- La Banque mondiale revoit à la baisse ses perspectives économiques mondiales pour 2026, en raison des conséquences du conflit au Moyen-Orient sur les marchés de l’énergie.
- L’institution met en garde contre un risque de ralentissement plus marqué si les tensions énergétiques venaient à déstabiliser les marchés financiers.
La croissance mondiale au plus bas depuis la pandémie. L’économie mondiale devrait enregistrer un net ralentissement en 2026 sous l’effet des répercussions de la guerre au Moyen-Orient. Dans ses dernières Perspectives économiques mondiales, publiées jeudi, la Banque mondiale prévoit désormais une croissance de 2,5%, contre 2,9% en 2025, soit le rythme le plus faible observé depuis la crise sanitaire du Covid-19.
L’institution de Washington a abaissé sa prévision de 0,1 point par rapport à ses estimations de janvier et souligne que plus des deux tiers des économies mondiales devraient voir leur croissance ralentir.
Cette dégradation est principalement liée à la flambée des prix de l’énergie et de certaines matières premières, conséquence directe du conflit qui secoue le Moyen-Orient depuis plusieurs mois. Les pays les plus exposés sont notamment les Émirats arabes unis, l’Irak et plusieurs économies de la région dont les exportations énergétiques ont été fortement perturbées.
Le choc pétrolier menace l’équilibre économique mondial
La Banque mondiale fonde son scénario central sur un prix moyen du baril de Brent à 94 dollars en 2026, soit une hausse de 36% par rapport à l’an dernier. L’inflation mondiale atteindrait alors environ 4%, tandis que les perturbations sur l’approvisionnement énergétique commenceraient à s’atténuer d’ici la fin du mois de juillet.
Mais l’institution avertit que les risques restent élevés. Si les tensions sur les marchés de l’énergie se prolongeaient et que le Brent atteignait en moyenne 115 dollars le baril, la croissance mondiale pourrait être ramenée à 2,1%, avec une inflation grimpant à 4,4%.
Dans un scénario plus sévère, où le choc énergétique provoquerait une crise de confiance sur les marchés financiers, la croissance mondiale pourrait tomber à seulement 1,3%.
« Ces scénarios de risque montrent à quelle vitesse les perspectives pourraient se détériorer si les pressions énergétiques et financières s’accentuent mutuellement », prévient Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de la Banque mondiale.
Le responsable ajoute que « si le choc énergétique déclenchait un choc sur les marchés financiers, la confiance pourrait s’éroder rapidement ».
Une économie mondiale jugée moins résistante qu’auparavant
Au-delà de la crise actuelle, la Banque mondiale estime que l’économie mondiale est devenue plus vulnérable face aux chocs géopolitiques et financiers. « L’économie mondiale est beaucoup moins résiliente aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2008, et même qu’en 2018 », a déclaré Indermit Gill, économiste en chef de la Banque mondiale.
Selon lui, les prochaines années devraient rester marquées par « une forte incertitude politique, des pressions inflationnistes et des taux d’intérêt élevés », autant de facteurs susceptibles de freiner durablement l’investissement et la consommation.
Malgré ce contexte difficile, l’institution anticipe une légère amélioration de l’activité mondiale à partir de 2027, avec une croissance de 2,8% en 2027 et 2028. Un niveau qui resterait toutefois inférieur de 0,4 point à la moyenne enregistrée durant les années 2010.
États-Unis, Europe et Chine : des perspectives contrastées
Aux États-Unis, la Banque mondiale maintient sa prévision de croissance à 2,2% en 2026, avant un ralentissement progressif à 2,1% en 2027 puis 2% en 2028.
La situation apparaît plus fragile en Europe. La croissance de la zone euro est attendue à 0,8% en 2026, contre 1,4% en 2025, illustrant l’impact du ralentissement industriel et de la hausse des coûts énergétiques.
Le Japon devrait également voir son activité ralentir, avec une progression du PIB de 0,7% en 2026, après 1,1% en 2025.
En Chine, la croissance est désormais attendue à 4,2% en 2026, soit une révision à la baisse de 0,2 point par rapport aux prévisions précédentes, après une progression de 5% en 2025.
L’Inde conserve son statut de locomotive mondiale
Dans ce contexte de ralentissement généralisé, l’Inde continue de faire figure d’exception. La Banque mondiale confirme que le pays restera la grande économie à la croissance la plus rapide de la planète.
Le PIB indien devrait progresser de 6,6% en 2026, après une hausse estimée à 7% en 2025, porté par la vigueur de la consommation intérieure, les investissements publics et le dynamisme du secteur des services.
Le Moyen-Orient parmi les régions les plus pénalisées
Les perspectives sont particulièrement dégradées pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. La Banque mondiale a abaissé de 2,7 points sa prévision de croissance pour la région, qui devrait atteindre seulement 1,6% en 2026, contre 4% en 2025.
Les Émirats arabes unis illustrent ce ralentissement : leur croissance est désormais attendue à 2,4%, contre une prévision de 5% publiée en janvier et après une expansion estimée à 6,2% en 2025.
La Turquie voit également ses perspectives revues à la baisse, avec une croissance attendue à 2,8% en 2026, soit 0,9 point de moins qu’anticipé précédemment.
Pour autant, la Banque mondiale estime qu’un rebond reste envisageable si les tensions géopolitiques s’atténuent. La croissance de la région pourrait ainsi remonter à 5% dès 2027, à condition que les marchés énergétiques retrouvent progressivement leur stabilité.
