- Face à la flambée des prix du carburant provoquée par les tensions au Moyen-Orient, le gouvernement français multiplie les mesures pour limiter l’impact à la pompe.
- Contrôles massifs dans les stations-service, libération de stocks stratégiques et pression sur les distributeurs : plusieurs enseignes ont déjà annoncé des baisses pouvant atteindre 30 centimes par litre.
Le gouvernement tente de contenir la hausse des prix de l’essence et du diesel. Jeudi 12 mars, les distributeurs de carburants ont été réunis au ministère de l’Économie autour des ministres Roland Lescure, Serge Papin et Maud Bregeon. Il s’agissait de la deuxième rencontre organisée depuis le début des frappes israélo-américaines en Iran, qui ont fortement perturbé les marchés pétroliers.
À l’issue de cette réunion, l’exécutif a annoncé des engagements concrets de la part des distributeurs. Selon un communiqué du gouvernement, ces derniers ont annoncé « des plafonnements de prix pour certains et des baisses significatives allant de 10 à 30 centimes par litre pour les autres ».
Première mesure : renforcer la surveillance des prix dans les stations-service. L’État a lancé une vaste opération de contrôle dans toute la France afin de prévenir toute spéculation dans un contexte de crise énergétique.
« Nous serons attentifs à ce que les hausses observées soient les hausses visibles sur le marché », a déclaré la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, jeudi matin à l’issue d’une réunion avec les distributeurs et les représentants du monde agricole.
Au total, 513 stations-service ont été contrôlées. Selon le ministre du Commerce, Serge Papin, environ 5 % d’entre elles seront sanctionnées en raison d’« anomalies » constatées dans l’affichage des prix.
La libération de 400 millions de barils de pétrole
En parallèle, la France mise sur un levier international : la mobilisation des stocks stratégiques de pétrole. Ces réserves obligatoires, détenues par les États membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), peuvent être utilisées en cas de crise pour limiter les hausses de prix.
Jeudi, les pays de l’AIE ont décidé de libérer 400 millions de barils de pétrole, soit l’équivalent d’environ 20 jours d’exportations transitant habituellement par le détroit d’Ormuz, a précisé Emmanuel Macron mercredi.
La France contribuera à hauteur de 14,5 millions de barils.
« Ça doit permettre de tirer les prix à la baisse pour les Français, a estimé Maud Bregeon jeudi, mais aussi pour les agriculteurs car il y a des réserves de gazole dans ces stocks. »
Agriculteurs, pêcheurs et transporteurs ont en effet alerté ces derniers jours sur les difficultés économiques liées à la hausse du prix des carburants, dont leurs activités dépendent fortement.
Malgré ces annonces, les marchés restent extrêmement volatils. De nouveaux bombardements sur des infrastructures stratégiques ont ravivé les tensions, faisant repasser le baril de Brent au-dessus des 100 dollars jeudi.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production pétrolière des pays du Golfe aurait chuté d’au moins dix millions de barils par jour. L’organisation estime que « la guerre au Moyen-Orient provoque la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en pétrole jamais enregistrée.
À Bercy, on nuance toutefois l’impact immédiat des mesures prises. « Nous ne savons pas à quel niveau le cours aurait pu être aujourd’hui sans cette décision », souligne le ministère de l’Économie.
D’autres mesures à l’étude, mais sous contrainte budgétaire
Si la crise devait s’installer dans la durée, l’exécutif pourrait activer d’autres leviers pour protéger les consommateurs. Mais la marge de manœuvre reste limitée par les finances publiques. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, l’a rappelé clairement : « Je voudrais vraiment insister, nous avons un devoir impérieux de maîtrise des comptes publics. »
Dans ce contexte, le gouvernement a rejeté les propositions du Rassemblement national et de La France insoumise visant à réduire la TVA sur l’essence à 5,5 % ou à instaurer un blocage des prix.
L’exécutif étudie néanmoins d’autres pistes, notamment un plafonnement des marges des distributeurs. Mais aucune décision n’a encore été prise. « Aucune décision ferme n’a été prise à ce stade, tempère Bercy. On regarde en fonction évolution des comportements ce qui pourrait être fait. Pour l’instant, on reste dans esprit de coopération et de responsabilité. On ne sait pas si on court un 100 mètres ou un marathon, donc il faut garder des options possibles. »
Les distributeurs sous pression pour baisser les prix
Dans l’immédiat, le gouvernement compte surtout sur l’engagement volontaire des distributeurs pour faire baisser les prix. Il encourage les enseignes à organiser des opérations « à prix coûtant », des campagnes de plafonnement et à répercuter rapidement toute baisse des cours du pétrole.
« Ils savent qu’ils ont tout intérêt à œuvrer pour diminuer volontairement les prix plutôt que de subir un plafonnement des marges », souligne Bercy.
Certaines entreprises ont déjà pris des initiatives. TotalEnergies a ainsi annoncé le maintien du plafonnement du prix de l’essence à 1,99 euro le litre dans ses stations-service jusqu’à la fin mars. Le diesel, lui, reste plafonné à 2,09 euros le litre.
De son côté, Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, avait annoncé mercredi « à peu près 30 centimes de baisse par litre » de carburant d’ici vendredi.
