- Malgré une campagne omniprésente, un style offensif et l’espoir de rallier l’électorat macroniste, Rachida Dati a de nouveau échoué à conquérir la mairie de Paris.
- Battue largement par Emmanuel Grégoire au second tour, la candidate LR paie une campagne clivante, des alliances floues et une dynamique qui n’a jamais vraiment pris.
Rachida Dati ne sera pas la prochaine maire de Paris. Pour la deuxième fois, la maire du 7e arrondissement échoue dans sa tentative de prendre l’Hôtel de Ville, largement battue par le socialiste Emmanuel Grégoire au second tour des municipales.
Avec 41,52 % des voix, selon les résultats définitifs, l’ancienne ministre de la Culture a reconnu sa défaite : « Je n’ai pas réussi à convaincre suffisamment ». Une formule sobre pour un revers net, qui vient refermer une campagne intense mais insuffisante pour inverser le rapport de force dans la capitale.
Une ambition ancienne, un objectif jamais atteint
Cette défaite a une résonance particulière pour Rachida Dati. Déjà battue en 2020 par Anne Hidalgo, elle nourrissait depuis plusieurs années l’ambition de devenir maire de Paris. À l’époque, elle n’avait recueilli que 34,31 % des voix au second tour, contre 48,4 % pour la maire socialiste sortante.
Cette fois, l’ancienne garde des Sceaux voulait croire à une autre issue. À plusieurs reprises, elle avait confié que « Paris est le combat de sa vie ». Pour espérer l’emporter, elle comptait notamment séduire une partie de l’électorat macroniste qui lui avait manqué lors du précédent scrutin.
Ce recentrage stratégique passait par un rapprochement avec Emmanuel Macron, alors même qu’elle avait eu par le passé des mots très durs à son égard, l’accusant de rassembler « des traîtres de gauche et des traîtres de droite ». Cette nouvelle proximité avait culminé avec son entrée surprise au gouvernement en janvier 2024, au poste de ministre de la Culture.
Mais ni cette exposition nationale ni sa notoriété déjà bien installée n’auront suffi à créer une véritable dynamique électorale. Rachida Dati a mené une campagne à son image : énergique, omniprésente, parfois brutale. Sur le terrain comme sur les réseaux sociaux, elle a multiplié les séquences destinées à frapper les esprits.
Le soutien macroniste, une alliance incomplète
L’un des paris de Rachida Dati consistait à agréger les voix de la droite et du camp présidentiel. Mais sur ce terrain, la mécanique s’est révélée bien plus fragile que prévu.
La répartition des postes au Conseil de Paris et des têtes de liste d’arrondissement entre LR et les macronistes a longtemps tardé, nourrissant les doutes sur la solidité de l’accord. Au final, seuls deux élus Renaissance ont clairement fait le choix de la rejoindre : le ministre délégué à l’Europe Benjamin Haddad et le député Sylvain Maillard, qui s’est mis en retrait de ses fonctions de président de la fédération de Paris.
Dans les colonnes du Parisien, Sylvain Maillard regrettait l’absence de visibilité de Pierre-Yves Bournazel dans la campagne : « Je n’ai jamais entendu dans la rue quelqu’un me parler de Pierre-Yves Bournazel ». Avant d’ajouter : « Si on veut gagner, il faut être derrière la candidate la plus forte ».
Rachida Dati, elle, a choisi de minimiser l’impact de ce soutien tardif. « Ça change pas ma vie, ça change pas ma campagne », a-t-elle assuré lors d’une déambulation dans Paris, quelques heures après l’annonce de Renaissance.
Une droite dispersée, une gauche plus lisible
En face, Emmanuel Grégoire a mené une campagne plus sobre, moins spectaculaire, mais plus lisible. À gauche, malgré la présence de Sophia Chikirou, le candidat socialiste est parvenu à imposer une image de sérieux et de stabilité.
À droite et au centre, en revanche, la dispersion a longtemps pesé. Pierre-Yves Bournazel a occupé une partie de l’espace modéré, tandis que Sarah Knafo est venue troubler davantage le jeu en entrant dans la campagne début février. La candidate Reconquête a adopté un ton inhabituel, se mettant en scène, vêtue de jaune, avec la promesse de faire de Paris « une ville heureuse ».
Cette arrivée a clairement irrité l’entourage de Rachida Dati, qui redoutait une concurrence directe dans l’ouest parisien. Pour couper court à toute ambiguïté, la candidate LR a rejeté toute perspective d’alliance dans l’entre-deux-tours, répétant : « Voter Sarah Knafo, c’est faire gagner Emmanuel Grégoire ».
