- Neuf ans après le discours de Ouagadougou, Emmanuel Macron tente de redéfinir la stratégie africaine de la France.
- Organisé à Nairobi les 11 et 12 mai, le sommet “Africa Forward” doit consacrer une approche davantage centrée sur l’investissement, les partenariats économiques et l’ouverture vers l’Afrique anglophone.
Après une étape en Égypte, où il a inauguré samedi le nouveau campus de l’Université Senghor de la Francophonie à Borg el-Arab aux côtés du président Abdel Fattah al-Sissi, Emmanuel Macron poursuit sa tournée africaine au Kenya. Le chef de l’État français participe dimanche et lundi au sommet “Africa Forward”, coorganisé à Nairobi avec le président kényan William Ruto.
L’événement, qui réunira dirigeants politiques, investisseurs, entrepreneurs et représentants de la société civile, se veut l’illustration du “partenariat renouvelé” que l’exécutif français cherche à bâtir avec le continent africain.
Le choix de Nairobi constitue en lui-même un signal diplomatique. Pour la première fois, un sommet Afrique-France de cette ampleur est organisé dans un pays anglophone. Une manière, pour Paris, de matérialiser son ambition d’élargir ses relais économiques au-delà de son influence historique en Afrique francophone.
Une stratégie de diversification économique
Cette inflexion intervient dans un contexte de relations dégradées avec plusieurs pays du Sahel, où la présence française a été fortement contestée ces dernières années. Face à cet affaiblissement politique, l’exécutif français cherche désormais à repositionner la relation franco-africaine sur le terrain économique.
L’Afrique francophone représente encore près de 55 % des investissements français sur le continent. Mais les flux commerciaux se rééquilibrent progressivement vers plusieurs grandes économies anglophones.
Depuis 2022, le Nigeria est devenu le premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, avec 5 milliards d’euros d’échanges. L’Afrique du Sud suit avec 3,1 milliards d’euros, devant la Côte d’Ivoire (2,6 milliards), l’Angola (2,1 milliards), le Sénégal (1,2 milliard) et le Cameroun (1 milliard).
Santé, intelligence artificielle et énergie au cœur des discussions
Le sommet s’articulera autour de deux séquences distinctes. Le 11 mai, un forum économique réunira investisseurs et chefs d’entreprise français et africains autour de plusieurs secteurs jugés stratégiques : santé, souveraineté alimentaire, numérique, intelligence artificielle et partenariats énergétiques.
Le lendemain, une trentaine de chefs d’État participeront à une session consacrée principalement aux enjeux de financement et de développement. L’Élysée assume clairement cette orientation économique.
“On a changé de méthode”, résume un conseiller présidentiel, évoquant une logique “très tournée vers l’investissement”. Paris cherche désormais à privilégier les projets concrets, les financements privés et les partenariats industriels, plutôt qu’une relation essentiellement politique ou institutionnelle.
Restaurer l’influence française dans une Afrique concurrentielle
À travers “Africa Forward”, Emmanuel Macron tente aussi de repositionner la France dans un continent où la concurrence internationale s’est intensifiée. Chine, Turquie, pays du Golfe ou encore États-Unis multiplient les investissements et les initiatives diplomatiques en Afrique.
Pour Paris, l’enjeu dépasse donc le seul cadre économique. Il s’agit également de restaurer une crédibilité politique fragilisée et de démontrer que la France peut encore apparaître comme un partenaire stratégique dans une Afrique en pleine recomposition économique et géopolitique.
