- La compagnie publique CNAN El Djazair programme une liaison régulière vers Nouakchott, Nouadhibou et Dakar, à raison d’un départ tous les 30 jours.
- Cette nouvelle offre logistique accompagne la stratégie algérienne de diversification des exportations et de renforcement de sa présence économique en Afrique de l’Ouest.
L’Algérie étoffe ses corridors commerciaux vers l’Afrique subsaharienne. CNAN El Djazair, filiale du Groupe algérien de transport maritime (GATMA), a annoncé le renforcement de sa desserte régulière à destination de la Mauritanie et du Sénégal.
La liaison reliera les ports algériens à Nouakchott et Nouadhibou, en Mauritanie, puis à Dakar, au Sénégal. Selon les informations communiquées par la compagnie, les départs seront assurés tous les 30 jours, avec un temps de transit annoncé de six jours.
Cette ligne « contribue au développement des échanges commerciaux de l’Algérie et au renforcement des connexions avec les marchés africains », souligne CNAN El Djazair dans un communiqué relayé par l’Algérie Presse Service.
Une flotte de neuf navires sous pavillon algérien
CNAN El Djazair dispose actuellement de neuf navires battant pavillon algérien. Sa flotte comprend deux porte-conteneurs et sept navires destinés au transport de marchandises générales, selon les informations publiées sur le site officiel de la compagnie.
Les dessertes vers l’Afrique de l’Ouest peuvent accueillir aussi bien des conteneurs que des cargaisons diverses. Elles doivent faciliter l’acheminement des produits algériens vers les marchés mauritanien et sénégalais, tout en offrant aux exportateurs une liaison plus régulière.
L’initiative vise également à réduire l’un des principaux freins rencontrés par les entreprises souhaitant se développer en Afrique : l’insuffisance ou l’irrégularité des solutions logistiques directes.
Les exportations hors hydrocarbures accélèrent
L’offensive maritime intervient dans un contexte de progression des exportations algériennes hors hydrocarbures. Celles-ci ont augmenté de 23 % au cours des sept premiers mois de 2025 par rapport à la même période de 2024, notamment grâce aux produits chimiques, aux matériaux de construction ainsi qu’aux équipements électriques et électroménagers, selon les données du ministère du Commerce extérieur relayées par l’APS.
La dynamique s’est poursuivie au premier trimestre 2026, avec une nouvelle progression de plus de 16 %. Les engrais, les produits agroalimentaires et les matériaux de construction figurent parmi les secteurs sur lesquels Alger entend s’appuyer pour diversifier ses recettes extérieures.
Les autorités algériennes visent désormais entre 10 et 15 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures. Dans cette stratégie, l’Afrique est régulièrement présentée par les responsables économiques comme « notre profondeur stratégique », en raison de sa proximité géographique et de son potentiel de croissance.
L’Algérie a parallèlement renforcé sa présence dans les manifestations commerciales internationales. Sur les 22 participations programmées cette année, près de la moitié concernent le continent africain. Un salon permanent des produits algériens fonctionne par ailleurs à Dakar depuis 2023.
Un réseau bancaire en cours d’extension
La stratégie algérienne ne repose pas uniquement sur les infrastructures de transport. Elle comprend également la constitution d’un réseau bancaire destiné à accompagner les entreprises nationales dans leurs opérations commerciales et leurs projets d’investissement.
Après l’ouverture de l’Algerian Union Bank à Nouakchott et de l’Algerian Bank of Senegal à Dakar, l’expansion doit se poursuivre au Niger puis en Côte d’Ivoire. Une demande d’agrément a déjà été déposée auprès des autorités monétaires nigériennes en vue de l’ouverture d’une succursale à Niamey.
L’établissement pourrait commencer ses activités à la fin de 2026 ou au début de 2027, avant une implantation ultérieure en Côte d’Ivoire, selon le directeur général de l’Algerian Bank of Senegal, Abdelhafid Haned, cité par l’APS.
Ces filiales sont soutenues par quatre établissements publics algériens : la Banque nationale d’Algérie (BNA), le Crédit populaire d’Algérie (CPA), la Banque extérieure d’Algérie (BEA) et la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR). L’ambition affichée consiste à faire émerger un véritable « pôle bancaire régional » en Afrique de l’Ouest.
Air Algérie élargit son réseau africain
Le transport aérien constitue un autre pilier de ce redéploiement. Air Algérie a rétabli sa liaison vers Bamako après la réouverture réciproque des espaces aériens algérien et malien.
La compagnie nationale prépare également le lancement de nouvelles liaisons vers Lagos, Conakry et Brazzaville à partir de la saison hivernale 2026-2027. Ces destinations viendront compléter les dessertes africaines existantes, notamment Dakar, Abidjan, Nouakchott, Niamey et Ouagadougou.
Selon les programmes transmis par Air Algérie et analysés par la plateforme spécialisée AeroRoutes, le réseau africain devrait atteindre 18 destinations avant la fin de 2026. L’objectif est de positionner l’aéroport d’Alger comme une plateforme de correspondance entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne.
Tindouf, porte terrestre vers la Mauritanie
Sur le plan terrestre, Tindouf s’affirme également comme un point de passage stratégique. Une opération portant sur l’exportation de 33 cargaisons de produits algériens vers la Mauritanie a été lancée depuis cette wilaya en avril 2026, selon l’APS.
Cette montée en puissance est soutenue par la réalisation d’une zone franche à la frontière algéro-mauritanienne et par le développement des infrastructures routières transsahariennes. L’ensemble doit améliorer l’accès des entreprises algériennes aux marchés du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.
Un corridor énergétique entre le Nigeria et l’Algérie
Le volet énergétique complète ce dispositif. Les travaux du tronçon algérien du gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie, également appelé TSGP, ont officiellement débuté le 4 juin 2026 dans la région d’Adrar.
Long de plus de 4.000 kilomètres, ce corridor doit transporter le gaz nigérian à travers le Niger jusqu’au hub de Hassi R’Mel. Il pourra ensuite être raccordé au réseau algérien et aux infrastructures d’exportation vers l’Europe, précise Sonatrach.
La desserte proposée par CNAN El Djazair s’intègre ainsi dans une stratégie plus large combinant transport maritime, aviation, routes terrestres, services bancaires et énergie. Pour Alger, l’enjeu est désormais de transformer ces nouvelles infrastructures en flux commerciaux réguliers et en débouchés durables pour les entreprises nationales.
