- Le procès de Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007 entre dans une phase décisive.
- Le parquet national financier a entamé ses réquisitions, dénonçant un « pacte de corruption » d’une ampleur inédite.
L’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, est une nouvelle fois confronté à la justice. Condamné en décembre dernier dans l’affaire des écoutes, il est désormais mis en examen pour corruption passive, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne électorale et association de malfaiteurs.
L’affaire, initiée il y a près de 14 ans à la suite d’une enquête de Mediapart, entre dans une phase cruciale les 25 et 26 mars avec le début des réquisitions du parquet national financier (PNF).
Un « pacte de corruption inconcevable, inouï, indécent »
Dès l’ouverture de ses réquisitions, le parquet national financier a dénoncé un « pacte de corruption inconcevable, inouï, indécent » entre Nicolas Sarkozy et le régime de Mouammar Kadhafi. Le procureur Philippe Jaeglé a répété ces termes quatre fois, insistant sur la gravité des faits reprochés à l’ex-président.
« Ce procès n’est pas celui d’une classe politique globalement défaillante sur le plan de la probité« , a-t-il affirmé, avant de préciser : « Il s’agit au contraire du procès d’un groupe d’individus qui n’ont pas hésité à s’engager avec des intermédiaires douteux. »
Le ministère public accuse Nicolas Sarkozy d’avoir passé un accord secret avec Kadhafi afin d’obtenir un financement occulte pour sa campagne présidentielle de 2007. Ce pacte aurait été noué lors d’une rencontre à Tripoli le 6 octobre 2005.
« Nicolas Sarkozy envoie Claude Guéant et Brice Hortefeux pour négocier et mettre en œuvre le pacte de corruption. On ne retrouvera jamais aucune trace écrite entre ces hommes qui se côtoient quotidiennement« , a déclaré le procureur Quentin Dandoy, soulignant le caractère occulte des transactions.
Des preuves indirectes mais accablantes
Le ministère public s’est attaché à démontrer l’existence d’un faisceau d’indices graves et concordants. « Ce n’est pas une sous-preuve pour ceux qui n’ont pas de preuve véritable. Le faisceau d’indices est une preuve comme une autre, qui permet d’entrer en voie de condamnation« , a insisté Quentin Dandoy. Parmi les éléments retenus par l’accusation figurent des déplacements suspects en Libye de Claude Guéant et Brice Hortefeux, ainsi que des versements occultes, notamment un transfert de 440 000 euros sur un compte aux Bahamas en février 2006, attribué à Thierry Gaubert.
Le procureur s’est montré sceptique face aux explications des prévenus, qualifiant leur défense de « peu crédible« . Il a pointé du doigt la présence récurrente de Ziad Takieddine, intermédiaire-clé dans l’affaire : « L’existence d’un faisceau d’indices graves et concordants vous permet sans aucune difficulté de caractériser ces délits. »
Nicolas Sarkozy continue de nier en bloc
Depuis le début du procès, Nicolas Sarkozy, aujourd’hui âgé de 70 ans, n’a cessé de clamer son innocence. Lors du dernier tour des questions aux prévenus, il a balayé les accusations, dénonçant un acharnement judiciaire. Son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, l’a soutenu tout au long des audiences.
Toutefois, l’accusation ne relâche pas la pression. En concluant la première journée de réquisitions, Quentin Dandoy a dressé un portrait au vitriol de l’ex-président : « Derrière l’image de l’homme public, du ministre d’État, du président de la République, se dessine au gré des enquêtes judiciaires la silhouette d’un homme porté par une ambition personnelle dévorante, prêt à sacrifier sur l’autel du pouvoir les valeurs essentielles telles que la probité, l’honnêteté et la droiture. »
Le parquet requiert la condamnation de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et Brice Hortefeux pour corruption et association de malfaiteurs. La justice détaillera jeudi soir les peines réclamées contre les douze prévenus. Le verdict pourrait marquer un tournant dans l’histoire politique française.
