- L’Union européenne activera dès le 1er mai l’application provisoire de l’accord de libre-échange avec le Mercosur.
- Présenté comme un levier de croissance face aux tensions commerciales mondiales, ce traité suscite néanmoins de vives inquiétudes, notamment dans le secteur agricole.
La Commission européenne a confirmé, lundi 23 mars, l’entrée en application provisoire de l’accord UE-Mercosur à partir du 1er mai. Une décision stratégique, annoncée sur son site officiel, qui vise à accélérer l’intégration commerciale entre les deux blocs.
Selon Bruxelles, « tous les pays du Mercosur qui auront achevé leur procédure de ratification et notifié l’UE avant la fin mars» pourront bénéficier de cette application anticipée. À ce jour, « l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay l’ont déjà fait. Le Paraguay a récemment ratifié l’accord et devrait transmettre sa notification prochainement », précise la Commission.
Suppression immédiate de certains droits de douane
L’un des principaux objectifs de cette application provisoire est la réduction rapide des barrières commerciales. « L’application provisoire permettra la suppression immédiate de certains droits de douane », souligne Bruxelles.
Dans les faits, cet accord devrait favoriser les exportations européennes vers l’Amérique du Sud, notamment dans les secteurs de l’automobile, des machines industrielles, ainsi que des vins et spiritueux. En retour, l’Union européenne ouvrira davantage son marché à des produits agricoles sud-américains tels que la viande bovine, les volailles, le sucre, le riz, le miel et le soja.
Malgré ses ambitions économiques, l’accord reste politiquement sensible. En janvier, le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’Union européenne afin d’en vérifier la légalité. Une décision est attendue d’ici environ un an et demi.
Dans cette attente, la Commission a fait le choix d’avancer, en optant pour une application provisoire du traité.
Entre opportunités économiques et craintes agricoles
L’accord UE-Mercosur divise profondément les États membres et les acteurs économiques. Pour ses défenseurs, il constitue un outil essentiel pour relancer l’économie européenne, fragilisée par la concurrence croissante de la Chine et les droits de douane imposés par les États-Unis.
À l’inverse, ses opposants — parmi lesquels plusieurs organisations agricoles et certains États comme la France — redoutent un déséquilibre du marché. Ils alertent sur l’arrivée de produits importés moins chers et potentiellement non conformes aux normes européennes, faute de contrôles jugés suffisants.
Un dossier hautement stratégique pour l’avenir commercial de l’UE
Si l’entrée en vigueur provisoire marque une avancée concrète, l’avenir de l’accord reste suspendu à l’arbitrage judiciaire européen. D’ici là, le traité continuera d’alimenter les tensions entre impératifs économiques et préoccupations sociales et environnementales.
Entre promesses de croissance et risques pour certains secteurs, l’accord UE-Mercosur s’impose déjà comme l’un des dossiers les plus sensibles de la politique commerciale européenne contemporaine.
