autant, Rodolphe Saadé estime que la reprise pourrait s’accompagner d’un fort rebond de l’activité. « Quand tout va se remettre en ordre de marche, on va se retrouver dans une situation où les clients vont commander massivement parce qu’il faut remplir les stocks », juge-t-il. Le patron de CMA CGM table ainsi sur un « effet de rattrapage très fort », susceptible de soutenir à nouveau les échanges mondiaux une fois les routes maritimes rétablies.

Un secteur en première ligne

Cette nouvelle séquence confirme, en creux, le rôle central du transport maritime dans l’équilibre économique mondial. Quand une artère comme le détroit d’Ormuz se grippe, c’est l’ensemble de la chaîne logistique qui vacille, des ports aux distributeurs, en passant par les industriels.

En exposant la réalité opérationnelle de CMA CGM, Rodolphe Saadé met surtout en lumière une évolution durable : pour les armateurs, la gestion des flux mondiaux ne relève plus seulement d’une logique industrielle et commerciale, mais d’une navigation permanente entre risques géopolitiques, impératifs de sécurité et nécessité de continuité économique.

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