- La visite d’État du sultan d’Oman Haïtham ben Tariken France s’est traduite par une série d’accords économiques majeurs entre les deux pays.
- EDF a remporté un contrat de 3 milliards de dollars pour développer la première station de stockage d’énergie par pompage du sultanat, tandis que Suez a signé le plus important contrat de son histoire au Moyen-Orient dans les services de l’eau.
Le groupe français EDF a signé, lundi 29 juin, un contrat de 3 milliards de dollars (2,62 milliards d’euros) portant sur le développement, la construction et l’exploitation de la première station de transfert d’énergie par pompage (STEP) d’Oman.
Le projet sera implanté sur le barrage de Wadi Daysat, situé à environ 90 kilomètres au sud de Mascate, et permettra de stocker jusqu’à 2 GW d’électricité. Cette capacité doit renforcer la stabilité du réseau électrique omanais et assurer l’alimentation des ménages comme des entreprises.
Cette infrastructure constitue une étape majeure dans la modernisation du système énergétique du sultanat, alors que le pays accélère l’intégration des énergies renouvelables dans son mix électrique.
Une visite d'État marquée par des contrats stratégiques
La signature de cet accord s’inscrit dans le cadre de la visite d’État du sultan Haïtham ben Tarik en France, qui a donné lieu à plusieurs annonces économiques majeures entre Paris et Mascate.
Quelques heures auparavant, Suez avait déjà remporté un contrat de 2 milliards d’euros sur quinze ans pour assurer la gestion de l’eau potable et de l’assainissement de Mascate ainsi que de deux grandes régions du sultanat. Pour Xavier Girre, directeur général de Suez, cet accord figure « dans le top 3 de l’histoire de Suez ».
Le contrat couvre la gestion et la maintenance des services d’eau potable et d’assainissement destinés à environ 2,5 millions d’habitants, soit près de 43 % de la population omanaise. Il comprend notamment l’exploitation de 240 puits industriels, de 10 700 kilomètres de canalisations, la distribution quotidienne de 470 000 mètres cubes d’eau potable ainsi que la modernisation de quatre usines de dessalement d’eau de mer.
L’enchaînement de ces deux contrats illustre le renforcement des relations économiques entre la France et Oman, dans un contexte régional particulièrement sensible.

Le stockage d'énergie, un enjeu clé de la transition énergétique
Au-delà de son montant, le projet confié à EDF possède une forte dimension stratégique. Les pays du Golfe, longtemps dépendants des hydrocarbures, investissent désormais massivement dans les infrastructures énergétiques destinées à accompagner le développement du solaire et des autres énergies renouvelables.
Les stations de transfert d’énergie par pompage permettent de stocker les surplus d’électricité produits pendant les périodes de forte production avant de les restituer lorsque la demande augmente. Elles constituent aujourd’hui la technologie de stockage de grande capacité la plus mature au monde.
Grâce à son fort potentiel solaire, Oman cherche à accroître la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique tout en réduisant progressivement sa dépendance au pétrole et au gaz naturel.
Le barrage de Wadi Daysat offre des conditions favorables
Le choix du barrage de Wadi Daysat présente plusieurs avantages techniques. Les infrastructures hydrauliques existantes limitent les coûts et raccourcissent les délais de réalisation. Par ailleurs, le relief montagneux de la région offre les dénivelés indispensables au fonctionnement d’une station de pompage-turbinage.
À terme, cette installation permettra au réseau électrique omanais de mieux absorber les variations de production liées aux centrales solaires, tout en réduisant le recours aux centrales thermiques fonctionnant aux énergies fossiles.
Une coopération franco-omanaise à forte portée géopolitique
Ces investissements interviennent également dans un contexte géopolitique particulièrement stratégique. Situé à l’entrée du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part importante du pétrole mondial, Oman occupe une position centrale dans les équilibres énergétiques de la région. Le sultanat s’oppose notamment à l’Iran sur la question d’un éventuel péage appliqué au passage maritime.
Dans ce contexte, le renforcement de la coopération économique avec la France dépasse le seul cadre industriel et s’inscrit dans un partenariat plus large mêlant enjeux énergétiques, diplomatiques et sécuritaires.
EDF et Suez renforcent leur stratégie internationale
Pour les deux groupes français, ces contrats illustrent leur volonté de poursuivre leur développement à l’international sur des infrastructures stratégiques.
Pour Suez, ce succès constitue une étape majeure de sa stratégie de reconquête après la profonde restructuration consécutive à l’OPA de Veolia en 2022. Déjà présent en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis, le groupe décroche avec Oman son plus important contrat au Moyen-Orient depuis l’arrivée de Xavier Girre, dont la feuille de route privilégie le développement des activités internationales à forte rentabilité, notamment dans les métiers de l’eau et des déchets.
Pour EDF, ce projet confirme également son positionnement comme acteur majeur des infrastructures énergétiques de grande capacité et du stockage d’électricité à l’échelle internationale.
Les deux contrats signés à Mascate illustrent enfin la montée en puissance de la coopération économique franco-omanaise, à un moment où le sultanat accélère la diversification de son économie et de son système énergétique.
