- Plusieurs pays européens, dont la France et l’Italie, auraient engagé des discussions avec l’Iran pour obtenir la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial de l’énergie.
- Selon le Financial Times, ces négociations interviennent alors que Téhéran maintient la fermeture de ce corridor par lequel transite près de 20 % du pétrole et du GNL mondiaux, provoquant une forte tension sur les marchés pétroliers.
La France pourrait jouer un rôle central dans les efforts diplomatiques visant à rétablir la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Selon une information du Financial Times, Paris aurait entamé des pourparlers avec Téhéran afin de trouver un accord permettant de rouvrir de manière sécurisée ce passage stratégique, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) échangés dans le monde.
D’autres pays européens, notamment l’Italie, participeraient également aux discussions. Toutefois, certains États membres de l’Union européenne se montreraient plus réticents à l’idée de négocier directement avec l’Iran sur ce dossier sensible, rapporte le quotidien britannique.
Interrogé par le Financial Times, l’Élysée n’a pas commenté directement ces discussions, renvoyant vers une publication d’Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux après un échange avec le président iranien Massoud Pezechkian.
« L’Iran doit également garantir la liberté de navigation en mettant fin à la fermeture de fait du détroit d’Ormuz », a notamment écrit le chef de l’État.
Vers une mission européenne de sécurisation maritime
Face aux tensions persistantes dans la région, Emmanuel Macron a également évoqué la possibilité d’une mission internationale visant à sécuriser le passage maritime.
Le président français a plaidé lundi pour la mise en place d’une mission « purement défensive » destinée à « rouvrir » le détroit d’Ormuz et à escorter les navires commerciaux. Une initiative qui ne pourrait toutefois être envisagée qu’« après la sortie de la phase la plus chaude du conflit ».
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a indiqué que « des pays européens et de la région » se disent déjà « intéressés » par une telle mission de sécurisation. De son côté, le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a confirmé au Corriere della Sera que les États membres travaillent à une position commune.
Les pays européens cherchent « d’obtenir une position commune de l’Europe en insistant sur deux points essentiels. Le premier est de demander, comme l’ont fait l’Inde et la Chine, officiellement l’autorisation de faire transiter par le détroit d’Ormuz les navires des pays non en guerre », a-t-il déclaré.
L’Iran appelle à maintenir la fermeture du détroit
Malgré ces efforts diplomatiques, l’issue des discussions reste incertaine. Deux sources proches du dossier citées par le Financial Times estiment qu’aucune garantie n’existe quant à la volonté de Téhéran de négocier sur ce point.
Jeudi, le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a appelé à maintenir fermé le détroit d’Ormuz. Téhéran utiliserait ce passage stratégique comme levier géopolitique pour faire grimper les prix du pétrole et du gaz et exercer une pression politique sur Donald Trump.
Rappelons que la fermeture du détroit d’Ormuz provoque déjà de fortes secousses sur les marchés énergétiques. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il s’agit de « la plus importante perturbation de l’offre de toute l’histoire du marché pétrolier».
Jeudi, les prix du brut ont fortement progressé : le baril de Brent a bondi de 9,22 % à 100,46 dollars, un niveau plus vu en clôture depuis août 2022. Quant au West Texas Intermediate (WTI), le baril a grimpé de 9,72 % à 95,73 dollars, un sommet en clôture depuis plus de trois ans.
Face à la pression sur les approvisionnements, les pays membres de l’AIE ont annoncé le déblocage progressif de 400 millions de barils de réserves stratégiques afin de tenter de stabiliser les marchés. Une mesure jugée nécessaire mais probablement insuffisante pour enrayer durablement la hausse des prix tant que la situation dans le détroit d’Ormuz restera incertaine.
