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Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, alerte sur la plus grave menace pour l’énergie mondiale

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  • La guerre au Moyen-Orient provoque de graves perturbations sur les marchés mondiaux de l’énergie.
  • Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, estime que la situation représente « la plus grande menace de l’histoire pour la sécurité énergétique mondiale », avec des effets attendus sur le pétrole, le gaz naturel liquéfié et plusieurs filières industrielles stratégiques.

   La crise énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient pourrait marquer un tournant majeur. Dans un entretien accordé au Financial Times le 20 mars, Fatih Birol, à la tête de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), évoque « la plus grande menace de l’histoire pour la sécurité énergétique mondiale ».

Selon lui, les perturbations actuelles surpassent celles des grandes crises passées. Les tensions sur le pétrole dépasseraient les chocs des années 1970, tandis que celles sur le gaz seraient deux fois plus importantes que celles survenues après invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Des infrastructures clés paralysées

Le conflit affecte directement des points névralgiques de l’approvisionnement énergétique mondial. « Des artères vitales sont à l’arrêt », alerte Fatih Birol. Le blocage du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport du pétrole, ainsi que les bombardements visant des installations majeures, amplifient les tensions.

Ces perturbations ne concernent pas uniquement les hydrocarbures. Elles touchent également des secteurs industriels essentiels, notamment les engrais, le soufre ou encore l’hélium, indispensables à de nombreuses chaînes de production à l’échelle mondiale.

Malgré la gravité de la situation, la perception globale reste insuffisante, selon le directeur de l’AIE. « Les gens comprennent qu’il s’agit d’un défi majeur, mais je ne suis pas sûr que l’ampleur et les conséquences de la situation soient bien comprises », insiste-t-il.

Cette sous-estimation pourrait retarder les réponses politiques et économiques nécessaires pour amortir le choc.

Des conséquences durables sur les marchés

L’impact de la crise s’inscrira dans le temps. Même en cas d’arrêt des combats, les dégâts sur les infrastructures énergétiques nécessiteront des mois, voire des années de reconstruction.

« La remise en état pour le pétrole et le gaz prendra beaucoup de temps. Il faudra six mois pour que certains sites soient opérationnels, et beaucoup plus longtemps pour d’autres », précise Fatih Birol.

Un exemple concret illustre cette fragilité : le groupe QatarEnergy a annoncé que des frappes iraniennes contre le complexe gazier de Ras Laffan ont mis hors service 17 % des capacités d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) du pays.

Deuxième exportateur mondial de GNL, le Qatar pourrait mettre entre trois et cinq ans à rétablir pleinement ses capacités, accentuant ainsi la pression sur les marchés internationaux.

Vers une recomposition du mix énergétique mondial

Face à cette crise, des transformations profondes du paysage énergétique sont à prévoir. Le directeur de l’AIE anticipe un regain d’intérêt pour la transition énergétique, notamment les véhicules électriques et le nucléaire.

Mais cette mutation pourrait s’accompagner de paradoxes. Le recours au charbon, fortement émetteur de CO₂, pourrait augmenter à court terme pour compenser les pénuries, tandis que l’utilisation du gaz pourrait reculer.

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