- Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril après la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, route maritime par laquelle transite près d’un cinquième du pétrole mondial.
- Malgré la mobilisation exceptionnelle de réserves stratégiques par l’Agence internationale de l’énergie et plusieurs grandes puissances, les marchés restent sous tension face aux risques de perturbations durables de l’approvisionnement.
Les prix du pétrole ont franchi jeudi la barre symbolique des 100 dollars le baril, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient. Le Brent a progressé de 9,4 % pour atteindre 100,58 dollars, porté par les perturbations du transport maritime et les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial en hydrocarbures.
Cette hausse brutale a rapidement secoué les marchés financiers. Les contrats à terme sur le S&P 500 ont reculé de 1 %, tandis que ceux du Stoxx Europe 600 ont perdu 0,7 %. En Asie, l’indice Topix japonais a également reculé de 1,6 %. Dans le même temps, les rendements des obligations du Trésor américain à dix ans ont progressé de 0,03 point de pourcentage pour atteindre 4,24 %, reflet des tensions sur les marchés.
La hausse des prix du pétrole intervient dans un contexte d’escalade militaire au Moyen-Orient. La guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines contre l’Iran a provoqué une dégradation rapide de la situation sécuritaire dans la région.
Depuis, Téhéran mène des représailles contre plusieurs cibles dans les pays voisins, visant notamment des infrastructures pétrolières du Golfe. Cette montée des tensions a provoqué la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, un point névralgique du commerce énergétique mondial.
La perturbation de cette route maritime essentielle alimente les craintes d’une réduction significative des flux de pétrole et de gaz naturel liquéfié vers les marchés internationaux.
Les grandes puissances mobilisent leurs réserves stratégiques
Face à la flambée des cours et au risque de pénurie, les grandes économies ont décidé d’agir rapidement. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé la mise sur le marché de 400 millions de barils de pétrole issus des réserves stratégiques de ses pays membres.
« Les pays de l’AIE vont mettre 400 millions de barils de pétrole (…) à la disposition du marché pour compenser la perte d’approvisionnement due à la fermeture effective du détroit », a déclaré le directeur exécutif de l’agence, Fatih Birol.
La décision a été prise à l’unanimité par les 32 pays membres de l’AIE, parmi lesquels figurent les pays du G7 — États-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon et Canada — ainsi que l’Australie ou le Mexique.
Lors d’une visioconférence avec les dirigeants du G7, le président français Emmanuel Macron a souligné l’importance de cette initiative.
« L’engagement pris par l’AIE représente environ 20 jours des volumes exportés via le détroit d’Ormuz », a-t-il déclaré, saluant « un signal clair pour faire baisser les prix mondiaux ».
Le chef de l’État a également annoncé des discussions avec plusieurs pays afin d’éviter de nouvelles restrictions commerciales. « Dans le même temps, nous allons engager avec plusieurs pays pour éviter toutes les mesures de restriction à l’export », a-t-il ajouté, regrettant des « mesures qui ont un peu gêné le commerce mondial » ou « envoyé de mauvais signaux ».
Les États-Unis libèrent 172 millions de barils de pétrole
Dans le cadre de cette initiative coordonnée, les États-Unis ont annoncé la libération de 172 millions de barils de pétrole issus de leur réserve stratégique. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a indiqué que cette mise sur le marché s’effectuerait sur environ 120 jours, compte tenu des capacités de libération prévues.
« Le président Donald Trump a promis de protéger la sécurité énergétique des États-Unis en gérant de manière responsable la réserve stratégique de pétrole, et cette décision démontre son engagement à tenir cette promesse », a-t-il déclaré.
Donald Trump a également affirmé mercredi, lors d’un déplacement dans l’Ohio, qu’il puiserait dans ces réserves afin de faire baisser les prix de l’essence, ajoutant « et que je la remplirai à nouveau ensuite ».
La Strategic Petroleum Reserve contient actuellement 415 millions de barils, soit environ 58 % de sa capacité totale.
Le détroit d’Ormuz, passage clé du commerce énergétique mondial
Situé entre l’Iran et Oman, le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde pour le transport d’hydrocarbures. Ce couloir étroit relie le golfe Persique aux marchés internationaux et permet l’exportation du pétrole produit par plusieurs grands pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït et les Émirats arabes unis.
Selon les estimations, près d’un cinquième du pétrole consommé dans le monde transite par ce détroit. Toute perturbation dans cette zone peut donc provoquer immédiatement des tensions sur l’approvisionnement mondial et une hausse des prix du pétrole.
Une flambée des prix qui inquiète l’économie mondiale
Le franchissement du seuil des 100 dollars le baril ravive les inquiétudes sur l’économie mondiale. Une hausse durable du prix du pétrole pourrait alimenter l’inflation, augmenter les coûts de transport et de production et peser sur la croissance dans de nombreuses économies.
Malgré l’intervention massive des réserves stratégiques par l’AIE et les grandes puissances, l’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz et au Moyen-Orient reste déterminante pour l’équilibre du marché énergétique mondial.
