15.3 C
Paris
jeudi, mars 19, 2026
AccueilActualitéÀ la tête de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin défend...

À la tête de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin défend l’indépendance de l’institution

Date:

  • Lors de son audience solennelle d’installation, la nouvelle première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, a affirmé que sa priorité serait de défendre l’indépendance de l’institution.
  • Devant Emmanuel Macron et plusieurs membres du gouvernement, l’ancienne ministre a également insisté sur l’urgence de restaurer l’équilibre des comptes publics, tout en répondant en filigrane aux critiques suscitées par sa nomination.

   C’est un discours fondateur pour son mandat. Vendredi, à l’occasion de son audience solennelle d’installation à la tête de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin a prononcé sa première allocution officielle en tant que première présidente de l’institution.

Face au président de la République Emmanuel Macron et à plusieurs ministres, l’ancienne ministre de l’Action et des Comptes publics a immédiatement fixé le cap de sa mission. « La première priorité, c’est de protéger l’indépendance de la Cour pour renforcer notre démocratie », a-t-elle déclaré.

Dans un contexte international marqué, selon elle, par une fragilisation des institutions démocratiques, la nouvelle présidente a souligné la nécessité de défendre les juridictions financières contre toute remise en cause.

 « Protéger nos institutions dans un contexte de remise en cause du modèle démocratique dans le monde y compris en Europe », a-t-elle insisté. Elle a également dénoncé la multiplication des critiques visant l’autorité judiciaire : « Invariablement se propagent des attaques intolérables contre les juges et leurs décisions« .

Le déficit public, un enjeu de souveraineté

Au-delà de l’indépendance institutionnelle, Amélie de Montchalin a consacré une large part de son discours à la situation des finances publiques françaises. Pour la nouvelle première présidente, la maîtrise du déficit constitue une condition essentielle de la souveraineté nationale.

« La condition essentielle de la souveraineté d’un pays est financière et celle-ci est menacée par notre trop grand déficit », a-t-elle affirmé.

 Selon elle, le redressement des comptes publics est indispensable pour permettre à l’État de répondre aux défis stratégiques des années à venir. « Sans compte en ordre, aucune souveraineté n’est possible, sans marge de manœuvre financière, nous ne pourrons pas assurer notre défense, financer les investissements indispensables aux transitions écologiques et numériques, soutenir nos entreprises, ou préparer l’avenir de notre jeunesse en proie aux doutes », a-t-elle poursuivi.

Elle a toutefois tenu à préciser la position de la Cour des comptes sur cette question : « La réduction de déficit n’est pas un dogme de la Cour, c’est un choix de justice envers les générations futures », a-t-elle martelé.

Exemplarité et déontologie au cœur de son mandat

La nouvelle présidente de la Cour des comptes a également insisté sur l’exigence d’intégrité qui doit guider les magistrats financiers.« Protéger l’indépendance des juridictions financières signifie d’abord renforcer encore leur exemplarité », a-t-elle expliqué.

Selon elle, la confiance dans l’institution repose sur l’éthique et la transparence de ses membres : « La probité et l’exemplarité de ses membres sont la clé de voûte de la confiance, à commencer par la Première présidente ».

Revêtue de la robe d’hermine après avoir prêté serment, Amélie de Montchalin a détaillé les premières mesures prises pour garantir cette exigence de déontologie. « Dès mon entrée en fonctions, comme le prévoit le code des juridictions financières, j’ai remis ma déclaration d’intérêts au collège de déontologie, que je veux remercier pour ses observations », a-t-elle indiqué.

Elle a précisé que « les modalités concrètes de mise en œuvre de ses recommandations », décidées de manière collégiale, « s’imposeraient » à elle.

Une nomination qui avait suscité la controverse

La prise de fonction d’Amélie de Montchalin intervient après plusieurs semaines de débat politique. Sa nomination en février avait en effet suscité des critiques au sein de l’opposition.

Certains responsables politiques avaient pointé un possible conflit d’intérêts, estimant que l’ancienne ministre pourrait être amenée à se prononcer sur le déficit public ou les choix budgétaires d’un gouvernement dont elle a fait partie.

Pour apaiser la polémique, elle avait annoncé qu’elle s’abstiendrait de participer aux débats concernant les finances publiques pour l’année 2025.

D’autres critiques avaient également porté sur son âge. À 40 ans, elle prend la tête d’une institution dont le mandat est irrévocable, avec pour seule limite une borne d’âge fixée à 68 ans. Vendredi, elle a d’ailleurs déclaré avec humour qu’elle « partirai[t] bien un jour ».

Une première femme à la tête de l’institution

Au cours de son discours, Amélie de Montchalin a également mis en avant la dimension historique de sa nomination. Elle est la première femme à diriger la Cour des comptes depuis la création de l’institution.

La nouvelle présidente a rendu hommage à celles qui ont progressivement ouvert la voie aux femmes au sein des juridictions financières. Elle a évoqué notamment la première dactylographe entrée à la Cour en 1915, la première directrice de la bibliothèque, les premières femmes magistrates et les premières présidentes de chambre nommées en 2006.

« En tant que première présidente, je me réjouis que la Cour soit désormais paritaire dans ses présidences », a-t-elle déclaré.

Elle a conclu en saluant « toutes les femmes des juridictions financières ici ou ailleurs », affirmant vouloir se montrer digne « de la détermination et de l’excellence de toutes ces premières, qui ont permis non pas seulement de féminiser notre juridiction mais aussi de la rendre plus crédible dans le débat public ».

Les plus populaires