- Avec une participation de 56 %, en recul par rapport à 2014 mais supérieure à celle de 2020, le premier tour des élections municipales de ce dimanche 15 mars redistribue les cartes dans plusieurs grandes villes.
- À Paris, Marseille, Lyon ou Lille, les rapports de force restent très ouverts avant le second tour.
- La France insoumise et le Rassemblement national revendiquent une dynamique, tandis que le Parti socialiste, Renaissance et Les Républicains tentent d’imposer leurs lignes rouges en vue du scrutin décisif du 22 mars.
Près de 48,7 millions de Français étaient appelés aux urnes dimanche 15 mars pour le premier tour des élections municipales. Le taux de participation s’est établi à 56 %, un niveau en nette baisse par rapport au premier tour de 2014 (63,55 %), mais supérieur à celui observé en 2020 (44,66 %), marqué par l’épidémie de coronavirus.
Au-delà de cette mobilisation contrastée, ce premier tour dessine une carte politique morcelée. La France insoumise et le Rassemblement national se félicitent de leurs avancées locales, pendant que Renaissance et le Parti socialiste excluent toute alliance avec ce qu’ils qualifient d’extrêmes. Dans plusieurs métropoles, le suspense reste entier.
À Lyon, un duel très serré entre Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas
À Lyon, l’un des principaux enseignements de la soirée est la résistance du maire écologiste sortant Grégory Doucet face à Jean-Michel Aulas, donné favori par plusieurs sondages. L’ancien patron de l’Olympique lyonnais a reconnu sa frustration, se disant « déçu » d’être au coude-à-coude avec son adversaire, tout en promettant de « faire en sorte de gagner » le « match retour ».
En face, Grégory Doucet a salué la « dynamique » de sa liste et assuré qu’« on ne l’arrêtera[it] pas », affichant sa confiance à l’approche du second tour. Lyon s’impose ainsi comme l’un des symboles de cette élection, entre ancrage écologiste et poussée d’une droite rassemblée.
À Paris, Emmanuel Grégoire en tête, une quadrangulaire se profile
Dans la capitale, le socialiste Emmanuel Grégoire, soutenu par l’ensemble de la gauche à l’exception de La France insoumise, arrive en tête avec 37,9 % des suffrages, selon une estimation Ipsos-BVA-Cesi École d’ingénieurs.
Il devance Rachida Dati, candidate soutenue par Les Républicains et le MoDem, créditée de 25,5 %. Derrière, la candidate insoumise Sophia Chikirou, troisième avec 12 %, met la pression sur le camp socialiste. Elle affirme « attendre (l’)appel » d’Emmanuel Grégoire pour « faire un front antifasciste » au second tour, sous la forme d’une fusion. À défaut, elle menace de maintenir les listes LFI dans la capitale.
Le candidat soutenu par Horizons et Renaissance, Pierre-Yves Bournazel, recueille pour sa part 11,7 % des voix. Cette configuration laisse entrevoir une quadrangulaire particulièrement incertaine au second tour.
Marseille, Lille : des équilibres fragiles et des seconds tours très ouverts
À Marseille, le maire sortant Benoît Payan (PS) devance d’une très courte tête le candidat du RN Franck Allisio. Les deux hommes obtiennent respectivement 35,6 % et 35,1 % des suffrages, selon l’estimation Ipsos-BVA. Derrière eux, Sébastien Delogu, candidat de La France insoumise, crédité de 12,4 %, appelle à « la constitution d’un front antifasciste pour empêcher le Rassemblement national de conquérir Marseille », écrit-il dans un communiqué publié sur son compte X. Estimée à 12,8 %, la candidate divers droite Martine Vassal n’a pas pris la parole dimanche soir.
À Lille, la situation est tout aussi indécise. Le maire socialiste sortant Arnaud Deslandes arrive légèrement en tête avec 26,4 % des suffrages, devant la candidate LFI Lahouaria Addouche, à 24,1 %. L’écologiste Stéphane Baly suit avec 16,5 %. Violette Spillebout (Renaissance) et Mathieu Valet (RN) peuvent également se maintenir avec 11,7 % et 11,3 %, ce qui laisse présager un second tour éclaté.
La France insoumise revendique une « progression remarquable »
La soirée a également été marquée par la satisfaction affichée du côté de La France insoumise. Son coordinateur, Manuel Bompard, s’est félicité d’une « progression remarquable » de son mouvement.
À Roubaix, le député insoumis David Guiraud prend une option sérieuse pour le second tour avec 46 % des voix. À Saint-Denis, le candidat LFI, largement en tête, pourrait même l’emporter dès le premier tour selon des résultats provisoires.
« Les Insoumis seront présents dans des centaines de seconds tours à ces élections municipales (…) et peuvent l’emporter dans des dizaines de communes. Une nouvelle génération, féminisée, jeune, à l’image du pays, est entrée en scène, » a affirmé Manuel Bompard
Il appelle déjà aux alliances pour le second tour du 22 mars : « Nous tendons la main aux autres listes pour permettre, partout où la droite et l’extrême droite menacent, la constitution d’un front antifasciste. »
Sur X, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi salué une « magnifique percée » et appelé la « gauche traditionnelle » à saisir « la main tendue ».
