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À l’IMA de Tourcoing, les murs du Liban se font poèmes dans l’œil de Serge Najjar

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6 min de lecture

Un chantier devient tableau, une façade prend des airs d’illusion d’optique, un passant remet le monde à l’échelle. À l’Institut du monde arabe-Tourcoing, les photographies de Serge Najjar dessinent un Liban où le béton réserve d’étranges délicatesses.

Faits clés
Dates de l'exposition Du 19 septembre 2026 au 17 janvier 2027Institut du monde arabe-Tourcoing
Horaires de 13 h à 18 hdu mardi au dimanche
Tarif visite libre 5 € / 4 €plein tarif / tarif réduit
Naissance de Serge Najjar Beyrouth en 1973

   Il suffit d’un mur. Jaune, de préférence. D’une ligne qui coupe l’espace et d’une silhouette qui passe, juste là, au bon moment. Avec ces quelques éléments, Serge Najjar compose une image dont on ne sait plus très bien à quelle famille elle appartient. Photographie de rue ? Tableau abstrait ? L’architecture fournit les formes, la lumière distribue les couleurs, une silhouette vient troubler leur ordonnance. Le quotidien a changé d’allure.

Présentée à l’Institut du monde arabe-Tourcoing, sous le commissariat de Mario Choueiry, l’exposition « Le Liban de Serge Najjar» explore cette ambiguïté. Les sujets sont à portée de regard : façades, structures de béton, ouvertures, chantiers. Encore faut-il les apercevoir. Ou plutôt, savoir oublier un instant à quoi ils servent.

Oeuvre serge Nejjar exposée à l'IMA Tourcoing ( credit photo H B Echosplus
Serge Najjar, Diving into Escher, 2013. Courtesy de l’artiste, Galerie Bessières et Galerie Tanit

Un air de peinture, sans pinceau

Devant ces compositions, les noms viennent vite : Mondrian, Vasarely, Malévitch. Serge Najjar connaît cette parenté. Né à Beyrouth en 1973, il a grandi parmi les œuvres collectionnées par son père, Ibrahim Najjar, notamment celles de Victor Vasarely, d’Aurélie Nemours et d’Otto Freundlich. Une enfance à l’école des formes, pourrait-on dire.

Mais gare au raccourci : le photographe ne part pas dans la ville avec un musée à reproduire. « Lorsque je photographie, je ne pense ni à Mondrian, ni à Kandinsky, ni à Vasarely. Mon approche est avant tout intuitive. Je réagis à ce que je vois », explique le photographe.

Les correspondances viennent ensuite. Une fenêtre se détache de sa façade, une ombre prend autant de place que le mur qui la reçoit. Ces métamorphoses s’opèrent sans retouche, par le seul jeu du cadrage et de la lumière. Le réel fournit tout ; le cadre fait le tri.

Accrochage NAJJAR (c)S.Castel IMA Tourcoing45

Le bonheur des bâtiments inachevés

Un chantier encombre la vue ? Pour Najjar, il l’ouvre. Il y trouve une architecture encore disponible, avant les finitions, les usages, les habitudes. « Une architecture terminée appartient déjà à son architecte. Un chantier reste ouvert. Je peux m’approprier les formes, les lignes, les volumes », dit-il.

Le béton, si souvent accusé de tous les maux du paysage, y gagne une autre réputation. Il offre des courbes, des angles, des textures. Il reçoit la lumière et lui donne prise.

Dans Silent Architecture (2016), réalisée à Fiyadieh, près de Beyrouth, le chantier devient un jeu de volumes et de teintes pastel. Pas une silhouette dans le cadre. De la construction, on ne retient que les surfaces, les nuances et la lumière. Le béton lui-même semble avoir fait silence.

À l’autre extrémité de cette recherche, The Architecture of Light (2013), prise dans les souks de Beyrouth, laisse le noir envahir l’image. Quelques lignes lumineuses suffisent à suggérer l’espace. La ville commerçante disparaît dans un exercice de dépouillement.

Serge Najjar, Galaxy, 2015. Courtesy de l'artiste, Galerie Bessières et Galerie Tanit crédit photo H B Echosplus
Serge Najjar, Galaxy, 2015. Courtesy de l’artiste, Galerie Bessières et Galerie Tanit – crédit photo H_B_Echosplus

Et soudain, quelqu’un passe

Ces constructions pourraient devenir des énigmes glacées. Une présence humaine vient souvent les en empêcher. Dans The Yellow Block (2014), une silhouette traverse une composition dominée par le jaune. Dans Diving into Escher (2013), une petite figure se mesure à un décor de lignes noires et blanches qui déroute la perception.

Le passage d’une silhouette ne fait pas qu’équilibrer la composition : il donne une échelle à l’architecture. Il réintroduit un corps, du temps, une vie possible dans la géométrie.

Les ouvriers occupent une place particulière dans ce dialogue. « Leur présence rappelle que derrière chaque architecture il y a des hommes. J’aime cette tension entre la géométrie des constructions et la fragilité humaine », souligne Najjar. Sous les formes demeurent ceux qui bâtissent et ceux qui traversent. Le béton n’a pas le dernier mot.

Oeuvres de Serge Nejjar exposées à l'IMA Tourcoing

Un pays ne tient pas dans une seule image

Reste le Liban. Que raconte-t-on d’un pays lorsque l’on s’attarde sur ses murs plutôt que sur ses blessures ? Le choix de Najjar est explicite : « Je ne voulais pas raconter la guerre. Beaucoup de photographes l’ont fait avec talent. J’avais besoin de montrer autre chose de mon pays. »

Ce déplacement pose une question qui dépasse la photographie : à force d’associer un territoire aux mêmes images, que finit-on par ne plus voir ? Dans le projet présenté à Tourcoing, l’architecture offre une autre entrée, attentive aux transformations urbaines, à la couleur, aux surprises de la rue. Elle ne résume pas davantage le pays que les images de conflit.

Le photographe revendique cette subjectivité : « Je ne prétends pas montrer le Liban. Je montre mon Liban. Celui que j’observe depuis des années à travers l’objectif de mon appareil. » Un possessif qui compte. Et qui laisse au visiteur une tâche simple, en apparence : regarder à son tour ce qui se cache à la vue de tous.

« Le Liban de Serge Najjar », Institut du monde arabe-Tourcoing, 9 rue Gabriel-Péri, Tourcoing. Du 19 septembre 2026 au 17 janvier 2027. Du mardi au dimanche, de 13 h à 18 h. Visite libre : 5 € / 4 €.

Questions fréquentes

Où voir l'exposition Serge Najjar ?

À l'Institut du monde arabe-Tourcoing, 9 rue Gabriel-Péri, à Tourcoing, du 19 septembre 2026 au 17 janvier 2027, du mardi au dimanche de 13 h à 18 h.

Qui est Serge Najjar ?

Photographe né à Beyrouth en 1973, il a grandi parmi les œuvres collectionnées par son père, Ibrahim Najjar, dont celles de Vasarely, Nemours et Freundlich.

Combien coûte l'entrée à l'exposition ?

La visite libre coûte 5 € en plein tarif et 4 € en tarif réduit.

Pourquoi Najjar ne photographie-t-il pas la guerre au Liban ?

« Je ne voulais pas raconter la guerre. Beaucoup de photographes l'ont fait avec talent. J'avais besoin de montrer autre chose de mon pays », explique-t-il.

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