- Malgré des victoires symboliques à Roubaix, Vénissieux ou encore La Courneuve, La France insoumise ne parvient pas à transformer l’essai au second tour des municipales.
- Les alliances avec la gauche, censées élargir sa base, n’ont pas toujours convaincu, notamment à Strasbourg, Poitiers et Clermont-Ferrand.
Après un premier tour encourageant, La France insoumise (LFI) espérait concrétiser sa dynamique locale. Déjà victorieuse à Saint-Denis dès le premier tour et qualifiée dans 96 communes, la formation de Jean-Luc Mélenchon tablait sur une « petite dizaine de victoires ».
Le bilan du second tour apparaît toutefois plus contrasté. Si plusieurs conquêtes sont enregistrées, le mouvement reste en deçà de ses ambitions initiales.
Pour autant, la direction insoumise revendique une dynamique politique. « La percée de LFI se confirme, s’amplifie et se renforce », a affirmé son coordinateur Manuel Bompard dimanche soir. Selon lui, le scrutin illustre le « recul de la gauche traditionnelle » tandis que « la gauche de rupture se renforce ».
« LFI fait une entrée fracassante dans les conseils municipaux (…) L’année prochaine, la nouvelle France peut l’emporter », a t-il indiqué.
Roubaix et la banlieue lyonnaise : des victoires emblématiques
La principale prise de LFI est sans conteste Roubaix, dans le Nord. Le député David Guiraud y remporte une victoire nette avec 53,19 % des suffrages, face au maire sortant Alexandre Garcin (25,55 %). Une conquête symbolique dans l’une des villes les plus pauvres du pays, jusque-là dirigée par la droite.
Le mouvement s’impose également dans plusieurs territoires populaires. À Vénissieux, le député Idir Boumertit l’emporte de justesse face à la maire communiste sortante Michèle Picard. À Vaulx-en-Velin, le candidat Abdelkader Lahmar bat la socialiste Hélène Geoffroy, pourtant soutenue par François Hollande. Saint-Fons bascule aussi du côté insoumis.
En région parisienne, LFI s’impose à La Courneuve, où le député Aly Diouara gagne avec 51,53 % des voix, ainsi qu’à Sarcelles, via une liste citoyenne soutenue par le mouvement. Autre succès, outre-mer : au Tampon, à La Réunion, Alexis Chaussalet l’emporte face à la droite.
Des revers marquants dans des villes stratégiques
Malgré ces succès, LFI échoue dans plusieurs grandes villes où elle espérait peser davantage. À Toulouse, l’union entre François Piquemal (LFI) et le socialiste François Briançon ne suffit pas à battre le maire sortant Jean-Luc Moudenc, qui l’emporte avec 53,87 % des voix contre 46,13 %.
À Limoges, malgré une alliance large à gauche, le député Damien Maudet échoue nettement face au candidat LR Guillaume Guérin, qui dépasse les 51 %.
Dans le Nord, autre coup dur : la défaite de Patrick Proisy à Faches-Thumesnil. Seul maire insoumis d’une ville moyenne avant le scrutin, il est battu par le candidat de droite Brice Lauret. LFI perd ainsi son principal point d’ancrage municipal.
Alliances à gauche : un pari loin d’être gagnant
Le second tour constituait un test pour les alliances conclues entre LFI et d’autres forces de gauche. Résultat : un bilan mitigé. Dans certaines villes, ces accords ont permis de maintenir des majorités. À Lyon, la fusion « technique » entre le maire écologiste Grégory Doucet et la députée insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi a contribué à une victoire serrée (50,67 %). À Nantes, l’accord entre Johanna Rolland (PS) et LFI permet également à la gauche de conserver la ville.
Mais ailleurs, ces alliances ont échoué, voire suscité des critiques. « La France insoumise ne gagne pas, et elle fait perdre la gauche », a ainsi lancé le socialiste Pierre Jouvet.
À Strasbourg, l’alliance entre la maire écologiste Jeanne Barseghian et LFI ne permet pas de combler son retard. Leur liste obtient 31,7 %, loin derrière Catherine Trautmann (37 %). Même scénario à Poitiers, où la maire écologiste Léonore Moncond’huy, alliée aux insoumis, échoue à conserver la ville malgré 40,79 % des voix.
À Clermont-Ferrand, la fusion entre le socialiste Olivier Bianchi et la députée LFI Marianne Maximi ne suffit pas non plus : leur liste s’incline avec 45,45 %.
Enfin, dans la capitale, la stratégie d’autonomie de LFI n’a pas porté ses fruits. Après le refus du socialiste Emmanuel Grégoire de fusionner, Sophia Chikirou s’est maintenue au second tour. Mais la candidate insoumise recule nettement, passant de 11,72 % au premier tour à 7,96 %.