Le RN en position de force dans plusieurs villes
Au Rassemblement national, le ton était tout aussi offensif. Dès 20 heures, Jordan Bardella a pris la parole à Beaucaire (Gard), se félicitant de la réélection dès le premier tour de plusieurs maires du parti, dont celui de Beaucaire « avec près de 60 % des voix ».
À Perpignan, Louis Aliot remporte également la mairie dès le premier tour avec 50,61 % des voix, selon les résultats définitifs. Il a salué un « résultat historique » dimanche soir. Même scénario à Hénin-Beaumont, où le RN confirme son implantation.
Pour le second tour, Jordan Bardella affiche une stratégie claire : « Le RN tend la main à des listes de droite sincères ». Il précise vouloir s’adresser « aux listes indépendantes et à tous ceux qui refusent à la fois le désordre de l’extrême gauche et la dilution dans le macronisme ».
Le PS ferme la porte à un accord national avec LFI
Du côté du Parti socialiste, Olivier Faure a insisté sur les positions favorables de ses candidats dans de nombreuses villes. « À Paris, Marseille, Toulouse, Nantes, Rennes, Rouen, Montpellier, Nancy, Lille, Villeurbanne, Le Mans, Saint-Etienne, Amiens, Avignon, Blois, Dijon, Saint-Denis et tant d’autres, nous sommes en tête et en mesure de l’emporter au second tour », a-t-il énuméré.
Mais le premier secrétaire du PS a aussi tenu à poser une ligne politique nette. « Il n’y a pas d’accord national entre le PS et LFI au second tour », a-t-il rappelé. Selon lui, Jean-Luc Mélenchon « n’a pas la capacité d’emmener la gauche vers la victoire et de barrer la route à l’extrême droite ». Olivier Faure a appelé « les socialistes à rassembler dans la clarté et à veiller au respect de nos principes et de nos valeurs ».
Les écologistes entre résistance à Lyon et fragilités ailleurs
Les résultats des Écologistes étaient particulièrement scrutés, six ans après la « vague verte » qui leur avait permis de conquérir plusieurs grandes villes. Si Grégory Doucet tient bon à Lyon, la soirée a aussi révélé plusieurs fragilités.
À Strasbourg, la maire sortante Jeanne Barseghian se retrouve en ballottage défavorable derrière la socialiste Catherine Trautmann et le candidat LR divers droite Jean-Philippe Vetter. À Bordeaux, Pierre Hurmic est bien arrivé en tête face à Thomas Cazenave et Philippe Dessertine, mais son avance demeure mince à l’approche du second tour.
À Lille, enfin, les écologistes voient s’éloigner leurs espoirs de conquête, Stéphane Baly étant nettement distancé par les candidats PS et LFI.
Renaissance et LR tracent leurs lignes rouges
Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, a lui aussi exclu toute entente avec les extrêmes : « aucune alliance directe ou indirecte avec l’extrême gauche de LFI, ni avec l’extrême droite » ne sera possible, a-t-il assuré.
Il ajoute toutefois : « Quand ce sera nécessaire, évidemment, nous ferons ce qu’il faut pour empêcher l’extrême gauche et l’extrême droite de gagner. Ce qui va nous guider, c’est l’intérêt général. Partout où la main nous sera tendue, nous la saisirons. »
Gabriel Attal s’est également félicité des résultats de son camp, affirmant que le parti avait franchi la barre des 100 maires élus dès le premier tour, citant notamment Franck Riester à Coulommiers. « C’est un résultat inédit, nous poursuivons notre ancrage et notre implantation territoriale », s’est-il réjoui.
À droite, le chef des Républicains, Bruno Retailleau, a réclamé « un grand rassemblement de la droite » pour faire gagner ses candidats au second tour, « contre la gauche ou contre le RN », tout en appelant à éviter « la diversion et la dispersion ». Malgré des résultats en demi-teinte dans des villes comme Paris ou Lyon, LR espère encore des conquêtes dans plusieurs communes, notamment à Besançon.
Un second tour sous haute tension le 22 mars
Ce premier tour des municipales 2026 confirme une recomposition locale profonde, faite de rapports de force serrés, d’alliances impossibles à l’échelle nationale et de tractations incontournables sur le terrain. Entre la poussée revendiquée de La France insoumise, l’enracinement du Rassemblement national, la résistance du Parti socialiste, les difficultés des écologistes et les stratégies de Renaissance comme de LR, le second tour du 22 mars s’annonce décisif.
Dans plusieurs grandes villes, rien n’est encore joué. Et c’est bien dans cet entre-deux, entre confirmation et bascule, que se jouera désormais l’avenir politique des municipales 2026.
