- La justice a tranché : le groupe Cafom reprend les marques et les stocks de Brandt pour 18,6 millions d’euros.
- Une décision qui enterre définitivement les projets de relance industrielle portés par les élus locaux et laisse les anciens salariés face à l’incertitude.
Le feuilleton de la reprise de Brandt touche à sa fin. Ce vendredi, la justice a retenu l’offre du groupe Cafom pour reprendre les marques et les stocks de l’ancien fleuron français de l’électroménager, liquidé en décembre dernier.
La proposition du distributeur d’équipement de maison, présent notamment dans les outre-mer, s’élève à 18,6 millions d’euros. Elle portait essentiellement sur les actifs commerciaux du groupe : les marques Brandt, De Dietrich, Sauter et Vedette, les brevets ainsi que les stocks et pièces détachées.
Au total, 36 offres avaient été déposées pour acquérir les marques, les usines ou d’autres actifs du groupe centenaire. Mais la plupart visaient surtout les dizaines de milliers de produits en stock et les pièces détachées.
Parmi les candidats intéressés figuraient notamment Fnac-Darty ou encore Noz, séduits par la valeur commerciale des stocks et des marques.
Les espoirs d’une relance industrielle s’évanouissent
Pour plusieurs élus locaux, cette décision marque la fin d’un espoir : celui de relancer la production en France. Les usines situées près d’Orléans et de Vendôme (Loir-et-Cher) auraient pu être remises en activité dans le cadre d’un projet alternatif.
La région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole, associées à l’entreprise néo-calédonienne Gladius, avaient présenté une offre visant à préserver ces “marques mythiques” tout en maintenant une activité industrielle sur le territoire.
Le projet prévoyait notamment une reprise rapide du service après-vente et la relance du principal site industriel situé près d’Orléans, spécialisé dans la fabrication de fours et de plaques de cuisson, où travaillaient environ 350 salariés.
Mais cette proposition n’a pas été retenue par la justice.
Le président de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau, a vivement réagi à cette décision auprès de l’AFP : « En écartant la seule reprise porteuse d’un avenir industriel, c’est la disparition de Brandt qui est actée, tout comme la fin du made in France ».
Dans un communiqué commun, la région et Orléans Métropole ont également dénoncé les conséquences économiques et sociales de cette décision : « Cette décision a des conséquences très lourdes au plan économique et social, et fait reculer le combat pour la réindustrialisation ».
Les deux collectivités ont ajouté ne pas pouvoir se « résoudre à cette disparition de notre patrimoine industriel ».
Une logique de liquidation plutôt que de redressement
La justice n’a pas non plus retenu l’offre portée par Stéphan Français via Metavisio-Thomson Computing, qui proposait de combiner l’activité historique de Brandt sur son site d’Orléans avec une production de produits électroniques.
Selon une source proche du dossier citée par l’AFP, la logique financière a largement pesé dans la décision : « Le but pour les liquidateurs, c’est de combler les créances. On n’est plus du tout dans la logique du redressement judiciaire, comme en décembre, avec l’objectif de sauver Brandt ».
Les salariés contraints de tourner la page
Pour les anciens salariés du groupe, cette décision met définitivement fin à l’espoir d’un retour dans leurs usines. Avant la liquidation, Brandt employait environ 700 personnes. Déjà frappés par la fermeture de leur entreprise en décembre, beaucoup s’organisent désormais pour retrouver un emploi. Mercredi, plus de 300 ex-salariés ont participé à un job-dating organisé à Orléans, destiné à les accompagner dans leur recherche d’activité.
Cafom veut faire vivre les marques
Du côté du repreneur, l’objectif est désormais de relancer la valeur commerciale des marques historiques. Le président-fondateur du groupe Cafom, Hervé Giaoui, se veut optimiste quant à leur avenir. Interrogé par ICI Orléans, il a assuré : « Une marque ne meurt jamais ».
Il reconnaît toutefois que l’absence de reprise du personnel est difficile à accepter : « c’est dur » pour les salariés, tout en estimant que son groupe était celui qui « assurait le plus de pérennité à la reprise » des actifs.
Une “catastrophe sociale et industrielle”
La décision suscite également de fortes réactions dans le monde syndical. Sur le réseau X, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a dénoncé les conséquences de la liquidation : « La liquidation de Brandt est une catastrophe sociale et industrielle ».
Avec cette reprise, les marques Brandt, De Dietrich, Sauter et Vedette continueront d’exister, mais sans leur outil industriel historique en France. Pour de nombreux élus et salariés, cette issue symbolise une réalité plus large : la difficulté de préserver l’industrie française face aux logiques économiques et financières.
Si les marques survivront, l’espoir d’une relance industrielle dans les anciennes usines de Brandt semble désormais définitivement refermé.
