- Malgré des revers à Marseille, Toulon et Nîmes, le Rassemblement national enregistre une avancée significative lors du second tour des municipales du 22 mars 2026.
- Porté par sa stratégie d’implantation locale, le parti de Jordan Bardella s’impose dans plusieurs villes moyennes, tandis que son allié Eric Ciotti remporte une victoire symbolique à Nice.
Le Rassemblement national (RN) espérait franchir un cap en s’imposant dans plusieurs grandes métropoles lors du second tour des élections municipales. Mais à Marseille, Toulon et Nîmes, les candidats du parti échouent à transformer l’essai.
À Marseille, Franck Allisio recueille 40,3 % des suffrages, loin derrière le maire sortant Benoît Payan, réélu avec 54,34 %. Dans la deuxième ville de France, le RN n’a pas réussi à fissurer le front républicain constitué entre les différentes forces politiques, notamment après le retrait de la liste LFI et le maintien de la candidate LR.
À Toulon, la défaite est particulièrement amère pour Laure Lavalette. Arrivée en tête au premier tour avec 42 % des voix, la porte-parole du RN s’incline finalement face à la maire sortante Josée Massi, qui l’emporte avec 52,35 % contre 47,65 %.
Même scénario à Nîmes, où Julien Sanchez échoue de peu. Avec 37,52 %, il arrive derrière la liste de gauche menée par le communiste Vincent Bouget (40,97 %), tandis que la droite reste en retrait. Une situation dénoncée par le député RN Laurent Jacobelli : « On a la droite la plus bête du monde. Elle refuse de travailler avec nous, permettant l’élection d’un maire de gauche. »
Une victoire symbolique à Nice avec Eric Ciotti
Dans ce tableau contrasté, le RN peut toutefois se prévaloir d’un succès majeur : la victoire de son allié Eric Ciotti à Nice. Cette conquête dans la cinquième ville de France constitue un symbole politique fort.
Mais cette victoire reste à nuancer. Durant sa campagne, Eric Ciotti a davantage mis en avant son ancrage local que son affiliation politique, privilégiant une stratégie de proximité plutôt qu’un positionnement strictement partisan.
Les villes moyennes, cœur de la stratégie RN
Au-delà des grandes métropoles, le RN confirme sa progression dans les villes de taille intermédiaire, entre 5 000 et 50 000 habitants. Un objectif assumé de longue date par le parti. « Les villes entre 5 000 et 50 000 [habitants] sont vraiment nos cœurs de cible », rappelait pendant la campagne le député Bruno Bilde.
Cette stratégie porte ses fruits. Aux 24 communes remportées dès le premier tour s’ajoutent plusieurs conquêtes : Agde, Liévin, Saint-Avold, Six-Fours-les-Plages et Menton basculent ainsi dans l’escarcelle du RN.
Le parti s’impose également à Tarascon, Castres et Carcassonne, confirmant son ancrage dans ses bastions du Sud-Est et du Nord. En revanche, il perd Villers-Cotterêts, une commune qu’il dirigeait depuis 2014.
Une percée dans de nouveaux territoires
Autre enseignement du scrutin : le RN parvient à s’implanter dans des zones où il était jusqu’ici peu présent, notamment dans l’Ouest. Des villes comme Montargis (Loiret) et La Flèche (Sarthe) passent sous contrôle du parti.
« Ces succès sont liés à la présence de cadres LR qui font campagne depuis plusieurs années et qui ont une forte notoriété », affirme Julien Odoul. Avant d’ajouter : « C’est véritablement l’implantation locale, telle qu’elle a été théorisée par Marine Le Pen il y a quelques années, qui porte ses fruits. »
Une dynamique revendiquée, mais encore limitée
Malgré ces résultats contrastés, Marine Le Pen a salué sur les réseaux sociaux « une immense victoire, et la confirmation de la stratégie d’implantation locale du Rassemblement national ». De son côté, Jordan Bardella évoque une forme d’élan en parlant d’« espérance » dans son allocution après 20 heures.
Mais les analystes tempèrent cet optimisme. Sur France 2, Brice Teinturier estime que « c’est une extension limitée pour le RN ». Selon lui, le parti reste confronté à un plafond électoral dans les grandes villes : « Il bute toujours sur les grandes métropoles. Il n’y arrive pas. On a toujours cette dichotomie entre les deux types de territoires. »
Au terme de ce second tour des municipales 2026, le Rassemblement national apparaît renforcé dans son maillage territorial, notamment dans les villes moyennes et certains nouveaux bassins électoraux.
Mais l’incapacité persistante à conquérir les grandes métropoles souligne les limites actuelles de sa stratégie. Entre progression locale et blocage urbain, le RN confirme sa montée en puissance… sans encore réussir à franchir un seuil décisif sur la scène politique nationale.