Pierre-Yves Bournazel n’a pas davantage été épargné. Après avoir affirmé dans un livre que Rachida Dati était en « état d’ébriété narcissique », il a essuyé une réplique violente de l’ancienne ministre sur RMC, qui l’a accusé d’incarner « physiquement la droite la plus bête du monde« .
Le premier tour, tournant décisif de la campagne
À mesure que le scrutin approchait, la tension est montée. L’équipe d’Emmanuel Grégoire s’est inquiétée de voir Rachida Dati, toujours ministre de la Culture, potentiellement utiliser les moyens de son ministère pour sa campagne. Sous pression, elle a finalement quitté la rue de Valois trois semaines avant le premier tour, au grand dam du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui aurait préféré un départ plus rapide.
Mais c’est surtout le résultat du premier tour qui a marqué un tournant. Rachida Dati n’est arrivée qu’en deuxième position avec 25,46 %, à près de 13 points derrière Emmanuel Grégoire.
Le constat était sévère : malgré une visibilité maximale, elle ne progressait que de trois points par rapport à 2020, alors même qu’un nouveau mode de scrutin était censé favoriser les personnalités les plus identifiées.
Autre difficulté majeure, Sarah Knafo (10,4 %) et Pierre-Yves Bournazel (11,3 %) étaient alors en mesure de se maintenir au second tour. Dans cette configuration, la candidate LR voyait se refermer la possibilité d’élargir son socle.
Les retraits de Bournazel et Knafo n’ont pas inversé la tendance
Dans l’entre-deux-tours, Emmanuel Macron et Édouard Philippe se sont activés pour éviter une trop forte dispersion des voix. Après près de 24 heures d’hésitation, Pierre-Yves Bournazel, qui avait pourtant assuré qu’il ne se désisterait « ni pour Emmanuel Grégoire ni pour Rachida Dati », a finalement accepté de se retirer.
Il a cependant refusé de figurer en numéro deux sur la liste de la candidate LR. Une fusion des listes a bien été actée, mais sans ralliement personnel. Pour Rachida Dati, cette fusion représentait un soulagement partiel : elle lui offrait une réserve de voix, sans garantir pour autant un report massif.
Restait le cas Sarah Knafo. Trente-six heures après le premier tour, la candidate Reconquête a fini par se retirer. Rachida Dati a alors évoqué sur CNews l’existence de « points de convergence » entre leurs programmes.
Cette séquence a offert un angle d’attaque idéal à Emmanuel Grégoire. Lors d’un débat sur BFMTV, il a accusé sa rivale : « Vous ne pourrez pas être élue dimanche maire de Paris sans le soutien explicite de l’extrême droite parisienne et nationale ». Il a poursuivi en l’interpellant directement : « Imaginez-vous un seul instant (…) Jacques Chirac élu maire de Paris avec le soutien de Jean-Marie Le Pen ? »
Le lendemain, sur Franceinfo, le candidat socialiste a encore durci le ton, accusant Emmanuel Macron d’être « intervenu » pour « aider au retrait » de Sarah Knafo. Le chef de l’État lui a répondu en dénonçant « un mensonge indigne ».
L’équation impossible de Rachida Dati
C’est sans doute dans cette dernière ligne droite que Rachida Dati a définitivement perdu la main. En tentant d’aller chercher à la fois les électeurs centristes, les macronistes et une partie de l’électorat de droite dure, elle s’est retrouvée prise dans une contradiction politique difficile à tenir.
Sarah Knafo a d’ailleurs affirmé sur BFMTV qu’une alliance avec la candidate LR avait bien été évoquée et qu’Édouard Philippe aurait « mis son veto ». De quoi fragiliser encore davantage Rachida Dati au moment où elle devait rassurer les modérés.
Son problème n’était plus seulement électoral. Il devenait politique et symbolique : comment apparaître comme la candidate du rassemblement tout en étant soupçonnée de composer avec des sensibilités incompatibles ?
Une lourde défaite, mais pas un retrait
Au soir du second tour, Emmanuel Grégoire s’est imposé largement. Rachida Dati, elle, enregistre un nouvel échec majeur dans son parcours parisien.
Il ne lui reste désormais que ses mandats de maire du 7e arrondissement et de conseillère de Paris. Mais, fidèle à son tempérament combatif, elle n’entend manifestement pas se retirer de la vie politique. Quelques heures après sa défaite, elle a publié sur son compte X une déclaration brève, mais sans ambiguïté : « le résultat n’est pas celui espéré, mais je ne renonce à rien (…) je continuerai à me battre pour vous (les Parisiens) ».
Le paradoxe Dati : une détermination intacte, une capacité rare à occuper l’espace, mais aussi une difficulté persistante à convaincre au-delà de son camp. À Paris, son style bulldozer n’aura pas suffi. Et cette fois encore, la capitale lui a échappé.
