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Affaire Pegasus : ce que révèle la nouvelle enquête de Radio France et Forbidden Stories

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  • Une nouvelle enquête de la cellule investigation de Radio France, réalisée dans le cadre d’un consortium international coordonné par Forbidden Stories avec 17 médias partenaires, apporte de nouveaux éléments sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus contre des responsables politiques, journalistes et militants français.
  • Les révélations s’appuient notamment sur les travaux du Security Lab d’Amnesty International et interviennent alors que l’information judiciaire ouverte en France depuis 2021 se poursuit.

   De nouvelles preuves relancent le dossier Pegasus. Cinq ans après les premières révélations de l’affaire  » Pegasus », la cellule investigation de Radio France publie, dans le cadre d’une nouvelle enquête coordonnée par Forbidden Stories, de nouveaux éléments susceptibles d’étayer l’implication du Maroc dans l’utilisation du logiciel espion Pegasus. Cette investigation a été menée avec 17 médias partenaires, les experts du Security Lab d’Amnesty International ainsi que le journaliste marocain en exil Hicham Mansouri

Depuis 2021, la justice française enquête sur le ciblage présumé de plusieurs centaines de numéros français, parmi lesquels figurent des journalistes, des avocats, des militants des droits humains ainsi que plusieurs membres du gouvernement.

Les téléphones de plusieurs ministres examinés par les autorités françaises

L’un des épisodes clés remonte au 23 juillet 2021, lorsque le téléphone professionnel de Sébastien Lecornu, alors ministre des Outre-mer, est confié aux experts de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) pour une analyse approfondie.

Selon un rapport de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), l’appareil présente « des indices de compromission qui témoignent a minima d’un potentiel ciblage » par Pegasus.

Les investigations judiciaires ont depuis confirmé la présence de traces du logiciel malveillant sur les téléphones de sept ministres ou anciens ministres, parmi lesquels Sébastien Lecornu, Florence Parly, Jean-Michel Blanquer, Jacqueline Gourault, François de Rugy, Julien Denormandie et Emmanuelle Wargon.

Les analyses de l’Anssi ont notamment identifié des marqueurs numériques similaires à ceux détectés auparavant par le Security Lab d’Amnesty International sur les téléphones du journaliste marocain Omar Radi et du militant sahraoui Oubi Bachir Bouchraya.

Le témoignage inédit d’un ancien agent marocain

La nouvelle enquête s’appuie également sur le témoignage d’un ancien membre de la Direction de la surveillance du territoire (DGST) marocaine, présenté sous le pseudonyme de Safir afin de préserver son anonymat.

Devenu lanceur d’alerte, cet ancien agent affirme avoir participé à la mise en place de Pegasus au sein des services de renseignement marocains à partir de 2017. Selon lui, le logiciel servait principalement à constituer des dossiers compromettants contre des journalistes, des opposants et des défenseurs des droits humains lorsque les méthodes traditionnelles de surveillance ne suffisaient plus.

« Pegasus, c’est l’arme du monstre », affirme aujourd’hui l’ancien espion.

Une note confidentielle de la DGSE évoque l’utilisation de Pegasus

Les révélations s’appuient également sur une note confidentielle de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) datée du 26 novembre 2022.

Selon ce document cité par l’enquête, « le service établit que les Émirats arabes unis et le Maroc ont utilisé, au moins depuis 2017, des produits NSO ».

Toujours d’après les informations recueillies par le consortium, Rabat n’aurait pas acquis directement Pegasus auprès de la société israélienne NSO Group, mais aurait eu recours à une société basée aux Émirats arabes unis, Al Fahad, aujourd’hui intégrée à un groupe financé par les Émirats. De son côté, le Maroc a toujours nié avoir utilisé Pegasus.

Une coopération judiciaire toujours inexistante

Malgré plusieurs années d’instruction, les investigations se heurtent à l’absence de coopération des autorités marocaines. Lors d’une audition en avril 2026, le juge d’instruction Serge Tournaire relève que « les autorités judiciaires du Maroc ont refusé de coopérer et d’exécuter une commission rogatoire, considérant avoir déjà indiqué que le Maroc n’avait jamais acquis le logiciel Pegasus et qu’il n’y avait donc pas lieu d’enquêter ».

Entendue comme victime potentielle du logiciel espion, l’ancienne ministre des Armées Florence Parly, ciblée en mars 2020, affirme pour sa part ne pas disposer d’éléments permettant d’identifier les auteurs des attaques.

« Je n’ai aucun soupçon sur le service ou l’État qui aurait pu être à l’origine de ce ciblage », déclare-t-elle au juge.

L’affaire Pegasus intervient dans un contexte de normalisation des relations entre la France et le Maroc. Après plusieurs mois de tensions, Paris a officiellement reconnu en octobre 2024 la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une décision perçue comme un tournant diplomatique majeur.

Ce rapprochement suscite l’incompréhension de certaines victimes présumées du logiciel espion.

L’avocat parisien Joseph Breham, qui défend plusieurs militants sahraouis et affirme avoir lui-même été ciblé, dénonce cette évolution. « La France s’agenouille devant le Maroc et ça me laisse pantois ! Ils nous espionnent et nous leur faisons des concessions diplomatiques ! Ont-ils découvert des choses ahurissantes ? », s’interroge-t-il.

Selon lui, le Maroc exerce désormais sur la France « un pouvoir extrêmement fort », ajoutant : « Je ne peux que m’en étonner. »

La France a également étudié l’acquisition de Pegasus

L’enquête révèle également que plusieurs services français, notamment la DGSI, ont étudié jusqu’en 2021 la possibilité d’acquérir Pegasus auprès de NSO Group ou de ses intermédiaires.

Selon les informations recueillies par Forbidden Stories, un budget compris entre 60 et 80 millions d’euros aurait même été validé au niveau ministériel pour un nombre limité de cibles.

Le président Emmanuel Macron aurait finalement renoncé à cette acquisition, invoquant le risque « réputationnel » ainsi que les enjeux de souveraineté liés à l’utilisation d’une technologie étrangère.

Une instruction toujours en cours

À ce stade, l’information judiciaire ouverte en France se poursuit. Selon les éléments révélés notamment par Mediapart, deux anciens dirigeants de NSO Group, Omri Lavie et Shalev Hulio, ont été entendus en février 2026 sous le statut de témoins assistés.

Sollicité par Forbidden Stories au nom du consortium de médias partenaires, le royaume du Maroc n’a pas répondu aux questions qui lui ont été adressées.

Source : enquête de la cellule investigation de Radio France, réalisée dans le cadre d’un consortium international coordonné par Forbidden Stories, avec 17 médias partenaires, les experts du Security Lab d’Amnesty International et le journaliste marocain en exil Hicham Mansouri.

La Rédactionhttps://echosplus.com
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